Investment Grade BBB- : le Maroc retrouve sa place parmi les signatures solides


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 26 Février 2026

Le relèvement du Maroc en catégorie investment grade BBB- par S&P Global Ratings en septembre dernier marque un tournant. Au-delà du symbole, cette décision améliore concrètement les conditions de levée de dette du Royaume, dans une Afrique aux trajectoires contrastées et une conjoncture mondiale plus clémente sur les taux d’intérêt.



En septembre, S&P Global Ratings a rétabli le Maroc dans la catégorie investment grade, avec une note BBB-. Une reconnaissance que le pays avait perdue en 2021, au plus fort des secousses liées à la pandémie. Ce retour n’est pas anecdotique. Il signale, selon l’agence, la solidité de la trajectoire économique nationale, fruit d’un dosage mesuré entre discipline budgétaire, réformes structurelles et stabilité macroéconomique.
 

Derrière la technicité des notations, il y a une réalité très concrète : la perception du risque. Et sur les marchés financiers, la perception pèse souvent autant que les chiffres. En retrouvant le BBB-, le Maroc envoie un message clair aux investisseurs internationaux : le cadre reste crédible, les équilibres sont surveillés, la direction est lisible.
 

Les effets se sont matérialisés rapidement. Le Royaume a pu lever 2 milliards d’euros à un taux moyen de 4,3 %. Dans un environnement où chaque point de base compte, cette performance traduit une amélioration du coût du financement international. Les banques marocaines, bien que notées légèrement en dessous du souverain (catégorie BB), ont bénéficié de cet élan. Attijariwafa Bank a ainsi vu sa note relevée en octobre 2025. Même les fonds obligataires ont profité de ce regain de confiance, à l’image d’Upline Trésorerie Fund, dont la notation a été portée à A-f.
 

Cette dynamique dépasse le simple cercle financier. Un meilleur accès aux capitaux signifie plus de marge pour financer des projets structurants, soutenir l’investissement productif et accompagner les grandes transformations en cours. Pour une économie en mutation, l’enjeu est stratégique.
 

À l’échelle du continent, le tableau est plus nuancé. L’analyse de S&P Global Ratings met en évidence des trajectoires de crédit divergentes. Certains pays ont vu leur position améliorée, notamment l’Égypte, le Kenya, le Togo, l’Afrique du Sud, le Ghana et la Zambie, grâce à des réformes, des restructurations de dette ou des résultats fiscaux mieux orientés. D’autres ont été confrontés à des dégradations : le Botswana, affecté par la chute des prix du diamant, et le Sénégal, pénalisé par un niveau d’endettement élevé et des données budgétaires révisées.
 

Cette hétérogénéité reflète la diversité des économies africaines. Certains États parviennent à mobiliser des capitaux à des conditions relativement favorables ; d’autres doivent composer avec des taux avoisinant les 10 % ou recourir à des mécanismes d’allègement du coût du financement, comme les swaps euro-dollar.
 

Globalement, les levées de dette africaines ont progressé d’environ 40 %, passant de 12,85 milliards de dollars en 2024 à près de 18 milliards USD en 2025. Ce rebond témoigne d’un regain d’appétit des investisseurs pour les signatures africaines, dans un contexte international plus accommodant.
 

Car la conjoncture mondiale a évolué. Selon S&P Global Ratings, les coûts de financement ont baissé, avec des taux moyens inférieurs d’environ 100 points de base à ceux de 2024. L’affaiblissement du dollar, le reflux des pressions inflationnistes et la demande soutenue pour les obligations souveraines africaines ont contribué à cette détente.
 

Pour autant, les défis persistent. La croissance mondiale reste contrastée et les besoins de financement des pays émergents demeurent élevés. Les institutions financières multilatérales jouent un rôle d’ancrage essentiel, en apportant garanties et mécanismes de blended finance, notamment pour les projets d’infrastructures et d’énergie.
 

Dans ce paysage mouvant, le Maroc dispose désormais d’un atout supplémentaire. Le retour à l’investment grade BBB- consolide son attractivité, réduit le coût de sa levée de dette et renforce sa crédibilité dans l’espace méditerranéen et africain. La note n’est pas une fin en soi. Elle est un levier. Et, à l’heure où la compétition pour les capitaux s’intensifie, ce levier pourrait faire la différence.

 




Jeudi 26 Février 2026
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