Istiqlal 2026-2031 : des propositions concrètes pour libérer l’investissement, protéger le pouvoir d’achat et renforcer notre souveraineté




Par Abdelghani El Arrasse Économiste – Membre de l’Alliance des Économistes Istiqlaliens

À quelques jours des élections législatives du 23 septembre, le débat public ne devrait pas se limiter à une compétition de chiffres et de promesses. Il devrait permettre aux citoyens de comprendre les choix économiques proposés pour les cinq prochaines années.

Le programme 2026-2031 du Parti de l’Istiqlal, présenté sous le slogan « Mon pays, mon avenir », s’articule autour de cinq grands engagements portant notamment sur la famille, la lutte contre la corruption et la rente, le pouvoir d’achat et la classe moyenne, les services publics et la souveraineté stratégique.

Plusieurs propositions méritent particulièrement d’être expliquées, car elles touchent directement à des difficultés que rencontrent quotidiennement les citoyens et les entreprises.

Remplacer la logique de l’autorisation par celle de la responsabilité 

L’une des propositions économiques qui me paraît particulièrement importante concerne l’investissement.

Aujourd’hui encore, un entrepreneur souhaitant réaliser un projet touristique, industriel ou dans d’autres secteurs peut être confronté à des procédures administratives longues avant de pouvoir démarrer son investissement.

Lors de la présentation des mesures économiques du programme, le délai pouvant atteindre 18 mois pour certaines autorisations a précisément été cité pour illustrer ce problème.

Dix-huit mois, dans la vie d'une entreprise, c'est considérable.

En dix-huit mois, les prix peuvent évoluer, les conditions de financement changer, un concurrent peut s’installer ailleurs et un investisseur peut tout simplement renoncer à son projet.

Surtout, dix-huit mois peuvent parfois représenter le temps nécessaire pour construire le projet lui-même.

La philosophie proposée consiste donc à simplifier profondément cette logique administrative, notamment en recourant davantage à des cahiers des charges précis, permettant à l’investisseur qui respecte les conditions définies d'avancer plus rapidement.

Le changement de philosophie est important : l’administration doit contrôler le respect des règles sans devenir elle-même un obstacle à l’investissement. 

Libérer l’investissement, c’est aussi libérer la création d’emplois.

 Lutter contre les conflits d’intérêts et restaurer la confiance 

Le deuxième enjeu concerne la confiance.

Une économie moderne ne peut fonctionner durablement lorsque certains acteurs peuvent être simultanément décideurs, régulateurs et bénéficiaires de décisions publiques.

Le programme fait de la lutte contre la corruption et la rente l’un de ses grands axes. Cette orientation rejoint d’ailleurs une position ancienne de l’Istiqlal en faveur d’une concurrence saine, de l’égalité devant les règles et de la réduction des privilèges et des réseaux d’intermédiation.

La proposition d’un cadre juridique renforcé concernant les conflits d’intérêts doit donc être comprise comme une mesure économique autant qu’institutionnelle.

La transparence protège l’argent public, mais elle protège également l’entreprise honnête qui veut investir et concurrencer les autres selon les mêmes règles.

 Du producteur au consommateur : s’attaquer aux intermédiaires excessifs 

La troisième proposition touche directement au portefeuille des Marocains : réduire la distance économique entre le producteur et le consommateur .

Prenons un produit agricole.

Entre le prix auquel l’agriculteur vend sa production et celui payé finalement par la famille marocaine, plusieurs intermédiaires peuvent intervenir. Chacun ajoute sa marge, ses frais et parfois une dimension spéculative.

Le résultat peut être paradoxal : le producteur estime vendre trop bas tandis que le consommateur estime acheter trop cher. 

Le programme propose notamment de développer les marchés de gros et de détail, de réduire l’intermédiation spéculative dans les chaînes alimentaires et d’encourager la vente directe du producteur au consommateur dans des marchés de proximité organisés.

Cette orientation mérite d’être approfondie par des circuits modernes de distribution et des structures capables d’acheter directement auprès des producteurs, de mutualiser la logistique, le stockage et le transport, puis d'approvisionner les points de vente.

L’objectif n’est pas de supprimer le commerce ou l’intermédiation utile.

 Il est de réduire les intermédiaires qui n’apportent pas suffisamment de valeur mais contribuent à l’augmentation du prix final. 

C’est une manière structurelle d’agir sur le pouvoir d’achat.

 SMIG à 5 000 DH : oui à l’amélioration des salaires, mais progressivement 

Le pouvoir d’achat passe évidemment aussi par les revenus.

