Vendredi dernier à Rabat, l’accord a été signé par Haytham Eissa, directeur de la BERD au Maroc, et Mohamed Jamal Benjelloun, directeur général de Nador West Med. Derrière l’apparente simplicité de cette signature se profile un enjeu économique majeur : concrétiser le potentiel d’un projet qui ambitionne de faire de Nador West Med un hub industriel, logistique et portuaire capable de stimuler l’économie régionale et nationale, tout en respectant les normes internationales les plus exigeantes.
Ce financement de 2,1 M€ n’est pas une simple ligne budgétaire parmi d’autres. Il vient compléter un financement précédemment accordé par la BERD, à hauteur de 120 millions d’euros en 2025, et s’inscrit dans une logique de préparation à l’entrée en service de la zone de Bétoya, autour de l’intégration de technologies avancées, d’infrastructures adaptées et de pratiques managériales renforcées.
L’un des aspects les plus significatifs de cet appui réside dans le programme de coopération technique qu’il finance. Dans les faits, ceci signifie que la BERD accompagne Nador West Med bien avant que les grues et les quais ne soient totalement opérationnels. L’enjeu ici est de numériser les processus de gestion et d’exploitation, en développant notamment un guichet unique entièrement automatisé. Ce système vise à offrir aux entreprises et investisseurs un parcours simplifié pour accomplir leurs démarches, réduisant les lourdeurs administratives et améliorant la fluidité du climat des affaires. Pour un pays qui cherche à attirer davantage d’investissements directs étrangers, ce type d’outil peut faire la différence entre un projet jugé trop complexe et une opportunité porteuse.
Mais la modernisation ne s’arrête pas à la digitalisation. Le programme intègre aussi une réflexion sur l’énergie durable et les infrastructures résilientes. Dans un contexte où les enjeux climatiques pèsent de plus en plus sur la compétitivité des plateformes industrielles, il ne s’agit plus de bâtir des installations robustes uniquement, mais de les penser dès aujourd’hui en capacité de résister aux défis environnementaux de demain. Dans les documents de la BERD, cette approche est soulignée comme essentielle pour garantir que le port et les zones industrielles adjacentes ne soient pas seulement performants, mais aussi durables sur le long terme.
Le renforcement des compétences humaines constitue un autre pilier du dispositif. La coopération technique financée par la BERD prévoit des actions ciblées pour développer les aptitudes techniques, managériales et transversales du personnel de Nador West Med. Cela s’inscrit dans une logique plus large de montée en compétence des équipes locales pour garantir une gestion professionnelle et durable du complexe. Dans une récente annonce, la banque européenne a d’ailleurs insisté sur le fait que « le succès de ce projet repose autant sur la préparation des hommes et des femmes qui y travaillent que sur les infrastructures elles‑mêmes ».
À un niveau macroéconomique, cette intervention rappelle l’engagement continu de la BERD au Maroc. Depuis l’adhésion du Royaume à cette institution en tant que pays d’opérations en 2012, près de 6 milliards d’euros ont été investis dans environ 125 projets couvrant des secteurs aussi divers que l’énergie, les infrastructures ou encore le secteur privé. Cela illustre une relation de long terme, fondée sur la confiance mutuelle et un objectif partagé de croissance durable.
Pour les observateurs économiques nationaux, cette subvention de 2,1 M€ est plus qu’un appui financier ponctuel. Elle symbolise un accompagnement stratégique, une volonté de doter Nador West Med non seulement des outils technologiques indispensables, mais aussi des compétences humaines et des structures de gouvernance indispensables pour que le complexe puisse réellement jouer son rôle de locomotive économique.
Si tout se déroule comme prévu, ce soutien devrait permettre de franchir une étape décisive dans la mise en service de Nador West Med, positionnant le Maroc, encore une fois, comme un acteur incontournable dans la compétition logistique et industrielle méditerranéenne.
Au‑delà des chiffres, des accords et des ambitions, c’est une vision à long terme qui se dessine : faire de Nador West Med un projet capable d’attirer les esprits et les capitaux, tout en renforçant les capacités locales et en ancrant durablement le Maroc dans les grandes chaînes de valeur du commerce mondial.