Istiqlal : dix candidats de moins de 23 ans

Le pari d’un renouvellement qui ne veut plus rester un slogan


Avec l’investiture annoncée de dix candidats âgés de moins de 23 ans, l’Istiqlal envoie un signal qui dépasse la simple communication électorale. Derrière ces candidatures se dessine une stratégie plus large : organisation de la jeunesse, formation politique, apprentissage du débat, présence sur le terrain et création de passerelles vers les médias et le numérique. Le renouvellement générationnel commence ainsi à prendre une forme concrète.



Le mot « jeunesse » est probablement l’un des plus utilisés dans les programmes des partis politiques marocains.

On promet de lui donner la parole, de renouveler les élites, de favoriser son accès aux responsabilités et de réconcilier les nouvelles générations avec la politique. Mais il existe une différence essentielle entre parler des jeunes et leur donner effectivement une place.

C’est pourquoi l’investiture annoncée par le Parti de l’Istiqlal de dix candidats de moins de 23 ans mérite davantage qu’une lecture anecdotique.

À 18, 19, 20, 21 ou 22 ans, on n’est plus seulement invité à assister à une réunion de jeunesse ou à distribuer des tracts. On peut désormais prétendre représenter directement les citoyens.

Le symbole est important.

Mais il devient surtout intéressant lorsqu’on le replace dans une dynamique engagée depuis plusieurs années au sein de l’écosystème istiqlalien.

La Jeunesse istiqlalienne comme première école politique

L’Istiqlal dispose d’abord de ce que tous les partis ne possèdent pas nécessairement avec la même profondeur historique : une organisation de jeunesse ancienne, territorialisée et structurée. La Jeunesse istiqlalienne joue traditionnellement un rôle de formation militante, mais aussi de détection des cadres susceptibles de monter progressivement dans les structures du parti.

Le défi contemporain est cependant différent de celui des générations précédentes.

Les jeunes d’aujourd’hui entrent moins facilement dans les organisations politiques traditionnelles. Ils réclament davantage d’autonomie, de débat, de compétences immédiatement utiles, mais aussi la possibilité de participer à des projets concrets.

Le renouvellement politique ne peut donc plus reposer exclusivement sur l'ancien schéma : adhésion, militantisme, attente, puis responsabilité éventuelle plusieurs années plus tard.

Il faut inventer de nouvelles portes d’entrée.

C’est précisément dans cet espace qu’est apparue l’Istiqlal Youth Academy – الأكاديمية الاستقلالية للشباب.

Istiqlal Youth Academy : former avant de promouvoir

L’Academy constitue l’une des initiatives les plus intéressantes de cette stratégie de renouvellement. Son ambition affichée est de créer une véritable école du débat, du terrain et de la formation politique, à destination de jeunes qui ne possèdent pas nécessairement une longue carrière militante.

L’approche se veut plus pédagogique que simplement organisationnelle.

Les activités organisées ces derniers mois témoignent de cette volonté.

En février 2026, l’Academy organisait à Casablanca une rencontre sur « l’identité dans la pensée istiqlalienne », associant transmission historique et réflexion sur l’éthique de l’action politique.

À Fès, elle a organisé une rencontre consacrée aux politiques publiques destinées aux jeunes, avec l’objectif affiché de discuter de leur participation à la vie publique et à la décision.

À Dakhla, une formation a porté sur le discours et la pratique politiques, avec des ateliers consacrés à la communication, à l’argumentation, à la pensée critique et au plaidoyer.

Une autre initiative a pris la forme d’une simulation de la Chambre des représentants, exercice particulièrement pertinent pour apprendre le fonctionnement concret du Parlement plutôt que de se limiter à l’enseignement théorique des institutions.

L’Academy a également lancé, avec la fondation allemande Konrad-Adenauer, un projet de Championnat national de politique, combinant culture générale, compréhension de l’actualité, conception de politiques publiques, négociation et simulation politique.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de demander aux jeunes de rejoindre un parti. Il s’agit de leur proposer une montée en compétences.

En juillet, près de 500 jeunes pour le deuxième contingent

Cette dynamique a changé d’échelle à l’été 2026.

Le 5 juillet, Nizar Baraka a reçu à Rabat le deuxième contingent de jeunes issus de l’Istiqlal Youth Academy, sous le slogan « Les compétences jeunes : un nouveau contrat pour fabriquer le changement ».

Plusieurs sources font état de plusieurs centaines de participants et les publications issues de l’Academy évoquent un contingent d’environ 500 jeunes femmes et hommes provenant des différentes régions du Royaume.

Ce chiffre est important. Car il indique que l’Academy commence à dépasser le stade d’une petite structure de formation réservée à quelques militants.

Elle devient potentiellement un vivier de futurs cadres politiques, mais aussi de profils associatifs, économiques, numériques ou médiatiques susceptibles de contribuer autrement à la vie publique.

Le renouvellement prend alors une autre dimension. Il ne consiste plus seulement à trouver quelques candidats jeunes avant une élection.Il consiste à produire progressivement un réservoir de compétences.

Du laboratoire de formation au terrain électoral

L’investiture de candidats de moins de 23 ans peut donc être lue comme la première traduction électorale visible de ce travail. C’est là que la démarche devient politiquement intéressante.

