L'Occident confronté à un wokisme géopolitique


Après plusieurs siècles de domination sans partage, l’Occident vit aujourd’hui dans le doute, le doute face à une certaine déroute de ses valeurs, de ses sociétés, de ses certitudes. Après avoir « vendu » au monde ses idéaux de démocratie, le voilà en proie à des tensions et des dissensions domestiques, remis en doute en interne et dans le monde. Le wokisme qui le ronge à petit feu à (et de) l’intérieur même de ses pays s’étend maintenant à l’extérieur, sous d’autres formes.



Par Aziz Boucetta

Les sociétés égalitaires occidentales sont en réalité profondément inégalitaires, et les différents segments de la société connaissent des formes d’ostracisme dissimulées sous le vernis des nobles valeurs et des institutions démocratiques. Mais ce vernis a fini par se craqueler avec le temps, dévoilant le profond malaise vécu par les minorités dans ces pays : minorités ethniques et/ou culturelles, migrants, homosexuels, musulmans, féministes…

La réponse des pouvoirs établis est multiforme : éluder, absorber, légiférer, tirer, juger et condamner… et tracer la voie aux populismes et autres identitarismes qui ne réalisent d’autre résultat que la crispation des mouvements et des groupes les plus radicaux. Ils disent ne plus supporter le racisme ou l’ostracisme, la marginalisation et la discrimination, l’arrogance et la mauvaise gouvernance… et si, dans les relations internationales des pays occidentaux, on ajoute l’exploitation et la domination de plus en plus visiblement et rudement rejetées par les autres nations du monde, désormais en éveil face à ces pratiques, on rencontre une forme de wokisme international.

Un wokisme dirigé contre les mêmes Etats occidentaux, qui se retrouvent de fait déstabilisés en interne et critiqués à l’extérieur.

Sur le plan domestique, en effet, nous assistons à une déliquescence du pouvoir politique et à la fragilisation de la stabilité de ces pays, en Allemagne avec sa coalition faible, au Royaume-Uni et ses quatre premiers ministres en quatre ans, en France avec une déstructuration du champ politique et l’élargissement des extrêmes, l’Italie et l’extrême-droite au pouvoir, l’Autriche, la Bulgarie, l’Espagne… Ailleurs qu’en Europe, Israël en pause institutionnelle, les Etats-Unis menacés de guerre civile ou d’implosion politique…

Concernant les valeurs morales prônées par le bloc occidental, elles ne résistent plus à l’épreuve des faits, voire de leurs méfaits. Ainsi de la collusion entre les police/justice et les pouvoirs politiques aux Etats-Unis et en France (procès Trump, Julian Assange, gilets jaunes et jeunes banlieusards…), de la radicalité agressive et intrusive des mouvements LGBTQA+ (en attendant le reste de l’alphabet) avec...

le droit d’adoption pour les couples homosexuels, de l’introduction du militantisme de genre au sein des écoles, du rejet des minorités…

Tout cela intervient à une période de l’histoire humaine où l’occidentalocentrisme est sévèrement remis en question. La démocratie est tributaire de l’histoire et ne saurait être imposée de l’extérieur, les droits de l’Homme sont relatifs aux sociétés, l’attitude condescendante des Etats occidentaux à l’égard des autres est désormais virulemment rejetée.

Aujourd’hui, le choix est permis avec l’émergence d’autres systèmes politiques et économiques, tout aussi critiquables que l’occidental. Mais ce que ces systèmes permettent est l’idée générale que l’Occident n’est plus ce temple de la moralité, unique, dans le monde. Les peuples se réveillent partout dans le monde, et quand leurs Etats ne le comprennent pas, ils ouvrent la voie à l’instabilité, voire à la déstabilisation.


 

Un wokisme planétaire est né et il monte en puissance, regroupant là aussi des minorités formant des groupements régionaux géographiques (Sahel), économiques (BRICS+) ou autres…

Ce wokisme international rejette et pourfend des systèmes occidentaux désormais relégués au rang de « régimes » bousculés, malmenés, questionnés par leurs propres peuples et qui peinent de plus en plus à demeurer audibles à l’international ; ces régimes veulent et persistent à « faire du neuf avec du vieux », à diriger le monde nouveau avec les anciens instruments, de la mission civilisatrice à la posture moralisatrice, de la décolonisation au néo-colonialisme, de l’idée survendue de démocratie à la réalité de domination des élites politiques occidentales transposées à la géopolitique mondiale, de la lutte antiterroriste proclamée à la pénétration militaire affirmée…

Et de fait, l’implosion du Conseil de sécurité de l’ONU, émanation de la volonté des vainqueurs de la 2nde Guerre mondiale, l’entreprise de dédollarisation de l’économie mondiale, l’émergence des BRICS+ et de l’OCS comme sérieux compétiteurs au G7 et au G20 qui ne signifie plus rien, les tensions, dissensions et frictions internes au club des pays occidentaux, le désarroi français en Afrique du Nord et son spleen en Afrique tout court, la « désacralisation » de la Grande Amérique et de son fameux et désormais désuet « way of life »… tous ces faits indiquent à n’en point douter un éveil des populations du monde… un wokisme planétaire contre l’Occident qui fait écho au wokisme social en Occident.

Ce wokisme a un but : désoccidentaliser, et il devrait également avoir une appréhension : ne pas rejeter une domination pour tomber sous la coupe d’une autre, chinoise ou russe.

Rédigé par Aziz Boucetta sur Panorapost 


Dimanche 24 Septembre 2023

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