Intervention en intégralité : Nizar Baraka fait de « Mon pays, mon avenir » le cap des législatives du 23 septembre

Cinq priorités et le pari de la reconquête de la confiance


L’Istiqlal a présenté son programme électoral et ses candidats aux législatives, en plaçant la lutte contre la corruption, le pouvoir d’achat, le service public et la souveraineté au premier rang de ses engagements



Dans le cadre de ses préparatifs pour les élections législatives du 23 septembre 2026, le Parti de l’Istiqlal a organisé, samedi 29 août à son siège central à Rabat, une rencontre consacrée à la présentation de son programme électoral, placé sous le slogan « Mon pays, mon avenir » (« وطني مستقبلي »). La réunion a rassemblé la direction du parti ainsi que les têtes de listes et candidats engagés dans les circonscriptions locales et régionales.

La rencontre était présidée par Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, en présence notamment d’Abdeljabbar Rachidi, président du Conseil national, d’Abdelouahed El Fassi, président de la Commission d’éthique et de comportement, et de Mustapha Hanine, inspecteur général du parti, ainsi que de membres du Comité exécutif, des structures du parti et des candidats aux prochaines législatives.

### Des élections que l’Istiqlal juge « exceptionnelles »

Dans son intervention, Nizar Baraka a présenté les élections de 2026 comme une échéance dépassant le cadre d’une compétition électorale classique. En cause : l’ampleur des transformations nationales et internationales, mais surtout le caractère déterminant, selon lui, des cinq prochaines années pour le Maroc.

Il a estimé que cette période nécessitait **un gouvernement fort, crédible, légitime et cohérent dans sa vision et ses positions**, capable d’accélérer les grands chantiers et de répondre aux attentes économiques et sociales.

Dans un contexte politique marqué ces dernières semaines par la montée des affrontements entre formations, le secrétaire général de l’Istiqlal a également voulu prendre ses distances avec la logique de confrontation. Pour lui, la priorité doit rester l’intérêt du pays et des citoyens, ainsi que la consolidation d’un front intérieur suffisamment solide pour affronter les transformations à venir.

### La confiance, nœud central de l’équation politique

La question de la **confiance** a occupé une place majeure dans le discours de Nizar Baraka. Le problème ne concernerait pas uniquement la relation des citoyens aux institutions ou aux partis politiques. Il toucherait également l’action syndicale et politique, les rapports au sein de la société et, plus largement, la confiance des jeunes dans leur avenir.

Dans cette perspective, il a appelé à dépasser les phénomènes de **« hogra », la culture de la « hamza » et l’exploitation des crises**, en associant la reconquête de la confiance au renforcement de la citoyenneté, du sentiment d’appartenance et de l’égalité des chances.

Nizar Baraka s’est également arrêté sur la faiblesse des nouvelles inscriptions sur les listes électorales. Selon les chiffres avancés lors de son intervention, les nouvelles inscriptions ne compenseraient qu’environ un tiers des radiations enregistrées. La participation électorale apparaît ainsi comme l’un des défis majeurs nécessitant, selon le parti, une mobilisation beaucoup plus large.

### Sahara et souveraineté : les constantes au cœur du programme

Sur le plan national, Nizar Baraka a placé parmi les priorités la résolution définitive du différend artificiel autour du Sahara marocain et la mise en œuvre effective de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine.

Il a également plaidé pour la construction d’un « Maroc à une seule vitesse », dans lequel les citoyens pourraient bénéficier des mêmes droits et d’une qualité comparable de services publics, qu’ils vivent dans les grandes villes, les petites communes ou les territoires ruraux.

Évoquant les relations avec Madrid, il a affirmé que l’Espagne demeure un partenaire essentiel du Maroc, tout en soulignant que ce partenariat ne saurait se construire au détriment de l’intégrité territoriale du Royaume. Sur ce point, le secrétaire général de l’Istiqlal a insisté sur le refus de toute concession concernant le territoire national.

### De l’eau et de l’énergie à l’intelligence artificielle

Tel qu’il a été présenté, le programme électoral ne limite pas la souveraineté à sa seule dimension territoriale. Il l’étend aux souverainetés alimentaire, hydrique, énergétique, économique, technologique et stratégique.

Nizar Baraka est notamment revenu sur les sept années successives de sécheresse traversées par le Maroc et sur l’importance de la politique de l’eau et des projets engagés pour renforcer la sécurité hydrique et alimentaire du pays.

Sur l’énergie, il a relié les fluctuations des prix des carburants à la compétitivité de l’économie nationale et au pouvoir d’achat des ménages, appelant à des réponses plus globales afin de réduire la vulnérabilité du Maroc face aux chocs extérieurs.

