Istiqlal 2026-2031 : et si le véritable verdict se trouvait dans les attentes de la jeunesse ?


À l'approche des élections de 2026, cette question mérite d'être placée au cœur du débat. Car derrière les grandes orientations des programmes électoraux, il existe une génération qui ne demande pas seulement à être convaincue par des promesses, mais qui souhaite savoir si le prochain quinquennat sera réellement capable de lui ouvrir des perspectives.



 L'emploi reste évidemment au premier rang des préoccupations, mais il serait réducteur de résumer les attentes de la jeunesse à la seule question du travail. Derrière la recherche d'un emploi se trouvent souvent d'autres aspirations : pouvoir se loger, se déplacer, se former, entreprendre, accéder à la culture, prendre soin de sa santé, utiliser pleinement les outils numériques et, surtout, avoir le sentiment de participer à la construction du pays.

C'est précisément ce qui rend la question de la jeunesse particulièrement intéressante dans le programme 2026-2031 de l'Istiqlal. Le Pacte pour la jeunesse ne se limite pas à un engagement sectoriel supplémentaire. Il peut être lu comme un fil conducteur qui traverse les différents piliers du projet. Le pouvoir d'achat concerne directement les jeunes ménages. La réforme de l'école et de l'université conditionne leur insertion professionnelle. Le renforcement du service public touche leur accès à la santé et à la formation. La souveraineté technologique ouvre des perspectives dans les nouveaux métiers. Et la question du tissu productif renvoie directement à la capacité de l'économie nationale à créer des emplois suffisamment nombreux, mais surtout suffisamment qualifiés.

Mais entre ce que les programmes proposent et ce que les jeunes vivent, il existe toujours un espace qu'il faut prendre le temps d'écouter. Un diplômé qui envoie des dizaines de candidatures sans obtenir de réponse ne regarde pas la politique de l'emploi de la même manière qu'un entrepreneur qui cherche à financer sa première activité. Une jeune femme qui souhaite quitter le domicile familial n'a pas les mêmes préoccupations qu'un étudiant qui s'interroge sur son orientation. Un jeune vivant dans une grande métropole ne rencontre pas nécessairement les mêmes difficultés qu'un autre vivant dans une petite ville ou en milieu rural. La jeunesse marocaine n'est donc pas un bloc homogène. Et c'est précisément pour cette raison qu'une politique publique qui lui est destinée doit être suffisamment large pour tenir compte de cette diversité.

Le premier sujet reste celui de l'emploi. Mais là aussi, les attentes évoluent. Pour une partie de la jeunesse, décrocher un emploi ne suffit plus. Il faut un emploi qui permette de vivre dignement, de se projeter, de construire une indépendance et, éventuellement, de fonder une famille. La question est donc moins celle du nombre brut de postes créés que celle de la qualité des parcours proposés.

Comment faciliter le passage entre la formation et l'entreprise ? Comment donner davantage de chances à celui qui sort de l'université sans expérience professionnelle ? Comment accompagner les jeunes qui souhaitent entreprendre sans les laisser seuls face aux démarches, au financement et aux premières difficultés ? Comment faire en sorte que les opportunités ne soient pas concentrées dans quelques grandes villes ?

Ces interrogations invitent à aller encore plus loin dans la réflexion. La politique de l'emploi pourrait gagner à être davantage territorialisée, en identifiant les secteurs susceptibles de créer demain des emplois dans chaque région et en adaptant les formations à ces besoins. Le numérique, les énergies renouvelables, l'industrie, l'agriculture à forte valeur ajoutée, les services, les métiers de la santé ou encore les nouvelles technologies constituent autant de domaines qui peuvent offrir des perspectives. Mais une économie ne crée durablement des emplois que lorsqu'elle produit de la valeur. C'est pourquoi la politique de jeunesse ne peut être dissociée de la politique industrielle, de l'investissement, de la formation et de la souveraineté économique.

