Pourquoi cette économie de la jeunesse reste-t-elle hors champ ? D’abord parce qu’elle est hybride.
Elle ne rentre dans aucune case simple. Elle mêle petits boulots, stages rémunérés, freelancing étudiant, aides familiales, bourses publiques, soutien indirect au logement, au transport, au numérique, et parfois les premières tentatives entrepreneuriales. Cette économie est fragmentée, souvent transitoire, parfois informelle. Elle existe pourtant bel et bien, mais elle échappe aux instruments classiques de mesure macroéconomique.
Ensuite, parce qu’elle est anticipatrice. Ce que consomment les jeunes aujourd’hui — logement partagé, mobilité flexible, alimentation arbitrée, culture, numérique, formation continue, loisirs à faible coût — dessine déjà les marchés de demain. L’étudiant d’aujourd’hui annonce l’actif de demain. L’économie de la jeunesse est une économie prédictive : elle révèle en avance les transformations du travail, de la consommation et même du rapport à l’économie.
Il y a enfin une réalité que nous évoquons rarement dans les débats économiques : le rôle central des familles. Une part importante du revenu des ménages est mobilisée pour soutenir les enfants étudiants et jeunes actifs. Ces flux sont massifs, mais invisibles dans les comptes nationaux. Pourtant, il ne s’agit ni d’un simple coût social, ni d’une dépense improductive. C’est un investissement intergénérationnel qui soutient la demande, amortit les chocs du marché du travail et participe directement à la formation du capital humain.
Ensuite, parce qu’elle est anticipatrice. Ce que consomment les jeunes aujourd’hui — logement partagé, mobilité flexible, alimentation arbitrée, culture, numérique, formation continue, loisirs à faible coût — dessine déjà les marchés de demain. L’étudiant d’aujourd’hui annonce l’actif de demain. L’économie de la jeunesse est une économie prédictive : elle révèle en avance les transformations du travail, de la consommation et même du rapport à l’économie.
Il y a enfin une réalité que nous évoquons rarement dans les débats économiques : le rôle central des familles. Une part importante du revenu des ménages est mobilisée pour soutenir les enfants étudiants et jeunes actifs. Ces flux sont massifs, mais invisibles dans les comptes nationaux. Pourtant, il ne s’agit ni d’un simple coût social, ni d’une dépense improductive. C’est un investissement intergénérationnel qui soutient la demande, amortit les chocs du marché du travail et participe directement à la formation du capital humain.
Si cette économie reste marginale dans nos analyses, ce n’est pas parce qu’elle est insignifiante.
C’est parce qu’elle dérange. Elle brouille les frontières entre activité et formation, entre dépendance et autonomie, entre consommation et investissement. Elle nous oblige à sortir d’une lecture de la croissance trop centrée sur l’instant présent.
Reconnaître l’économie de la jeunesse comme un moteur à part entière, ce n’est pas un geste symbolique. C’est accepter une idée simple mais décisive : la croissance ne se lit pas seulement dans ce qui rapporte aujourd’hui, mais dans ce qui prépare la structure productive de demain. Ignorer les 20–25 ans dans l’analyse économique, c’est un peu comme analyser l’agriculture en oubliant les semences.
Et c’est précisément de cela dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
Reconnaître l’économie de la jeunesse comme un moteur à part entière, ce n’est pas un geste symbolique. C’est accepter une idée simple mais décisive : la croissance ne se lit pas seulement dans ce qui rapporte aujourd’hui, mais dans ce qui prépare la structure productive de demain. Ignorer les 20–25 ans dans l’analyse économique, c’est un peu comme analyser l’agriculture en oubliant les semences.
Et c’est précisément de cela dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
Effectivement, c’est une économie invisible car les outils statistiques ne savent plus quoi classer
La comptabilité nationale repose sur des catégories stables : salarié, indépendant, chômeur, étudiant. Or, la jeunesse moderne navigue entre ces statuts, parfois simultanément.
Un étudiant peut être stagiaire le matin, freelance l’après-midi, créateur de contenu le soir, et dépendant financièrement de sa famille le week-end. Cette pluralité brouille les radars statistiques.
