Une tournée qui en dit plus qu’elle ne promet
Kushner a rencontré au Caire une délégation du Hamas conduite par Khalil al-Hayya, en présence de médiateurs, dont Nikolaï Mladenov, représentant du “Conseil de paix”. La réunion aurait duré plus de deux heures. Dans le même temps, des médias israéliens, mais aussi des sources occidentales, indiquent que Kushner et Netanyahu se sont entendus sur une condition majeure : aucune reconstruction de Gaza avant le désarmement complet du Hamas.
Mais derrière le langage diplomatique : “plan de paix”, “transition”, “stabilité”, “sécurité”, “reconstruction” ; se cache une question fondamentale : s’agit-il d’un accord de paix ou d’un dispositif destiné à transformer la défaite humanitaire de Gaza en capitulation politique palestinienne ?
Mais derrière le langage diplomatique : “plan de paix”, “transition”, “stabilité”, “sécurité”, “reconstruction” ; se cache une question fondamentale : s’agit-il d’un accord de paix ou d’un dispositif destiné à transformer la défaite humanitaire de Gaza en capitulation politique palestinienne ?
Le retour de Kushner : la diplomatie des affaires appliquée à une tragédie coloniale
Jared Kushner n’est pas un diplomate classique. Son nom reste associé aux Accords d’Abraham, c’est-à-dire à une approche du Moyen-Orient qui a tenté de contourner la question palestinienne en normalisant les relations entre Israël et plusieurs États arabes. Cette méthode partait d’une hypothèse : la Palestine pouvait être marginalisée si les régimes arabes étaient intégrés à une architecture régionale économique, sécuritaire et stratégique dominée par Washington et favorable à Israël.
Or, la guerre de Gaza a brutalement rappelé que la question palestinienne ne peut pas être enterrée par des accords de normalisation. Gaza a replacé la Palestine au centre du monde arabe, de l’opinion internationale et de la conscience politique globale.
La venue de Kushner au Caire puis en Israël s’inscrit donc dans une tentative de reprise de contrôle. Washington cherche à transformer une situation explosive en processus politique encadré. Mais ce processus, tel qu’il apparaît dans les fuites et les déclarations rapportées, ne repose pas sur la justice, ni sur la fin de l’occupation, ni sur la reconnaissance des droits nationaux palestiniens. Il repose d’abord sur une exigence : désarmer la résistance palestinienne avant toute reconstruction, avant toute réintégration politique, avant tout retrait israélien réel.
C’est là que commence le problème.
Or, la guerre de Gaza a brutalement rappelé que la question palestinienne ne peut pas être enterrée par des accords de normalisation. Gaza a replacé la Palestine au centre du monde arabe, de l’opinion internationale et de la conscience politique globale.
La venue de Kushner au Caire puis en Israël s’inscrit donc dans une tentative de reprise de contrôle. Washington cherche à transformer une situation explosive en processus politique encadré. Mais ce processus, tel qu’il apparaît dans les fuites et les déclarations rapportées, ne repose pas sur la justice, ni sur la fin de l’occupation, ni sur la reconnaissance des droits nationaux palestiniens. Il repose d’abord sur une exigence : désarmer la résistance palestinienne avant toute reconstruction, avant toute réintégration politique, avant tout retrait israélien réel.
C’est là que commence le problème.
Le message transmis au Hamas : pas de politique sans désarmement
Kushner aurait dit à la direction du Hamas que Donald Trump considérait le désarmement des factions palestiniennes comme une étape essentielle avant toute autre avancée à Gaza. Il aurait aussi affirmé que l’intégration politique du Hamas ne pourrait avoir lieu qu’après un désarmement complet du secteur.
