Israël joue-t-il seul, ou cherche-t-il à entraîner tout le monde ?


Rédigé par La rédaction le Jeudi 19 Mars 2026

En frappant directement les installations gazières iraniennes autour de South Pars, Israël a fait bien plus qu’ajouter une cible à la carte du conflit. Il a touché à ce qui constitue, au fond, le système nerveux énergétique régional. South Pars n’est pas un site symbolique : c’est une pièce maîtresse du gaz iranien et, plus largement, un point névralgique du Golfe.



Le fait que cette zone ait été visée marque un changement d’échelle.

Pour la première fois, le cœur énergétique du Moyen-Orient apparaît exposé de façon frontale, avec un risque immédiat de contagion aux marchés mondiaux.

Ce basculement est d’autant plus frappant que Washington, sur ce point précis, a longtemps semblé marcher sur une ligne plus prudente. Donald Trump a affirmé le 19 mars 2026 que l’attaque contre South Pars relevait d’Israël, sans implication américaine ni qatarie. Dans le même temps, Reuters rapportait encore récemment que la perspective d’une frappe décisive contre Kharg Island — par où transite l’essentiel des exportations pétrolières iraniennes — faisait redouter un choc pétrolier majeur. Autrement dit, les États-Unis ont jusqu’ici semblé calibrer leur action pour éviter l’embrasement total du front énergétique, là où Israël paraît tester une logique plus risquée.

C’est là que la question devient politique : à quoi joue Israël ? Une hypothèse se dessine. D’abord, créer une dynamique militaire telle que les États-Unis ne puissent plus rester à demi-engagés. Ensuite, déplacer l’objectif : ne plus seulement contenir l’Iran, mais l’affaiblir durablement, économiquement et stratégiquement. Cette mécanique n’a rien d’inédit dans l’histoire contemporaine. Mais elle devient infiniment plus dangereuse quand elle vise non plus seulement des casernes ou des centres de commandement, mais les artères de l’énergie mondiale. Car une riposte iranienne sur les installations saoudiennes, qataries ou émiraties ferait immédiatement sauter tous les garde-fous.

Or c’est précisément ce que redoutent déjà les marchés, les banques centrales et les gouvernements. La Banque nationale suisse a maintenu ses taux à zéro dans un climat d’incertitude dominé par la guerre et par la ruée vers les valeurs refuge. La Banque du Japon, elle aussi, temporise alors que le renchérissement de l’énergie complique son équation monétaire. La BRI, de son côté, recommande aux banques centrales de ne pas réagir trop vite à un choc qui pourrait être temporaire, tout en admettant qu’un conflit prolongé pourrait causer des dégâts économiques et financiers profonds. En clair : tout le monde attend, mais tout le monde sait qu’une erreur de diagnostic coûterait cher.

L’Europe, elle, n’a pratiquement plus le luxe de l’abstraction. Reuters souligne que les pays européens les plus dépendants du gaz encaissent de plein fouet les secousses venues du Moyen-Orient, avec une flambée des prix du gaz et de l’électricité.

Derrière la crise géopolitique, une vérité économique réapparaît : sans énergie abondante et compétitive, la souveraineté reste un slogan coûteux. Le Japon regarde la même scène avec une autre angoisse : celle d’un choc importé sur ses équilibres externes et monétaires. Quant à la finance privée, les tensions montent aussi : Reuters rapporte que le segment du private credit commence à inquiéter, dans un univers où les coûts variables et le “higher for longer” rognent déjà les marges.

Pendant ce temps, en face, l’Iran ne joue pas la victoire éclair. Il joue l’usure. Téhéran parie sur le temps, sur le coût, sur la fatigue stratégique adverse. C’est aussi ce qui explique que le conflit puisse durer : ni Israël ni l’Iran n’ont aujourd’hui intérêt à céder vite, et aucun des deux ne semble capable d’imposer une conclusion nette. Reuters rapportait encore le 14 mars que Washington rejetait des efforts de cessez-le-feu tandis que Téhéran refusait toute trêve tant que les frappes continuaient.

Le débat américain commence d’ailleurs à refléter cette impasse. Joe Kent, patron du National Counterterrorism Center, a démissionné en protestation contre la guerre, devenant le premier haut responsable à quitter l’administration Trump sur ce dossier. JD Vance, après plusieurs jours de réserve, a dû afficher son soutien au président tout en minimisant les divergences, preuve qu’il existait bel et bien un malaise dans le camp républicain. Cela ne suffit pas à parler de rupture, mais assez pour parler de fissure.

Au fond, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si Israël agit seul. Elle est de savoir s’il agit de manière à rendre impossible la solitude des autres. C’est une stratégie de seuil : pousser l’adversaire à sur-réagir, pousser l’allié à s’engager davantage, pousser les marchés à intégrer l’idée d’une guerre longue.

Le problème, c’est qu’une telle stratégie, dans une région où l’énergie fait tenir l’économie mondiale, peut très vite dépasser ses auteurs. Et alors, ce ne serait plus seulement une guerre au Moyen-Orient. Ce serait un test grandeur nature de la résistance du monde entier.

Les cotations de ce matin

Le pétrole Brent a dépassé 119 dollars le baril au plus haut de la séance avant de revenir autour de 114,77 dollars. Le WTI américain a touché 100,02 dollars avant de retomber vers 96,59 dollars. Reuters relie directement cette flambée à l’escalade militaire autour des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient.

Côté gaz, la tension est encore plus spectaculaire en Europe. Reuters indique que les prix du gaz européen ont bondi d’environ 25 % et atteint un plus haut de trois ans après les frappes et les perturbations régionales.

Pour le gaz naturel américain (Henry Hub), la référence Reuters affichait récemment 3,04 dollars par million de BTU, avec une légère hausse, mais l’onde de choc actuelle touche surtout les marchés européens et asiatiques, bien plus exposés aux flux du Golfe.




Jeudi 19 Mars 2026
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