Iran : l’absence de Mojtaba Khamenei annonce-t-elle une crise de régime ?

Obsèques d’Ali Khamenei : derrière le deuil, la bataille pour le pouvoir en Iran


Rédigé par La rédaction le Samedi 11 Juillet 2026

Six jours de cérémonies, plusieurs villes saintes, des foules mobilisées et un absent dont la présence aurait dû écraser toutes les autres : Mojtaba Khamenei. Désigné Guide suprême après la mort de son père dans les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026, il n’a toujours pas été montré dans une image récente. L’Iran prépare-t-il une transition contrôlée, dissimule-t-il l’incapacité de son dirigeant ou traverse-t-il déjà une crise de pouvoir ? Le changement de régime reste une hypothèse. La bataille pour savoir qui gouverne réellement, elle, a commencé.



Mojtaba Khamenei, un Guide suprême toujours invisible

Lorsque le cercueil d’Ali Khamenei a traversé les grandes villes religieuses de la République islamique, tout avait été minutieusement organisé : processions, déplacements gratuits, hébergements pour les fidèles, drapeaux noirs, délégations étrangères. Les autorités présentaient même cette mobilisation comme une sorte de nouveau « référendum » en faveur du régime.

Il manquait pourtant l’image centrale.

Mojtaba Khamenei n’était pas à Téhéran. Il n’était pas davantage à Qom, à Nadjaf, à Kerbala ou à Machhad, où son père a finalement été inhumé. Il n’a pas dirigé la prière funéraire. Il n’a pas prononcé de discours. Aucun message vidéo, aucune photographie récente, pas même un enregistrement sonore n’ont été diffusés. Ses trois frères ont occupé le devant de la scène, tandis qu’un petit-fils de l’ayatollah Khomeini a été chargé de parler en son nom.

L’explication officielle tient en deux mots : santé et sécurité.

Des sources iraniennes citées par Reuters affirment que le nouveau Guide a été grièvement blessé lors de l’attaque ayant tué son père et son épouse, notamment au visage et aux jambes. Le président Massoud Pezeshkian assure l’avoir rencontré et affirme que son état s’améliore. Deux responsables iraniens soutiennent également qu’il continue de participer aux décisions. Rien ne permet donc d’établir qu’il serait dans le coma ou durablement incapable d’exercer ses fonctions.

Mais, en politique, l’absence finit par devenir un fait en elle-même. Un Guide suprême peut être protégé. Peut-il rester indéfiniment invisible dans un système construit autour de son autorité personnelle, religieuse et militaire ?

Une crise d’autorité qui profite aux Gardiens de la révolution

La fonction de Guide ne ressemble pas à une présidence honorifique. Son titulaire tranche les grandes orientations diplomatiques, domine l’appareil sécuritaire, pèse sur la justice et dispose du dernier mot sur le dossier nucléaire. Sous Ali Khamenei, cette architecture reposait également sur trente-sept années de réseaux, d’arbitrages et de contrôle patient des institutions.

Son fils n’a ni cette ancienneté ni cette stature.

Avant sa désignation, Mojtaba Khamenei n’avait jamais exercé de fonction gouvernementale officielle. Son ascension aurait été imposée malgré les réserves de plusieurs responsables politiques et religieux, inquiets de ses qualifications cléricales et de l’image presque dynastique créée par la succession du père par le fils. Les Gardiens de la révolution auraient joué un rôle déterminant dans son élection par l’Assemblée des experts.

Voilà le cœur du problème. Si le Guide gouverne réellement depuis un lieu protégé, le système connaît une période de convalescence institutionnelle. S’il ne peut pas gouverner pleinement, ceux qui contrôlent les armes, le renseignement et les circuits économiques disposent d’une liberté nouvelle.

Les frappes américaines et israéliennes ont d’ailleurs produit un paradoxe. Elles ont décapité une partie de la direction iranienne, mais elles ont aussi permis aux Gardiens de se présenter à nouveau comme les défenseurs du territoire. Une force contestée pour son rôle dans la répression intérieure retrouve, face à l’ennemi extérieur, une justification nationale.

Le constat est sévère : l’Iran risque de passer d’une théocratie personnalisée à une tutelle militaire moins avouée. Le Guide invisible servirait alors de sceau religieux à des décisions prises ailleurs.

Mais, l’appareil d’État n’a pas disparu. Il continue de négocier, d’administrer le pays et de produire des décisions attribuées au Guide. Mojtaba Khamenei a notamment approuvé par écrit le mémorandum conclu avec Washington le 17 juin, malgré ses réserves, après avoir reçu des garanties du président Pezeshkian.

Changement de régime ou recomposition interne du pouvoir iranien ?
La tentation est grande d’annoncer la chute de la République islamique. Elle serait prématurée.

Les régimes autoritaires sont souvent plus fragiles qu’ils ne le prétendent, mais aussi plus résistants que ne l’imaginent leurs adversaires. L’État iranien conserve une administration, des forces de sécurité organisées, des réseaux économiques et une base militante capable de remplir les rues. Le pouvoir maîtrise encore largement la circulation de l’information et le récit du conflit.

En revanche, trois fissures deviennent difficiles à masquer : une légitimité populaire usée par les sanctions et la répression, une succession au parfum dynastique, et un dirigeant que personne n’a entendu depuis sa nomination. Des Iraniens interrogés par Reuters expriment désormais ouvertement leur inquiétude : même blessé, disent-ils en substance, un Guide doit être vu pour convaincre qu’il dirige.

Le changement de régime n’est donc pas encore « en vue » au sens où il serait imminent ou organisé. Une transformation du régime est toutefois engagée. Le centre du pouvoir se déplace, les généraux prennent davantage de place et la fonction suprême perd ce qui faisait sa force : l’incarnation.

La République islamique a survécu à la mort de son Guide historique. Elle doit maintenant prouver qu’elle peut vivre avec son successeur. Et surtout, montrer qu’il est encore en mesure de la diriger.





Samedi 11 Juillet 2026
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