L'article 222 : Les liens complexes entre la loi, la société et la religion


Rédigé par le Jeudi 18 Mai 2023

Le Marocain associe généralement le Ramadan à un rituel et à une période de jeûne, un mois de cérémonies et de pratiques religieuses.



Malgré le fait que le débat sur la possibilité de célébrer publiquement l'iftar pendant le Ramadan soit devenu un événement annuel incontournable, il conserve toute sa pertinence et attire de plus en plus d'attention. Je prévois que son intensité augmentera au fil des années.

De nombreux individus ne sont pas pleinement conscients des changements survenus au Maroc en termes de valeurs et de modes de vie, ni du conflit sous-jacent mais bien réel opposant une société conservatrice traditionnelle aux générations modernes.

Ces dernières ont grandi et évolué dans une ère d'information, de liberté et d'ouverture où le monde représenté ne correspond pas à leur réalité vécue. Par conséquent, elles ont commencé à rechercher des espaces parallèles, voire des communautés exclusives, afin de pratiquer leurs convictions et leurs choix religieux.

L’article 222 du code pénal marocain stipule que: “Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 200 à 500 dirhams ». Ce texte a été établi par le protectorat français en 1913, et modifié en 1933 par le Département des affaires indigènes de Lyautey.

Le Maréchal Lyautey a réalisé que pour attirer et influencer les notables, les savants, les cheikhs des Zawiya et toutes les personnes qui jouent un rôle dans la direction des sentiments collectifs du peuple marocain, ainsi que pour gagner le soutien du public, il devait adopter ce qu'il a désigné comme une "politique islamique". Cette politique repose sur le respect de la religion, des coutumes, des institutions de gouvernance et des institutions sociales traditionnelles.

La loi 222 n'est donc ni une loi basée sur la religion ni une jurisprudence islamique. Cependant, compte tenu de la situation actuelle, il est impossible d'ignorer ce que le jeûne du Ramadan représente dans la conscience des Marocains, car il a évolué d'un acte religieux en un rituel culturel et social. C'est en partie pourquoi les Marocains accordent une importance particulière au jeûne et au Ramadan, contrairement à d'autres pratiques religieuses telles que la prière.

Pour les Marocains, le Ramadan n'est pas simplement un culte où un individu se restreint de certains désirs, mais plutôt un mois rempli de diverses cérémonies et rituels. C'est un moment de réunion familiale autour des tables à manger, de prières de tarawih, d'un mois célébrant Laylat al-Qadr, et où les longues robes et autres tenues traditionnelles sont généralement portées. Cette combinaison d'éléments a transformé le jeûne en une autorité morale collective et a créé une perception d'étrangeté envers ceux qui ne le pratiquent pas, ce qui explique en partie le niveau de violence envers les personnes extérieures au groupe.

Nous faisons face à d'importantes transformations dans la manière dont la société aborde la religion, ainsi que dans la nature même de la société, qui tend vers plus d'individualisme et de rébellion contre l'autorité du groupe. Cela requiert une prise de conscience et une clairvoyance considérables. L'État est confronté au défi d'accueillir tous les citoyens et de garantir à chacun le droit d'exercer librement ses convictions, tout en préservant la paix sociale et la sécurité spirituelle.



Salma LABTAR




Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 18 Mai 2023
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