L’**intelligence artificielle** a, elle, été abordée sous l’angle de l’emploi. Nizar Baraka a estimé que l’idée selon laquelle chaque révolution technologique crée automatiquement de nouveaux emplois ne peut plus être considérée comme une certitude. L’essor de l’IA impose donc, selon lui, d’anticiper dès aujourd’hui les transformations du marché du travail et la capacité de l’économie marocaine à créer des emplois de substitution.

### Migration : la question ne se résume pas aux salaires

Une partie de l’intervention a également été consacrée à l’émigration des jeunes, et notamment à la migration irrégulière. Le départ d’une partie des forces vives du pays a été présenté comme un signal préoccupant dont il faut traiter les causes profondes.

Dans l’analyse développée par Nizar Baraka, la question ne saurait être réduite aux revenus ou aux salaires. Elle renvoie également à la justice, à la dignité, à l’égalité des chances, à la confiance et à la possibilité, pour les jeunes, de construire effectivement leur avenir au Maroc.

C’est dans cette logique que le slogan **« Mon pays, mon avenir »** prend sa dimension politique. Le Maroc, a-t-il expliqué en substance, n’est pas seulement un territoire délimité sur une carte : il est une histoire, une identité, une unité nationale et territoriale, une monarchie constitutionnelle, des valeurs et un patrimoine commun.

### Cinq engagements pour 2026-2031

La rencontre a permis de présenter les **cinq grands axes** autour desquels s’articule le programme électoral de l’Istiqlal.

Le premier porte sur la **préservation du système de valeurs et le renforcement de la cohésion et de la résilience de la famille**. Le deuxième concerne la **lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts**. Le troisième vise **l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages et le renforcement de la classe moyenne**. Le quatrième entend **consolider le rôle du service public dans le cadre de l’État social**, notamment dans l’éducation et la santé. Enfin, le cinquième axe porte sur le **renforcement de la souveraineté stratégique** du Royaume.

Sur la corruption, Nizar Baraka a présenté la **« tolérance zéro » face à la corruption et aux conflits d’intérêts** comme un engagement politique, annonçant notamment la proposition d’une législation spécifique sur les conflits d’intérêts.

En matière de santé, il a soulevé la question de l’orientation d’une part importante des dépenses de l’assurance maladie vers le secteur privé et de ses conséquences potentielles sur l’hôpital public. Le parti propose notamment la création d’agences dédiées aux urgences à l’échelle nationale.

Concernant le pouvoir d’achat, il a estimé que les augmentations salariales et la baisse de l’impôt sur le revenu n’avaient pas suffi à neutraliser les pressions subies par les ménages, notamment les classes moyennes. Pour l’Istiqlal, la réponse devrait donc être élargie aux prix, aux revenus ainsi qu’aux chaînes de production et de distribution.

### Les candidats soumis à un engagement éthique

La rencontre comportait également un volet organisationnel. Selon le parti, les dossiers de ses candidates et candidats ont été examinés par la Commission d’éthique et de comportement avant leur sélection.

Les têtes de listes ont par ailleurs signé un **engagement éthique**, destiné à lier la candidature sous les couleurs de l’Istiqlal au respect des principes du parti et des règles d’une compétition électorale loyale, avant, pendant et après la campagne.

Naima Ben Yahya, Abdeljabbar Rachidi, Abdellatif Maâzouz, Khalid Lahlou et Ryad Mezzour ont présenté les principales mesures correspondant aux cinq axes du programme.

Youssef Oukhlou, membre du bureau exécutif de la Jeunesse istiqlalienne, a pour sa part exposé les mesures du **Pacte de la jeunesse**, présenté comme l’une des composantes du programme électoral et regroupant plusieurs engagements consacrés aux attentes et aux préoccupations des jeunes.

Les différentes séquences de la rencontre ont été animées par Mohcine El Bouzidi El Idrissi, président du Conseil national de la Jeunesse istiqlalienne, et Sara El Boufi, membre du bureau exécutif de l’organisation.

Avec cette rencontre, le Parti de l’Istiqlal passe désormais de la phase d’élaboration du programme et de sélection de ses candidats à celle de la **défense politique de son offre électorale**.

Le véritable test des prochaines semaines sera toutefois ailleurs : dans la capacité du parti à **transformer ses cinq axes et ses engagements en propositions compréhensibles, concrètes et mesurables**, mais aussi à convaincre les électeurs que « Mon pays, mon avenir » ne constitue pas seulement un slogan de campagne, mais traduit réellement le projet de changement qu’il entend porter durant la prochaine législature.
Dimanche 30 Aout 2026

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