Résultat : on parle de « désaffiliation » ou de « précarité », alors qu’il s’agit souvent d’une activité économique éclatée, mal reconnue. Ce n’est pas une absence de valeur, mais une valeur mal rangée.
Ce biais produit une erreur de diagnostic : on sous-estime la contribution réelle des jeunes à l’économie, et on surestime leur coût apparent.
Un étudiant peut être stagiaire le matin, freelance l’après-midi, créateur de contenu le soir, et dépendant financièrement de sa famille le week-end. Cette pluralité brouille les radars statistiques.
Résultat : on parle de « désaffiliation » ou de « précarité », alors qu’il s’agit souvent d’une activité économique éclatée, mal reconnue. Ce n’est pas une absence de valeur, mais une valeur mal rangée.
Ce biais produit une erreur de diagnostic : on sous-estime la contribution réelle des jeunes à l’économie, et on surestime leur coût apparent.
Cette économie de la jeunesse a un rôle central mais invisible car elle reflète l’investissement intergénérationnel oublié
Dans de nombreux pays, la jeunesse tient économiquement grâce à un acteur que l’analyse macroéconomique traite comme marginal : la famille.
Logement gratuit ou subventionné, alimentation, frais de transport, abonnements numériques, parfois santé et formation. Ces dépenses représentent un transfert massif de revenus vers l’économie réelle.
Ce n’est pas de la charité. C’est un choix rationnel des ménages : investir aujourd’hui pour sécuriser demain. Pourtant, ces flux ne sont ni comptabilisés comme investissement, ni reconnus comme stabilisateurs macroéconomiques.
En réalité, la famille joue le rôle d’un État-providence informel, souvent plus réactif que les politiques publiques, mais totalement invisible dans les indicateurs.
Logement gratuit ou subventionné, alimentation, frais de transport, abonnements numériques, parfois santé et formation. Ces dépenses représentent un transfert massif de revenus vers l’économie réelle.
Ce n’est pas de la charité. C’est un choix rationnel des ménages : investir aujourd’hui pour sécuriser demain. Pourtant, ces flux ne sont ni comptabilisés comme investissement, ni reconnus comme stabilisateurs macroéconomiques.
En réalité, la famille joue le rôle d’un État-providence informel, souvent plus réactif que les politiques publiques, mais totalement invisible dans les indicateurs.
Mais il faut l’affirmer avec beaucoup d’insistance : Les jeunes sont les éclaireurs de la consommation future le fameux moteur de la croissance
Les jeunes consomment différemment, non par idéologie, mais par contrainte. Et c’est précisément ce qui rend leur comportement économiquement intéressant.
Ils privilégient l’usage à la propriété, l’abonnement à l’achat, la mutualisation à l’accumulation. Colocation, mobilité flexible, plateformes, seconde main, micro-expériences.
Ces pratiques ne sont pas marginales. Elles annoncent les standards de demain, dans un monde où les ressources sont plus chères et les trajectoires moins linéaires.
En ce sens, la jeunesse n’est pas une catégorie fragile, mais un laboratoire grandeur nature de l’économie post-abondance.
Ils privilégient l’usage à la propriété, l’abonnement à l’achat, la mutualisation à l’accumulation. Colocation, mobilité flexible, plateformes, seconde main, micro-expériences.
Ces pratiques ne sont pas marginales. Elles annoncent les standards de demain, dans un monde où les ressources sont plus chères et les trajectoires moins linéaires.
En ce sens, la jeunesse n’est pas une catégorie fragile, mais un laboratoire grandeur nature de l’économie post-abondance.
Oui, cette économie repose sur un Travail fragmenté mais il a une valeur réelle
On parle beaucoup des stages et des petits boulots comme d’un mal nécessaire. Mais on oublie ce qu’ils produisent réellement.
Services, logistique, numérique, assistance, création de valeur immatérielle. Mais surtout : adaptabilité, polyvalence, apprentissage accéléré.
Ces jeunes accumulent un capital expérientiel que l’économie formelle valorisera plus tard. Le problème n’est pas l’absence de production, mais l’absence de reconnaissance immédiate.
C’est une économie de la compétence en devenir, pas du poste figé.
