L'Europe étudie un « permis numérique » pour protéger les mineurs en ligne


Rédigé par le Mercredi 15 Juillet 2026

Un comité d'experts recommande à la Commission européenne de restreindre l'accès des moins de 13 ans aux réseaux sociaux et aux assistants d'intelligence artificielle. Le projet entend mieux préparer les adolescents aux risques numériques avant de leur ouvrir ces services.



Une autorisation progressive plutôt qu'un accès sans limite

Instagram, TikTok, Snapchat et même des assistants comme ChatGPT pourraient devenir inaccessibles aux enfants de moins de 13 ans si les recommandations remises le 13 juillet à la Commission européenne étaient suivies. Le rapport, coprésidé par l'épidémiologiste française Maria Melchior et le spécialiste allemand Jörg Fegert, défend l'idée d'un « permis numérique » pour les mineurs.
 
L'expression évoque un apprentissage préalable : avant d'accéder librement aux grandes plateformes, les jeunes devraient acquérir des connaissances sur la vie privée, les contenus trompeurs, le cyberharcèlement, les mécanismes de dépendance et la sécurité des comptes.
 
Les partisans du dispositif estiment que les règles actuelles, souvent fondées sur une simple déclaration d'âge, protègent insuffisamment les enfants. Les plateformes sont conçues pour retenir l'attention et peuvent exposer rapidement leurs utilisateurs à des contenus violents, sexualisés ou anxiogènes.
 
Les assistants d'IA ajoutent de nouveaux risques, notamment des réponses inexactes, une relation excessive avec un agent conversationnel ou le partage involontaire d'informations personnelles. Un cadre commun européen permettrait d'éviter que chaque État adopte des règles incompatibles.
 
Il pourrait aussi renforcer le pouvoir de négociation de l'Union face aux grandes entreprises technologiques. Le rapport ne constitue cependant pas encore une loi. La Commission devra examiner les recommandations, évaluer leur faisabilité et, le cas échéant, proposer un texte soumis aux États membres et au Parlement européen.

Vérifier l'âge sans créer une surveillance généralisée

La difficulté principale réside dans l'application. Empêcher un enfant de mentir sur son âge suppose un mécanisme de vérification plus fiable, mais la collecte de pièces d'identité par les plateformes créerait de nouveaux risques pour la vie privée.
 
L'Europe devra donc rechercher une solution qui confirme une tranche d'âge sans révéler inutilement l'identité complète de l'utilisateur. Des applications indépendantes, des attestations numériques ou des contrôles effectués sur l'appareil font partie des approches possibles.
 
Aucune n'est parfaite : un système trop faible se contourne facilement, tandis qu'un contrôle trop intrusif transforme la protection des mineurs en surveillance de tous. Le « permis » devra également éviter d'accentuer les inégalités.
 
L'éducation au numérique doit être accessible dans les écoles et aux familles, quels que soient leur équipement ou leur niveau de connaissance. Une interdiction isolée pourrait déplacer les jeunes vers des services moins connus et moins modérés. Elle devra donc s'accompagner d'espaces adaptés, de recours efficaces et d'une responsabilité accrue des plateformes sur la conception de leurs produits.
 
Les adolescents ont aussi besoin d'internet pour apprendre, créer et maintenir des liens ; la régulation ne peut ignorer ces bénéfices. Le débat européen porte ainsi moins sur un rejet du numérique que sur les conditions d'une entrée progressive et éclairée. Si le projet aboutit, sa réussite dépendra de sa capacité à associer vérification respectueuse, apprentissage concret et des obligations fortes pour les entreprises.




Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls… En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 15 Juillet 2026
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