L’IA à Fès : apprendre à coder… ou apprendre à penser ?

Wald Maâlam – Fès, 27-28 avril 2026


Par Dr Az-Eddine Bennani.

À Fès, ville de savoir et de transmission, Josep Borrell, ancien Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a lancé aux jeunes un message mobilisateur : « apprenez à coder et à décoder pour comprendre les enjeux de l’intelligence artificielle ». L’intention est louable. Elle part d’un constat juste : nous ne pouvons pas arrêter l’IA. Nous devons donc la comprendre pour ne pas la subir.



Mais ce message, aussi pertinent soit-il, mérite d’être interrogé.

Car derrière cette injonction à « coder » se cache une ambiguïté fondamentale. Comprendre l’intelligence artificielle ne se réduit pas à écrire du code. Ce serait une illusion, et même une erreur stratégique.

Un algorithme n’est pas un programme. Un algorithme est une manière de penser. Le programme n’est que sa traduction technique.

Réduire l’IA à une compétence de codage revient à confondre l’outil et la pensée, l’exécution et la conception. C’est former des mains sans former des têtes. Or, dans un monde dominé par les plateformes, les modèles et les architectures invisibles, celui qui pense domine celui qui exécute.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’apprendre à coder. Il est d’apprendre à décoder.
Mais décoder quoi ?

Pas uniquement les lignes de code. Pas seulement les modèles mathématiques. Mais les structures de pouvoir qui sous-tendent l’intelligence artificielle.

Décoder l’IA, c’est comprendre : qui produit les données, qui conçoit les modèles, qui contrôle les infrastructures, qui impose les usages, et surtout, qui capte la valeur.
Autrement dit, décoder l’IA, c’est entrer dans une lecture géopolitique et économique du numérique.

Et c’est ici que le discours dominant montre ses limites.

Car l’appel à « apprendre à coder » s’inscrit souvent dans une vision implicite : celle d’une course mondiale où il faudrait rattraper les grandes puissances technologiques, en adoptant leurs outils, leurs modèles et leurs logiques.

Cette trajectoire n’est pas inévitable. Elle est un choix. À Fès, dans cette ville qui a vu naître le Maâlam, père de Wald Maâlam, auteur de cette tribune, une autre voie peut être pensée.

Une voie où l’intelligence artificielle n’est pas seulement importée, mais conçue.
Une voie où l’on passe de la dépendance technologique à la souveraineté cognitive.
Former à l’IA, ce n’est pas seulement enseigner Python ou les réseaux de neurones. C’est former à la pensée algorithmique.

L’intelligence artificielle, aussi performante soit-elle, ne pense pas. Elle calcule, corrèle, prédit. L’humain doit rester à l’origine de la pensée. Apprenez à coder, oui. Mais surtout, apprenez à penser avant de coder.

Par Dr Az-Eddine Bennani.


Jeudi 30 Avril 2026

Dans la même rubrique :