Pour beaucoup d’observateurs, l’image d’une place financière vacillante serait la narration évidente dans un environnement difficile. Pourtant, BKGR invite à une lecture différente : la résistance des fondamentaux domestiques prime sur les soubresauts externes, même si ces derniers pèsent sur les anticipations.
L’un des chiffres clés qui ressort est la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB). Selon les dernières données du Haut‑Commissariat au Plan (HCP), le PIB devrait croître d’environ 4,2 % au premier trimestre 2026, confirmant une dynamique qui ne s’essouffle pas au sortir de l’hiver. Sur l’ensemble de l’année, BKGR maintient une prévision annuelle de 5 %, légèrement supérieure aux 4,5 % inscrits dans le Projet de Loi de Finances 2026. Cet écart traduit une confiance encore marquée dans la capacité de l’économie nationale à maintenir son élan malgré un climat extérieur plus nerveux.
Ce qui frappe dans cette perspective, c’est l’importance de la demande intérieure comme principal vecteur de croissance. La consommation des ménages, moteur traditionnel de l’activité, continue de montrer des signes d’intensité. À titre d’exemple, la consommation d’électricité a progressé de +16,6 % et les ventes automobiles ont bondi de +22,1 % à fin février par rapport à la même période de l’année précédente des signaux que l’on ne voit que dans des phases d’utilisation soutenue des capacités productives.
Le tourisme, un autre pilier de l’économie marocaine, confirme cette tendance, avec près de 19,8 millions de visiteurs accueillis en 2025, soit une progression de +13,7 % sur un an. Le marché de l’emploi, pour sa part, affiche une amélioration modeste mais tangible : le taux de chômage est passé d’environ 13,3 % en 2024 à 13 % en 2025.
Toutefois, le tableau n’est pas exempt de zones d’ombre. La faiblesse persistante de certains segments, comme l’industrie du ciment qui affiche une baisse des ventes de ‑15,8 % rappelle que la reprise n’est ni uniforme ni linéaire.
L’un des signaux de tension les plus immédiats touche aux finances publiques. En janvier 2026, le déficit budgétaire s’est établi à 9,6 milliards de dirhams. Les recettes ordinaires ont reculé de ‑8,3 %, tandis que les dépenses ordinaires restent élevées malgré une baisse annuelle. Bien que ce début d’année ne constitue pas une dérive grave selon BKGR, il illustre l’importance d’une gestion budgétaire vigilante dans un contexte qui ne tolère plus l’approximation.
C’est sur le front des marchés financiers que la nervosité est la plus visible. L’indice de référence, le MASI, a reculé de ‑2,82 % en février 2026 et de ‑3,75 % depuis le début de l’année. Le MASI 20, plus concentré sur les grandes capitalisations, affiche même une baisse de plus de ‑7 % en y‑t‑d. La volatilité retrouvée traduit une prime de risque élevée, alimentée en partie par les incertitudes géopolitiques, notamment celles liées aux tensions au Moyen‑Orient.
Pour BKGR, cette correction n’est pas le signe d’un retournement de cycle, mais plutôt d’un ajustement des valorisations. Le volume des transactions reste important autour de 7,45 milliards de dirhams sur le marché central ce qui indique qu’investisseurs et opérateurs continuent d’échanger et de rechercher un nouveau point d’équilibre plutôt que de fuir massivement.
Sur le plan des fondamentaux, la cote marocaine conserve toutefois des atouts. Le chiffre d’affaires agrégé des sociétés cotées à la Bourse s’est élevé à 354,9 milliards de dirhams, soit une progression proche de +9,9 % par rapport à fin 2024, portée notamment par l’industrie et les secteurs dynamiques de la place.
Dans son diagnostic, BKGR pointe aussi les opportunités structurelles qui restent intactes : les projets liés à la Charte de Développement Model (CDM) 2030, les premiers développements en hydrogène vert, les stratégies énergétiques nationales et les investissements pour renforcer la souveraineté énergétique et hydrique du pays.
Le facteur de risque le plus cité reste la vulnérabilité aux chocs externes, qu’il s’agisse des fluctuations des prix du pétrole ou de la stabilité du contexte régional. Pour une économie importatrice d’énergie comme le Maroc, ces variables externes pèsent sur les anticipations.
Ce qui ressort, enfin, est une image claire : le Maroc ne plonge pas dans une crise ouverte. Il ajuste sa trajectoire, navigue dans un environnement exigeant et montre une capacité de rebond qui force le respect. Pour les acteurs économiques, c’est une invitation à combiner confiance et prudence un équilibre délicat, mais réalisable.
Au sortir de cet hiver 2026, la Bourse de Casablanca ne vacille pas : elle s’adapte. Et dans cette adaptation, c’est moins une chute qu’une redéfinition des équilibres qui se joue. Une réalité complexe, parfois nerveuse, mais résolument marocaine et pleine de potentiel.