La jeunesse est aujourd’hui le principal réservoir de prise de risque économique. Non pas parce qu’elle serait naturellement plus téméraire, mais parce qu’elle dispose de peu de capital à préserver et beaucoup à construire. Cette asymétrie explique pourquoi l’initiative entrepreneuriale naît majoritairement chez les jeunes.
Primo-entrepreneurs, auto-entrepreneurs, porteurs de projets hybrides, fondateurs de startups : cette économie foisonnante est souvent perçue à travers le prisme de l’échec. Trop de projets ne survivent pas, trop de structures disparaissent rapidement. Mais cette lecture est trompeuse, car elle applique aux débuts entrepreneuriaux des critères de rentabilité immédiate qui n’ont aucun sens à ce stade.
Services, logistique, numérique, assistance, création de valeur immatérielle. Mais surtout : adaptabilité, polyvalence, apprentissage accéléré.
Ces jeunes accumulent un capital expérientiel que l’économie formelle valorisera plus tard. Le problème n’est pas l’absence de production, mais l’absence de reconnaissance immédiate.
C’est une économie de la compétence en devenir, pas du poste figé.
La jeunesse est aujourd’hui le principal réservoir de prise de risque économique. Non pas parce qu’elle serait naturellement plus téméraire, mais parce qu’elle dispose de peu de capital à préserver et beaucoup à construire. Cette asymétrie explique pourquoi l’initiative entrepreneuriale naît majoritairement chez les jeunes.
Primo-entrepreneurs, auto-entrepreneurs, porteurs de projets hybrides, fondateurs de startups : cette économie foisonnante est souvent perçue à travers le prisme de l’échec. Trop de projets ne survivent pas, trop de structures disparaissent rapidement. Mais cette lecture est trompeuse, car elle applique aux débuts entrepreneuriaux des critères de rentabilité immédiate qui n’ont aucun sens à ce stade.
En réalité, cette économie fonctionne comme un capital-risque diffus, porté par des individus plutôt que par des fonds.
Chaque projet est une option sur l’avenir : il peut échouer, se transformer, ou parfois réussir de manière disproportionnée. Ce qui compte, ce n’est pas le taux d’échec, mais le processus d’exploration qu’il permet.
Or, cette exploration est extraordinairement précieuse pour l’économie nationale. Les jeunes entrepreneurs testent des usages, des modèles économiques, des besoins que les acteurs installés ne perçoivent pas encore ou n’osent pas investir. Ils opèrent à faible coût, avec une grande agilité, souvent dans des niches invisibles aux grandes entreprises.
Même lorsqu’un projet échoue, la valeur n’est pas détruite. Elle se transforme. Compétences, réseaux, compréhension du marché, capacité à gérer l’incertitude : tout cela alimente le tissu économique ultérieur. L’échec individuel devient un apprentissage collectif, à condition que le système ne le sanctionne pas durablement.
Le problème survient lorsque l’environnement institutionnel confond prise de risque et déviance. Lourdeurs administratives, stigmatisation de l’échec, précarité juridique : autant de freins qui transforment l’initiative en pari dangereux plutôt qu’en moteur d’innovation.
Reconnaître les primo-entrepreneurs comme un capital-risque humain implique un changement de regard. Il ne s’agit pas de subventionner tous les projets, mais de réduire le coût de l’essai et de sécuriser les trajectoires post-échec.
Un pays qui protège ses jeunes entrepreneurs ne garantit pas leur succès. Il garantit autre chose de plus précieux : la capacité collective à tenter, condition indispensable de toute croissance future.
Or, cette exploration est extraordinairement précieuse pour l’économie nationale. Les jeunes entrepreneurs testent des usages, des modèles économiques, des besoins que les acteurs installés ne perçoivent pas encore ou n’osent pas investir. Ils opèrent à faible coût, avec une grande agilité, souvent dans des niches invisibles aux grandes entreprises.
Même lorsqu’un projet échoue, la valeur n’est pas détruite. Elle se transforme. Compétences, réseaux, compréhension du marché, capacité à gérer l’incertitude : tout cela alimente le tissu économique ultérieur. L’échec individuel devient un apprentissage collectif, à condition que le système ne le sanctionne pas durablement.