L’Istiqlal propose une progression du salaire minimum avec l’objectif d’atteindre 5 000 DH, mais la question essentielle est celle de la trajectoire.

Une augmentation des salaires doit améliorer réellement le niveau de vie des salariés sans mettre en difficulté les entreprises qui les emploient.

Notre tissu économique est composé de nombreuses TPE et PME. Pour une entreprise employant vingt, cinquante ou cent salariés, une hausse brutale du coût salarial peut peser fortement sur les charges, les recrutements et la compétitivité.

L’approche économique doit donc rechercher un équilibre : faire progresser progressivement les salaires tout en faisant progresser la productivité et en accompagnant les entreprises. 

Formation des salariés, digitalisation, innovation, simplification administrative, financement des TPE-PME et montée en gamme de notre économie doivent accompagner la progression des rémunérations.

Le Maroc ne doit pas rechercher sa compétitivité dans les bas salaires. Il doit devenir suffisamment productif pour offrir de meilleurs salaires sans perdre sa capacité à attirer les investissements et à créer des emplois. 

Voilà la différence entre annoncer un chiffre et construire la trajectoire permettant de l’atteindre durablement.

 La famille n’est pas seulement une affaire privée 

Je rejoins ici l’analyse développée récemment par Salma Labtar dans son article « Istiqlal 2026-2031 : et si la famille redevenait une véritable politique publique ? ».

La famille est souvent abordée uniquement sous son angle social ou culturel. Elle constitue pourtant également une réalité économique.

Le programme propose différentes mesures concernant les familles et les jeunes, dont un soutien pouvant atteindre 5 000 DH pour certains jeunes souhaitant se marier, parallèlement à d’autres dispositifs liés à l’accompagnement familial.

Cette aide ne résoudra évidemment pas à elle seule les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes.

L’emploi, le logement, la stabilité professionnelle et le revenu restent déterminants.

Mais le principe traduit une orientation plus large : la politique publique doit accompagner les différentes étapes de la vie familiale plutôt que d'intervenir uniquement lorsque la précarité est déjà installée.

Cela concerne également les crèches, la santé mentale, les personnes âgées, le handicap, les addictions et la conciliation entre vie familiale et professionnelle.

 Produire ce dont nous avons besoin : retrouver une souveraineté stratégique 

Enfin, les crises internationales des dernières années nous ont rappelé une réalité : un pays excessivement dépendant de l’extérieur pour ses besoins essentiels devient vulnérable.

La souveraineté alimentaire et énergétique n’est donc plus un débat théorique.

Le programme fait de la souveraineté stratégique l’un de ses grands engagements et prévoit notamment d'encourager la production nationale de denrées alimentaires stratégiques et de renforcer les réserves alimentaires.

 La même logique vaut pour l’énergie. 

Le Maroc dispose d’atouts considérables dans le solaire, l’éolien et les nouvelles filières énergétiques. L’Istiqlal défend depuis plusieurs années l’accélération des capacités nationales de production d’électricité renouvelable et une utilisation plus responsable des ressources rares.

La souveraineté ne signifie évidemment pas produire absolument tout au Maroc.

Elle signifie identifier ce qui est stratégique et réduire les dépendances susceptibles de mettre notre économie et nos citoyens en difficulté lorsqu’une crise internationale survient.

Une même logique : produire, protéger et libérer Pris séparément, ces engagements peuvent sembler appartenir à des domaines différents. Mais ils dessinent en réalité une même logique économique.

 Simplifier les procédures pour permettre à l’investissement d’aller plus vite.

 Prévenir les conflits d’intérêts pour restaurer la confiance et garantir une concurrence équitable.

 Raccourcir les circuits de distribution pour agir structurellement sur les prix.

 Faire progresser progressivement les salaires vers 5 000 DH , en préservant la capacité des entreprises à investir et à embaucher.

 Soutenir les familles et les jeunes pour renforcer la cohésion sociale.

 Développer notre souveraineté alimentaire et énergétique pour rendre le Maroc moins vulnérable aux crises extérieures.

Voilà pourquoi le débat électoral mérite d’aller au-delà des slogans.

Chaque proposition doit être accompagnée d’un calendrier, de mécanismes de financement, d’indicateurs de résultats et d’une évaluation de ses conséquences économiques.

Car les Marocains n’attendent pas seulement qu’on leur dise ce que l’on souhaite faire. Ils ont besoin de savoir comment on compte le faire. 

Et c’est peut-être sur cette exigence de réalisme, de cohérence et de résultats que doit se construire le débat économique de cette campagne 2026.


Samedi 19 Septembre 2026

La Rédaction
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