Cette proposition peut paraître, vue de Washington ou de Tel-Aviv, comme une condition de “stabilisation”. Mais vue de Gaza, elle ressemble à une demande de reddition. Pourquoi ? Parce que cette exigence ne s’accompagne pas, du moins dans les éléments rendus publics, de garanties équivalentes concernant :
la fin de l’occupation ; la levée complète du blocus ; le retrait israélien total ; la fin des assassinats ciblés ; la protection internationale des civils palestiniens ; la reconnaissance d’un droit politique palestinien réel ; la fin de la colonisation en Cisjordanie ; la responsabilité juridique pour les destructions massives à Gaza. Cette proposition peut paraître, vue de Washington ou de Tel-Aviv, comme une condition de “stabilisation”. Mais vue de Gaza, elle ressemble à une demande de reddition. Pourquoi ? Parce que cette exigence ne s’accompagne pas, du moins dans les éléments rendus publics, de garanties équivalentes concernant :
Autrement dit, on demande à la partie palestinienne de renoncer à son moyen de pression principal, tandis qu’Israël conservere sa politique d’assassinats et son droit revendiqué à agir militairement à tout moment.
Ce n’est pas une symétrie. Ce n’est pas une paix équilibrée. C’est une architecture de domination.
La reconstruction comme instrument de chantage politique
L’un des points les plus graves de cette tournée concerne le lien établi entre reconstruction de Gaza et désarmement du Hamas.
Kushner et Netanyahu auraient convenu qu’aucune reconstruction significative de Gaza ne devrait commencer avant le désarmement complet du Hamas. Cette logique est moralement problématique pour une raison simple : elle transforme les besoins vitaux de plus de deux millions de Palestiniens en monnaie d’échange politique.
Faire dépendre la reconstruction de Gaza du désarmement total de la résistance revient à dire aux civils palestiniens : vous ne reconstruirez vos maisons que si une faction politique et militaire accepte les conditions de son adversaire.
C’est une forme de punition collective diplomatisée.
On remarquera d’ailleurs que les discussions permettraient seulement certains travaux liés à l’eau, au traitement des eaux usées et à la santé publique, principalement pour éviter la propagation d’épidémies. Mais même cet “assouplissement” révèle la logique israélienne : ce qui est permis, c’est ce qui empêche la catastrophe sanitaire de franchir les frontières de Gaza et de toucher Israël. La vie palestinienne n’est reconnue qu’au moment où sa destruction risque de devenir un problème régional.
Kushner et Netanyahu auraient convenu qu’aucune reconstruction significative de Gaza ne devrait commencer avant le désarmement complet du Hamas. Cette logique est moralement problématique pour une raison simple : elle transforme les besoins vitaux de plus de deux millions de Palestiniens en monnaie d’échange politique.
Faire dépendre la reconstruction de Gaza du désarmement total de la résistance revient à dire aux civils palestiniens : vous ne reconstruirez vos maisons que si une faction politique et militaire accepte les conditions de son adversaire.
C’est une forme de punition collective diplomatisée.
On remarquera d’ailleurs que les discussions permettraient seulement certains travaux liés à l’eau, au traitement des eaux usées et à la santé publique, principalement pour éviter la propagation d’épidémies. Mais même cet “assouplissement” révèle la logique israélienne : ce qui est permis, c’est ce qui empêche la catastrophe sanitaire de franchir les frontières de Gaza et de toucher Israël. La vie palestinienne n’est reconnue qu’au moment où sa destruction risque de devenir un problème régional.
Netanyahu obtient l’essentiel : pas de retrait réel, pas d’arrêt des assassinats, pas d’obligation immédiate de reconstruire
Les informations rapportées par les médias israéliens indiquent que Netanyahu aurait obtenu plusieurs garanties importantes :
pas de reconstruction avant désarmement ; maintien possible de l’armée israélienne sur certaines lignes, notamment le “ligne jaune” ; conservation de la liberté d’action militaire ; poursuite des assassinats ciblés contre les personnes liées au 7 octobre ; exigence de démantèlement des armes et des tunnels ; supervision américaine du processus de désarmement. Ces éléments, s’ils sont confirmés, signifient qu’Israël ne serait pas tenu à une désescalade réelle et complète. Il pourrait continuer à agir militairement tout en exigeant de l’autre partie qu’elle se désarme.
