L’Istiqlal veut que le Maroc sécurise lui-même une partie de ses importations stratégiques


Le Maroc dispose désormais de ports parmi les plus performants du continent, développe de nouvelles plateformes logistiques et renforce année après année sa place dans les échanges internationaux. Mais une question demeure : à quoi sert de maîtriser les ports si l’on reste trop dépendant des navires des autres pour transporter les marchandises vitales ?



La réponse : Une compagnie maritime nationale

C’est à cette vulnérabilité que le programme électoral 2026-2031 du Parti de l’Istiqlal entend répondre en proposant la création d’une compagnie nationale de navigation commerciale, avec pour objectif de sécuriser le transport d’une partie des importations stratégiques du Royaume et de renforcer sa capacité de résistance face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. La proposition peut sembler presque anachronique à première vue. Elle est en réalité très contemporaine.

Les crises récentes ont rappelé qu’un pays peut disposer des ressources financières nécessaires pour acheter du carburant, des céréales ou des médicaments, mais se retrouver malgré tout vulnérable si les chaînes logistiques se tendent, si les coûts du fret explosent ou si les capacités de transport deviennent soudainement rares.

La souveraineté commerciale ne se limite donc plus à la question : avons-nous les moyens d’acheter ? Elle inclut désormais une autre interrogation : avons-nous les moyens physiques de transporter ce que nous achetons ? C’est là que l’idée d’une compagnie nationale prend tout son sens.

Elle ne signifierait pas nécessairement que le Maroc doit transporter lui-même l’ensemble de son commerce extérieur. Ce serait irréaliste et probablement inutile. Mais disposer d’une flotte capable d’assurer une part ciblée des flux stratégiques pourrait offrir une marge de sécurité supplémentaire en période de crise.

Le sujet dépasse d’ailleurs la seule logistique.

Une compagnie maritime nationale pourrait aussi contribuer au développement de compétences dans la marine marchande, la maintenance navale, la gestion portuaire, l’assurance maritime et les métiers liés au transport international. Elle pourrait également accompagner la montée en puissance de Tanger Med, Nador West Med ou, demain, Dakhla Atlantique.

Faut-il une entreprise totalement publique ? Une société à capital mixte ? Une flotte directement détenue ou affrétée ? Quels produits devraient être prioritaires ? Et surtout, comment éviter de recréer une structure coûteuse et peu compétitive ? Ces questions sont essentielles.

Mais la proposition a déjà un mérite : elle rappelle qu’un pays qui ambitionne de renforcer sa souveraineté ne peut pas seulement penser aux usines, à l’énergie ou aux stocks. Il doit aussi penser aux routes maritimes qui relient tout cela au reste du monde. Et, de ce point de vue, l’idée mérite d’être prise au sérieux : le Maroc veut-il seulement être une grande plateforme portuaire ou redevenir aussi une véritable puissance maritime commerciale ?


Mercredi 9 Septembre 2026

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