Le problème survient lorsque l’environnement institutionnel confond prise de risque et déviance. Lourdeurs administratives, stigmatisation de l’échec, précarité juridique : autant de freins qui transforment l’initiative en pari dangereux plutôt qu’en moteur d’innovation.
Reconnaître les primo-entrepreneurs comme un capital-risque humain implique un changement de regard. Il ne s’agit pas de subventionner tous les projets, mais de réduire le coût de l’essai et de sécuriser les trajectoires post-échec.
Un pays qui protège ses jeunes entrepreneurs ne garantit pas leur succès. Il garantit autre chose de plus précieux : la capacité collective à tenter, condition indispensable de toute croissance future.
Qu’on le veuille ou pas L’économie de la jeunesse est une variable macroéconomique stratégique
On se trompe de lecture lorsque l’on traite l’économie de la jeunesse comme un simple sujet social, éducatif ou générationnel. En réalité, il s’agit d’une variable macroéconomique systémique, au même titre que l’investissement, l’innovation ou la démographie active.
Pourquoi ? Parce que la jeunesse n’est pas seulement une population. C’est une phase économique. Une phase durant laquelle se construisent les compétences, les habitudes de consommation, le rapport au travail, au risque et à l’État. Autrement dit, c’est le moment où se forgent les paramètres profonds de l’économie future.
Un pays qui néglige cette phase fabrique mécaniquement des déséquilibres différés : sous-productivité, instabilité de l’emploi, défiance vis-à-vis des institutions, fragilité fiscale. Ces effets n’apparaissent pas immédiatement dans les comptes publics. Ils surgissent dix ans plus tard, sous forme de chômage structurel, de tensions sociales ou de fuite des talents.
À l’inverse, un pays qui investit intelligemment dans cette période crée de la résilience économique, même en contexte de chocs externes.
Pourquoi ? Parce que la jeunesse n’est pas seulement une population. C’est une phase économique. Une phase durant laquelle se construisent les compétences, les habitudes de consommation, le rapport au travail, au risque et à l’État. Autrement dit, c’est le moment où se forgent les paramètres profonds de l’économie future.
Un pays qui néglige cette phase fabrique mécaniquement des déséquilibres différés : sous-productivité, instabilité de l’emploi, défiance vis-à-vis des institutions, fragilité fiscale. Ces effets n’apparaissent pas immédiatement dans les comptes publics. Ils surgissent dix ans plus tard, sous forme de chômage structurel, de tensions sociales ou de fuite des talents.
À l’inverse, un pays qui investit intelligemment dans cette période crée de la résilience économique, même en contexte de chocs externes.
L’économie de la jeunesse est aussi une économie de transition entre deux modèles : celui de la formation académique et celui de la production pleine.
Or, cette transition s’est allongée partout dans le monde. Continuer à raisonner comme si l’entrée dans la vie économique était instantanée est une erreur analytique majeure. La jeunesse supporte aujourd’hui le coût d’un marché du travail plus exigeant, plus instable, mais aussi plus innovant.
Il y a enfin un enjeu politique au sens noble du terme. La manière dont une société traite économiquement sa jeunesse conditionne son contrat social. Lorsque les jeunes perçoivent l’économie comme un système fermé, qui ne reconnaît ni leurs efforts ni leurs contributions, ils se retirent, se replient ou quittent le pays. À l’inverse, lorsqu’ils se sentent intégrés, même progressivement, ils deviennent des acteurs engagés de la croissance.
En ce sens, l’économie de la jeunesse n’est pas une économie à part. Elle est le socle silencieux sur lequel reposent toutes les autres : industrie, services, innovation, finance publique. La négliger, ce n’est pas faire une économie budgétaire. C’est prendre un risque macroéconomique majeur.
Reconnaître cette réalité, c’est accepter une idée simple mais exigeante : la croissance ne commence pas là où les indicateurs s’arrêtent, elle commence là où l’avenir se prépare.