Il existe également une autre attente, plus silencieuse, mais qui mérite de prendre davantage de place dans le débat : celle du logement. Pour beaucoup de jeunes, l'indépendance ne commence pas seulement avec le premier salaire. Elle commence avec la possibilité d'avoir un logement accessible. Le coût du logement, associé au transport et aux dépenses quotidiennes, peut repousser de plusieurs années certains projets de vie. Une politique en faveur de la jeunesse gagnerait donc à penser ensemble emploi, logement et mobilité, plutôt que de traiter ces questions séparément. Un jeune qui travaille loin de son lieu de résidence, qui consacre une part importante de son revenu au transport et qui ne peut accéder à un logement abordable reste, malgré son emploi, dans une situation de fragilité.

La mobilité constitue d'ailleurs un enjeu souvent sous-estimé. Pouvoir accéder à une université, à une formation ou à un emploi ne dépend pas uniquement de l'existence de cette opportunité. Il dépend aussi de la capacité à se déplacer pour la saisir. Améliorer les transports collectifs, renforcer les connexions entre les territoires et faciliter la mobilité professionnelle pourraient ainsi devenir des instruments importants d'une véritable politique de jeunesse.

Et puis il y a tout ce qui ne se mesure pas immédiatement dans les statistiques économiques. La culture, le sport, l'accès aux espaces publics, la vie associative, l'innovation et la participation citoyenne contribuent eux aussi à construire une génération. Une jeunesse ne peut être considérée uniquement comme une future force de travail. Elle est déjà une force sociale, culturelle et économique. Lui donner une place dans la décision publique, dans les collectivités, dans les associations et dans les espaces de débat, c'est aussi investir dans la démocratie de demain.

C'est ici que le Pacte pour la jeunesse peut prendre toute sa portée. Pour être pleinement crédible, un tel engagement doit pouvoir être accompagné d'objectifs suffisamment concrets pour que les jeunes puissent eux-mêmes en suivre les résultats. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, un véritable tableau de bord annuel de la jeunesse, permettant de suivre l'évolution de l'emploi des jeunes, de l'accès au logement, de la formation, de l'entrepreneuriat ou encore de la participation citoyenne ? Une politique destinée à une génération gagne toujours à être évaluée avec elle.

Car la jeunesse ne demande pas nécessairement des solutions instantanées à tous ses problèmes. Elle demande surtout de pouvoir se projeter. Elle veut savoir que ses efforts d'aujourd'hui peuvent produire quelque chose demain. Elle veut croire qu'un diplôme peut conduire à un emploi, qu'un projet peut devenir une entreprise, qu'un travail peut permettre de se loger et qu'une participation à la vie publique peut réellement avoir un impact.

C'est peut-être là que se situe le véritable défi des élections de 2026. Les partis peuvent présenter leurs programmes, leurs chiffres et leurs engagements. Mais au-delà des documents officiels, une question demeure : quelle place la jeunesse occupera-t-elle réellement dans le Maroc de 2031 ?

La réponse ne se trouvera pas uniquement dans les discours de campagne. Elle se mesurera dans les universités, dans les entreprises, dans les quartiers, dans les centres de formation et dans les territoires. Elle se verra dans le premier emploi décroché, dans le premier logement obtenu, dans l'entreprise créée, dans la formation qui ouvre une nouvelle porte ou simplement dans la possibilité, pour un jeune, de regarder les cinq prochaines années avec davantage de confiance.

À quelques semaines du scrutin, il serait donc intéressant de renverser légèrement la perspective. Au lieu de demander uniquement ce que les partis veulent proposer aux jeunes, pourquoi ne pas demander ce que les jeunes veulent réellement voir changer ?

C'est peut-être en écoutant cette réponse que les programmes pourront gagner en précision, en réalisme et en proximité.

Car une élection se gagne dans les urnes, mais une génération se convainc autrement : par la possibilité de croire que demain peut être meilleur qu'aujourd'hui.

Et si, finalement, le véritable verdict des élections de 2026 ne se lisait pas seulement dans les bulletins de vote, mais dans la capacité du prochain quinquennat à redonner à toute une génération des raisons de rester, d'entreprendre, de participer et surtout de croire en son avenir au Maroc ?


Jeudi 10 Septembre 2026

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