Depuis décembre 2025, lorsque Bank Al‑Maghrib a signé les nouvelles règles prudentielles qui s’appliquent à Tamwilcom, l’institution publique ne joue plus seulement un rôle de garant traditionnel mais se conforme désormais pleinement aux normes bancaires en matière de fonds propres, de couverture des risques opérationnels, de liquidité et d’évaluation des engagements. C’est un tournant institutionnel qui rapproche la Société nationale de garantie et de financement de l’entreprise (SNGFE) des pratiques du secteur financier régulé tout en maintenant l’État dans sa posture de garant de dernier recours.
Cette réforme n’est pas qu’un changement cosmétique de nom : Tamwilcom héritière de la Caisse centrale de garantie (CCG) doit aujourd’hui respecter des exigences strictes de solvabilité et de gestion des risques, telles qu’un coefficient minimum de solvabilité de 12 % et un ratio de fonds propres de catégorie 1 d’au moins 9 % par rapport aux risques totaux pondérés, comme précisé dans les règles prudentielles imposées par la Banque centrale. Ces normes visent à réduire les risques structurels et à éviter que les engagements publics ne pèsent de manière excessive sur les finances de l’État.
Ce cadre renouvelé s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de restructuration du rôle d’actionnaire public, cherchant à concilier ambition d’investissement et discipline financière. Concrètement, l’État Marocain continue de soutenir ses entreprises stratégiques mais avec des garde‑fous renforcés et une assise financière plus robuste.
Parmi les entreprises publiques qui tirent parti de cette garantie, la Société des autoroutes du Maroc (ADM) est en tête, représentant près de 37 % de l’encours total de la dette intérieure garantie, suivie de l’Office national des chemins de fer (ONCF) avec environ 27,2 %, puis de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) à 22,5 %. Ces acteurs sont impliqués dans d’importants programmes d’investissement, notamment liés à l’amélioration des infrastructures et aux préparatifs logistiques autour d’événements comme la Coupe du monde de football 2030, où le besoin de financement est massif.
Les chiffres globaux parlent d’eux‑mêmes : à la fin de l’année 2024, l’encours de la dette intérieure garantie atteignait environ 55,9 milliards de dirhams, dont près de 26 milliards sous garantie via Tamwilcom et 29,9 milliards garantis directement par l’État. Cet encours représentait près de 3,6 % du PIB, avec seulement 1,9 % pour la garantie directe du Trésor, témoignant d’une approche plus prudente dans l’engagement budgétaire. La stabilisation de cet encours, qui a d’ailleurs légèrement diminué entre 2023 et 2024, est liée à des remboursements en principal plus importants que les nouvelles émissions.
Un autre point de cette réforme repose sur un mécanisme de couverture prudentielle en trois niveaux : des dotations ex ante basées sur les règles prudentielles, un fonds de réserve alimenté notamment par les bénéfices de Tamwilcom et enfin un renforcement des capitaux propres. Cette architecture se veut autant une digue qu’un filet de sécurité pour limiter l’exposition potentielle des finances publiques.
Cette redéfinition du rôle de Tamwilcom qui, selon ses propres bilans récents, continue de mobiliser des volumes importants de financements pour les entreprises marque une étape significative dans l’évolution du financement public au Maroc. L’objectif est clair : offrir aux acteurs économiques une garantie plus solide, mieux encadrée, et adaptée aux défis des investissements d’envergure tout en construisant un système plus résilient et transparent.
En confiant à Tamwilcom la garantie des emprunts publics dans un cadre prudentiel renforcé, le Maroc fait un pas déterminant vers une gouvernance financière plus rigoureuse. Cette réforme, loin d’être technique, touche au cœur de la capacité du pays à soutenir ses infrastructures, ses entreprises publiques et l’écosystème économique dans son ensemble sans compromettre la stabilité des finances publiques — une évolution qui mérite l’attention de tous les acteurs économiques et citoyens engagés dans le développement durable du Royaume.