L’Europe découvre aujourd’hui ce que Wald Maâlam dit depuis longtemps sur l’IA générative

Recherche, savoir, responsabilité et souveraineté à l’ère des grands modèles.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

La publication récente par la Commission européenne de ses lignes directrices sur l’usage responsable de l’intelligence artificielle générative dans la recherche scientifique constitue un moment important.

Non pas parce qu’elle révèle quelque chose de totalement nouveau, mais parce qu’elle officialise enfin, au niveau institutionnel européen, des inquiétudes et des positions que plusieurs chercheurs, ingénieurs et praticiens du numérique défendent depuis longtemps.
Pendant que certains présentaient encore les grands modèles de langage comme une forme d’« intelligence » quasi autonome capable de remplacer progressivement le chercheur, l’enseignant, l’écrivain ou même l’expert, le document européen rappelle une évidence fondamentale : l’être humain reste responsable du savoir produit.



Cette précision est loin d’être anodine.

Car derrière l’emballement médiatique autour de l’IA générative se cache souvent une confusion profonde entre : algorithme, logiciel, automatisation, génération probabiliste et intelligence humaine. Or, Wald Maâlam rappelle depuis longtemps qu’un algorithme n’est pas un logiciel et encore moins une intelligence.

L’algorithme est une manière de penser, une logique de raisonnement. Le logiciel n’est que la traduction informatique de cette logique sous forme de code exécutable. Les grands modèles de langage ne « pensent » pas. Ils calculent des probabilités de suites linguistiques à partir de gigantesques volumes de données.

Cela ne signifie pas qu’ils sont inutiles. Bien au contraire. Comme l’imprimerie, le moteur de recherche, le tableur ou les ERP avant eux, les IA génératives constituent des outils puissants pouvant transformer profondément les méthodes de travail, les processus de production de contenus et certaines formes d’organisation cognitive.

Mais la Commission européenne rappelle implicitement une autre réalité essentielle : produire du texte n’est pas produire de la connaissance.

Cette distinction est fondamentale.

Un texte fluide, bien rédigé et convaincant peut être faux, biaisé, manipulatoire, juridiquement problématique, scientifiquement fragile ou intellectuellement vide.

C’est précisément pourquoi les lignes directrices européennes insistent sur la transparence, la vérification humaine, l’intégrité scientifique, la traçabilité, la protection des données et la responsabilité du chercheur.

Autrement dit, l’Europe commence à reconnaître officiellement que l’IA générative ne peut fonctionner sans culture, sans méthode et sans esprit critique. Cette prise de conscience rejoint directement les positions défendues depuis plusieurs années par Wald Maâlam lors des Cafés IA, des conférences, des tribunes, des formations et des ouvrages consacrés au numérique et à l’intelligence artificielle.

Car le véritable enjeu n’est pas uniquement technologique. Il est aussi épistémologique, économique, linguistique, culturel, géopolitique et civilisationnel. L’Europe parle aujourd’hui « d’IA de confiance ». Mais derrière cette expression se pose une autre question rarement évoquée : confiance envers qui ?

Car les modèles dominants restent largement contrôlés par quelques grands acteurs américains disposant des infrastructures, des capacités de calcul, des données, des plateformes et des modèles économiques.

Dans ce contexte, les pays du Sud, dont le Maroc et l’Afrique, doivent éviter une nouvelle dépendance cognitive et numérique.

La souveraineté ne concerne pas uniquement les serveurs ou les centres de données. Elle concerne aussi les langues, les représentations culturelles, les référentiels éducatifs, les modèles de gouvernance et les capacités locales de compréhension critique des technologies.

C’est précisément dans cette perspective que Wald Maâlam défend depuis longtemps l’idée d’une intelligence artificielle frugale, contextualisée, systémique, inclusive et enracinée dans les réalités humaines locales. Le modèle du Maâlam marocain illustre parfaitement cette approche.

Le Maâlam ne transmet pas uniquement une technique. Il transmet une responsabilité, une expérience, une éthique, une mémoire, une culture du geste et une manière de penser. Aucune IA générative actuelle ne possède cette profondeur humaine. Et c’est peut-être là que réside aujourd’hui le plus grand paradoxe de notre époque numérique : plus les machines produisent rapidement du contenu, plus la valeur du discernement humain devient essentielle. L’Europe semble commencer à le comprendre.

Le Maroc et l’Afrique doivent maintenant aller plus loin : non pas en copiant les modèles dominants, mais en construisant leurs propres trajectoires numériques, scientifiques et culturelles.

Car l’avenir de l’intelligence artificielle ne se jouera pas uniquement dans les laboratoires de calcul. Il se jouera aussi dans notre capacité collective à préserver le sens, la responsabilité et la dignité humaine au cœur du numérique.

Par Dr Az-Eddine Bennani.


Lundi 11 Mai 2026

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