C’est là une asymétrie fondamentale : Israël demande la fin de la résistance, mais ne propose pas la fin de son propre régime de coercition. Dans ces conditions, le plan risque de ne pas être un accord de paix, mais un mécanisme de domination prolongée sous couverture internationale.
pas de reconstruction avant désarmement ; maintien possible de l’armée israélienne sur certaines lignes, notamment le “ligne jaune” ; conservation de la liberté d’action militaire ; poursuite des assassinats ciblés contre les personnes liées au 7 octobre ; exigence de démantèlement des armes et des tunnels ; supervision américaine du processus de désarmement. Ces éléments, s’ils sont confirmés, signifient qu’Israël ne serait pas tenu à une désescalade réelle et complète. Il pourrait continuer à agir militairement tout en exigeant de l’autre partie qu’elle se désarme.
C’est là une asymétrie fondamentale : Israël demande la fin de la résistance, mais ne propose pas la fin de son propre régime de coercition. Dans ces conditions, le plan risque de ne pas être un accord de paix, mais un mécanisme de domination prolongée sous couverture internationale.
Israël veut la sécurité sans la justice, Washington veut l’accord sans les droits
Du point de vue palestinien, la question fondamentale n’est pas de savoir si Gaza doit vivre dans une situation de guerre permanente. Aucun peuple ne souhaite vivre éternellement sous les bombes, dans les tunnels, les ruines, les déplacements forcés et les deuils répétés. La vraie question est : quelle paix propose-t-on ?
Une paix authentique supposerait :
la fin de l’occupation ; la levée du blocus ; la reconnaissance du droit du peuple palestinien à l’autodétermination ; la garantie du retour ou d’une solution juste pour les réfugiés ; la fin de la colonisation ; la reconstruction sans chantage ; la protection des civils ; la fin de l’impunité israélienne ; une représentation politique palestinienne libre et non imposée de l’extérieur. Une paix authentique supposerait :
Or, ce qui ressort des rencontres de Kushner semble être autre chose : un dispositif de pacification sécuritaire, dans lequel Gaza serait reconstruite partiellement, surveillée, désarmée, administrée sous tutelle, et maintenue dans une dépendance financière et politique.
Le mot “paix” est alors utilisé non pas comme synonyme de justice, mais comme synonyme d’ordre. Mais un ordre sans justice n’est jamais une paix. C’est une trêve armée imposée au vaincu, ou à celui que l’on veut présenter comme vaincu.
L’illusion américaine : croire qu’on peut acheter la paix avec la reconstruction
La logique de Kushner s’inscrit dans une tradition américaine ancienne : remplacer les droits politiques par des incitations économiques. Cette méthode a déjà été visible dans le passé : promettre des investissements, des zones économiques, des projets d’infrastructure, des fonds de reconstruction ; mais sans garantir la souveraineté, la liberté de circulation, la fin de l’occupation ou la justice historique.
Or, les Palestiniens n’ont pas seulement besoin de béton, d’eau, d’électricité et d’emplois. Ils ont besoin de liberté. Reconstruire Gaza sans liberté, c’est reconstruire une prison plus propre. C’est cette idée qui rend les projets américains profondément suspects aux yeux d’une grande partie des Palestiniens : ils offrent parfois de reconstruire les murs, mais pas de retirer les barreaux.
Or, les Palestiniens n’ont pas seulement besoin de béton, d’eau, d’électricité et d’emplois. Ils ont besoin de liberté. Reconstruire Gaza sans liberté, c’est reconstruire une prison plus propre. C’est cette idée qui rend les projets américains profondément suspects aux yeux d’une grande partie des Palestiniens : ils offrent parfois de reconstruire les murs, mais pas de retirer les barreaux.