Il y a enfin un enjeu politique au sens noble du terme. La manière dont une société traite économiquement sa jeunesse conditionne son contrat social. Lorsque les jeunes perçoivent l’économie comme un système fermé, qui ne reconnaît ni leurs efforts ni leurs contributions, ils se retirent, se replient ou quittent le pays. À l’inverse, lorsqu’ils se sentent intégrés, même progressivement, ils deviennent des acteurs engagés de la croissance.
En ce sens, l’économie de la jeunesse n’est pas une économie à part. Elle est le socle silencieux sur lequel reposent toutes les autres : industrie, services, innovation, finance publique. La négliger, ce n’est pas faire une économie budgétaire. C’est prendre un risque macroéconomique majeur.
Reconnaître cette réalité, c’est accepter une idée simple mais exigeante : la croissance ne commence pas là où les indicateurs s’arrêtent, elle commence là où l’avenir se prépare.
Plaidoyer pour une économie qui commence avant les chiffres
Permettez-moi de conclure simplement, sans formules techniques, sans tableaux, sans indicateurs. Juste avec une idée centrale.
Une économie ne commence pas le jour où un individu signe son premier contrat à durée indéterminée. Elle commence bien avant. Elle commence quand une société décide ce qu’elle fait de sa jeunesse.
Aujourd’hui, nous persistons à analyser la croissance comme si elle surgissait toute faite, comme si les compétences, l’innovation, l’esprit d’entreprise apparaissaient spontanément à l’âge adulte. Cette illusion nous coûte cher. Parce qu’en ignorant la phase de construction, nous fragilisons tout ce qui vient après.
L’économie de la jeunesse n’est pas un supplément d’âme. Ce n’est pas un sujet social que l’on traite à part, à la marge des politiques économiques sérieuses. C’est une infrastructure invisible. Une infrastructure humaine, cognitive, culturelle, sur laquelle reposent tous les autres moteurs de croissance dont nous parlons avec sérieux : l’industrie, la santé, la technologie, la transition énergétique, l’économie bleue ou la silver economy.
Quand un pays néglige cette infrastructure, il ne fait pas des économies. Il accumule des dettes différées. Dettes de compétences, dettes de confiance, dettes de productivité. Ces dettes n’apparaissent pas dans les budgets annuels. Elles apparaissent plus tard, sous forme de chômage structurel, de décrochage social, de fuite des talents ou de colère silencieuse.
À l’inverse, un pays qui investit tôt, intelligemment, patiemment dans sa jeunesse construit une croissance plus robuste, plus adaptable, plus résiliente. Il accepte que tout ne soit pas rentable immédiatement. Il accepte que certaines trajectoires soient sinueuses. Mais il sait que le rendement est là, à moyen et long terme.
Il y a ici un choix politique au sens noble. Soit nous continuons à traiter les 20–25 ans comme une population en attente, en transition, presque en suspension économique. Soit nous reconnaissons qu’ils sont déjà des acteurs à part entière, même si leur contribution ne correspond pas aux catégories classiques.
Reconnaître l’économie de la jeunesse, ce n’est pas tout subventionner. Ce n’est pas distribuer sans contrepartie. C’est d’abord mesurer autrement, pour voir ce qui existe réellement. C’est ensuite sécuriser les trajectoires, pour que l’erreur, l’échec ou l’exploration ne se transforment pas en exclusion définitive. C’est enfin investir tôt, parce qu’un dirham investi à ce stade produit des rendements bien supérieurs à un dirham dépensé plus tard pour réparer les dégâts.
Il faut aussi avoir le courage de le dire : les familles jouent aujourd’hui un rôle économique que nous refusons de reconnaître. Elles amortissent les chocs, financent la formation, soutiennent la consommation. Ce qu’elles font mérite d’être intégré dans la réflexion économique, pas relégué au domaine privé.
Enfin, il faut changer de regard. La jeunesse n’est pas un problème à gérer. Elle est une hypothèse de croissance. Une hypothèse risquée, certes. Mais toute croissance l’est. Une économie qui ne prend plus de risques sur sa jeunesse est une économie qui renonce, à terme, à l’innovation.
En économie, nous parlons souvent de moteurs. La jeunesse n’est pas un moteur parmi d’autres. Elle est le banc d’essai de tous les moteurs futurs. Ce qui ne fonctionne pas avec elle ne fonctionnera pas durablement avec le reste de la société.
