L’énergémie 26 : quand la guerre commence à éteindre les villes ​et les pays

Égypte : Le retour brutal de la sobriété énergétique


Rédigé par La rédaction le Mercredi 18 Mars 2026

Après le Covid-19, qui avait mis les corps à l’arrêt, voici peut-être venue l’ère de L’énergémie 26, cette nouvelle pandémie sans virus mais aux effets bien réels sur la vie quotidienne des peuples. Elle ne se transmet ni par l’air ni par le contact humain, mais par les lignes de fracture de la géopolitique, les détroits sous tension, les marchés affolés et les factures qui explosent. En Égypte, les premières mesures de rationnement de l’électricité et des carburants donnent un visage concret à cette contagion d’un nouveau genre : une crise régionale qui s’infiltre dans les villes, assombrit les rues, raccourcit les soirées et rappelle brutalement qu’au XXIe siècle, l’énergie est devenue aussi vitale que la santé publique.



Le Caire n’emploie pas encore le mot “austérité”, mais c’est bien une politique de restriction assumée que le gouvernement égyptien vient d’enclencher.

Face aux secousses provoquées par la guerre au Moyen-Orient, l’exécutif de Mostafa Madbouly a annoncé, mercredi 18 mars 2026, une série de mesures urgentes pour réduire la consommation d’électricité et contenir la facture énergétique du pays. Au menu : fermeture anticipée des commerces, réduction de l’éclairage public, extinction des publicités lumineuses, horaires écourtés dans l’administration et possible recours partiel au télétravail.

Le message est limpide : l’Égypte veut gagner du temps, éviter une flambée supplémentaire des prix et amortir le choc régional avant qu’il ne se transforme en crise intérieure.

La mesure la plus visible touchera la vie quotidienne. À partir du 28 mars 2026, et pour un mois renouvelable, les magasins, centres commerciaux, restaurants et cafés devront fermer à 21 heures, avec une prolongation jusqu’à 22 heures les vendredis et samedis.

Les pharmacies, certains services essentiels et les livraisons ne sont pas concernés. Le gouvernement veut ainsi agir sur les postes de consommation les plus diffus, ceux qui, mis bout à bout, pèsent lourd sur le réseau.

Dans la rue, l’effort sera tout aussi visible : l’éclairage public sera réduit au strict minimum et toutes les publicités lumineuses installées le long des routes devront être éteintes. Après l’Aïd al-Fitr, les bâtiments gouvernementaux fermeront à 18 heures, avec extinction des lumières intérieures et extérieures après les heures de travail. Une partie des tâches administratives pourrait même basculer à distance un à deux jours par semaine pour certains agents publics, à l’exception des services vitaux.

Derrière cette mécanique de sobriété, il y a une équation budgétaire devenue beaucoup plus brutale. Selon le Premier ministre, la facture mensuelle des importations de gaz naturel est passée de 560 millions de dollars avant l’embrasement régional à 1,65 milliard de dollars, soit environ 1,1 milliard de dollars de surcoût par mois.

Même logique sur le pétrole : le baril, qui évoluait autour de 69 dollars avant la crise, a grimpé jusqu’à 108,5 dollars, avec des projections beaucoup plus élevées en cas d’escalade supplémentaire. Le diesel et le GPL ont eux aussi fortement augmenté. Résultat : la facture énergétique de l’État aurait, selon les autorités, pratiquement doublé, voire atteint jusqu’à 2,5 fois son niveau antérieur. Pour un pays déjà soumis à de fortes tensions sur ses équilibres externes, la marge de manœuvre est étroite.

Ce que fait aujourd’hui l’Égypte relève donc moins du symbolique que d’une gestion d’urgence. Le pouvoir cherche un point d’équilibre délicat : réduire la consommation sans casser l’activité, préserver la production industrielle, éviter de nouvelles pénuries et contenir l’inflation. D’où cette approche graduelle, qui combine restrictions temporaires, reports de projets gourmands en diesel et appel à la “responsabilité” des citoyens. Le gouvernement insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne veut pas revivre les désordres énergétiques et logistiques déjà observés dans les années récentes.

Mais cette séquence dit aussi quelque chose de plus profond sur la fragilité des économies importatrices d’énergie dans une région redevenue explosive. L’Égypte n’est pas en guerre. Pourtant, elle subit déjà les contrecoups d’une guerre voisine à travers les marchés du gaz, du pétrole, du transport et de l’approvisionnement. C’est toute la brutalité des crises contemporaines : elles traversent les frontières avant même les armées.

Reste maintenant la vraie question : ces mesures seront-elles une parenthèse ou le début d’un nouvel âge de contrainte ? Le gouvernement affirme que si la situation régionale se calme, les restrictions seront levées. Mais il admet aussi qu’en cas de prolongation du conflit, elles pourraient être reconduites. En clair, l’Égypte entre dans un mois-test. Un mois pour économiser, rassurer et tenir. Un mois surtout pour vérifier si la discipline énergétique suffit encore quand la géopolitique commence à dicter les horaires des villes.




Mercredi 18 Mars 2026
Dans la même rubrique :