Une académie de jeunesse peut organiser des centaines de conférences sans jamais modifier la composition réelle d’un parti.
Une organisation de jeunesse peut compter des milliers d’adhérents sans qu’aucun d’entre eux n’accède aux espaces de décision.

Le test véritable arrive au moment des investitures.

Qui obtient une place ?
Qui est autorisé à défendre les couleurs du parti ?
Qui peut prétendre entrer demain au Parlement ?

À partir de ce moment, le renouvellement quitte le domaine du discours. Il devient mesurable.

Former les jeunes, mais aussi leur donner des espaces d’expression

Il existe cependant un autre obstacle. Même lorsqu’un jeune possède les compétences nécessaires, encore faut-il qu’il dispose d’espaces lui permettant de prendre la parole, produire, expérimenter et se confronter au public.

C’est autour de cette idée qu’a également été conçu le projet « Lab Student-Friendly », porté par L’ODJ Média en collaboration avec l’Istiqlal Youth Academy.

Le principe du dispositif consiste à accueillir et accompagner des étudiants et des profils juniors intéressés par le journalisme, le digital, les réseaux sociaux, l’audiovisuel et l’intelligence artificielle. Le projet prévoit des parcours allant de l’idéation au prototypage puis à la publication, ainsi que des stages, missions, master classes et possibilités de professionnalisation.

Le dispositif repose également sur une idée simple : faire entrer dans les rédactions et les environnements numériques des jeunes capables d’apporter leur culture, leurs usages et leur propre manière de produire l’information. Pour L’ODJ, l’objectif est aussi de constituer progressivement un vivier de talents et de renforcer l’apport de la génération Z dans la production éditoriale et digitale.

Ce type de partenariat mérite attention. Parce que le renouvellement politique ne passe pas uniquement par l’élection.

Il passe aussi par la capacité d’une nouvelle génération à savoir écrire, argumenter, produire une vidéo, comprendre les réseaux sociaux, décrypter une politique publique, manier l’intelligence artificielle ou participer à un débat public.

Une campagne qui donne aussi davantage de place aux jeunes

Cette philosophie se retrouve également dans le dispositif éditorial préparé par L’ODJ Média autour de la campagne électorale.

La programmation prévue comprend notamment 30 émissions avec des candidats, des jeunes et des leaders d’opinion, 30 vidéos et 30 Reels, auxquels s’ajoutent des contenus éditoriaux consacrés aux propositions et aux enjeux du programme.

L’objectif n’est pas seulement de montrer des responsables politiques déjà connus. Il est aussi de faire entrer de nouvelles voix dans la conversation publique.

C’est un élément souvent sous-estimé du renouvellement. On ne renouvelle pas une classe politique uniquement en changeant les noms inscrits sur les bulletins.

On la renouvelle également en renouvelant ceux que l’on écoute, ceux que l’on forme, ceux que l’on expose au débat et ceux auxquels on accepte de confier un micro.

Le renouvellement ne signifie pas effacer l’expérience

Il serait cependant simpliste d’opposer systématiquement les jeunes aux responsables expérimentés. Un parti politique ne se renouvelle pas en remplaçant mécaniquement les cinquantenaires par des jeunes de vingt ans.

La politique exige de l’expérience, une connaissance des institutions, une capacité de négociation, une implantation territoriale et une certaine compréhension du temps long.

Mais elle a également besoin d'une circulation des générations. C’est probablement là que se situe le véritable enjeu pour l’Istiqlal.

Conserver son expérience et sa mémoire politique tout en permettant à de nouvelles générations d’entrer plus tôt dans le système.

Former avant d’investir.
Accompagner avant de responsabiliser.
Mais aussi savoir, à un moment donné, laisser une place réelle.

Dix candidats : un symbole aujourd’hui, peut-être une génération demain

Le chiffre de dix candidats de moins de 23 ans ne suffira évidemment pas, à lui seul, à démontrer une transformation complète du parti.

Le véritable bilan devra être établi après les élections.

Combien de ces candidats occupent des positions réellement compétitives ?
Combien seront élus ?
Combien resteront engagés après la campagne ?
Combien seront associés aux futures responsabilités locales, parlementaires ou partisanes ?

C’est sur ces critères qu’il faudra juger la profondeur du renouvellement.

Mais il existe déjà une différence entre une promesse abstraite et une dynamique qui commence à produire des institutions, des formations, des promotions de jeunes, des expériences de terrain et enfin des candidatures.

Entre la Jeunesse istiqlalienne, l’Istiqlal Youth Academy, ses centaines de jeunes formés, les simulations parlementaires, les formations politiques, les initiatives territoriales et les projets médiatiques destinés à professionnaliser de nouveaux profils, une architecture commence à apparaître.

Elle repose sur une idée finalement assez simple : la jeunesse ne doit plus être considérée seulement comme un électorat à convaincre, mais comme une génération à préparer à exercer elle-même des responsabilités.

Les dix candidatures de moins de 23 ans donnent aujourd’hui à cette idée une visibilité particulière.

Le renouvellement politique reste un processus long. Mais pour qu’il cesse d’être un slogan, il faut bien qu’un jour quelqu’un commence à ouvrir la porte.


Jeudi 10 Septembre 2026

La rédaction
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