Si nous voulons une croissance forte, inclusive et stable, alors nous devons accepter une idée simple mais exigeante : la croissance commence avant les chiffres. Elle commence là où l’on prépare les trajectoires, où l’on tolère l’apprentissage, où l’on fait confiance à l’avenir.
Et cet avenir, qu’on le veuille ou non, porte aujourd’hui un visage jeune.
Une économie ne commence pas le jour où un individu signe son premier contrat à durée indéterminée. Elle commence bien avant. Elle commence quand une société décide ce qu’elle fait de sa jeunesse.
Aujourd’hui, nous persistons à analyser la croissance comme si elle surgissait toute faite, comme si les compétences, l’innovation, l’esprit d’entreprise apparaissaient spontanément à l’âge adulte. Cette illusion nous coûte cher. Parce qu’en ignorant la phase de construction, nous fragilisons tout ce qui vient après.
L’économie de la jeunesse n’est pas un supplément d’âme. Ce n’est pas un sujet social que l’on traite à part, à la marge des politiques économiques sérieuses. C’est une infrastructure invisible. Une infrastructure humaine, cognitive, culturelle, sur laquelle reposent tous les autres moteurs de croissance dont nous parlons avec sérieux : l’industrie, la santé, la technologie, la transition énergétique, l’économie bleue ou la silver economy.
Quand un pays néglige cette infrastructure, il ne fait pas des économies. Il accumule des dettes différées. Dettes de compétences, dettes de confiance, dettes de productivité. Ces dettes n’apparaissent pas dans les budgets annuels. Elles apparaissent plus tard, sous forme de chômage structurel, de décrochage social, de fuite des talents ou de colère silencieuse.
À l’inverse, un pays qui investit tôt, intelligemment, patiemment dans sa jeunesse construit une croissance plus robuste, plus adaptable, plus résiliente. Il accepte que tout ne soit pas rentable immédiatement. Il accepte que certaines trajectoires soient sinueuses. Mais il sait que le rendement est là, à moyen et long terme.
Il y a ici un choix politique au sens noble. Soit nous continuons à traiter les 20–25 ans comme une population en attente, en transition, presque en suspension économique. Soit nous reconnaissons qu’ils sont déjà des acteurs à part entière, même si leur contribution ne correspond pas aux catégories classiques.
Reconnaître l’économie de la jeunesse, ce n’est pas tout subventionner. Ce n’est pas distribuer sans contrepartie. C’est d’abord mesurer autrement, pour voir ce qui existe réellement. C’est ensuite sécuriser les trajectoires, pour que l’erreur, l’échec ou l’exploration ne se transforment pas en exclusion définitive. C’est enfin investir tôt, parce qu’un dirham investi à ce stade produit des rendements bien supérieurs à un dirham dépensé plus tard pour réparer les dégâts.
Il faut aussi avoir le courage de le dire : les familles jouent aujourd’hui un rôle économique que nous refusons de reconnaître. Elles amortissent les chocs, financent la formation, soutiennent la consommation. Ce qu’elles font mérite d’être intégré dans la réflexion économique, pas relégué au domaine privé.
Enfin, il faut changer de regard. La jeunesse n’est pas un problème à gérer. Elle est une hypothèse de croissance. Une hypothèse risquée, certes. Mais toute croissance l’est. Une économie qui ne prend plus de risques sur sa jeunesse est une économie qui renonce, à terme, à l’innovation.
En économie, nous parlons souvent de moteurs. La jeunesse n’est pas un moteur parmi d’autres. Elle est le banc d’essai de tous les moteurs futurs. Ce qui ne fonctionne pas avec elle ne fonctionnera pas durablement avec le reste de la société.
Si nous voulons une croissance forte, inclusive et stable, alors nous devons accepter une idée simple mais exigeante : la croissance commence avant les chiffres. Elle commence là où l’on prépare les trajectoires, où l’on tolère l’apprentissage, où l’on fait confiance à l’avenir.
Et cet avenir, qu’on le veuille ou non, porte aujourd’hui un visage jeune.