La cécité réversible ou la non assistance à des personnes aveugles interpelle Amine TAHRAOUI.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication et journalisme de santé.

Au Maroc, des citoyens vivent dans l’obscurité alors que la lumière est à portée de main.
Leur cécité n’est ni irréversible ni fatale.
Elle pourrait être traitée grâce à une greffe de cornée, un acte maîtrisé par l’ophtalmologie moderne marocaine et pratiqué avec succès dans de nombreux pays.

Pourtant, faute de greffons ( les cornées)  disponibles et en raison du nombre restreint de structures autorisées à pratiquer cette intervention, ces patients demeurent privés d’une chance réelle de recouvrer la vue.



Derrière chaque cas, il y a une vie suspendue.

Des hommes et des femmes devenus dépendants pour les gestes les plus simples. Des parents qui ne voient plus le visage de leurs enfants. Des travailleurs exclus du monde professionnel. Cette cécité réversible engendre une vulnérabilité extrême.

Elle expose à des accidents domestiques, à des chutes, à des situations de danger permanent.

Elle fragilise aussi l’entourage familial, souvent contraint de réorganiser toute son existence autour de cet handicap pourtant évitable d’un proche.

Dans un tel contexte, la question de la responsabilité publique se pose avec gravité.

Lorsque des solutions médicales existent mais que l’organisation fait défaut, le débat dépasse le cadre sanitaire pour devenir éthique et juridique.

Certains pourraient invoquer la notion de non assistance à personne en danger. Car le danger n’est pas théorique. Il est quotidien. Il est concret. Mais, il est évitable.

La greffe de cornée ne relève pas d’une technologie futuriste.

Elle exige une organisation rigoureuse, un encadrement clair, une chaîne logistique fiable et transparente. Or aujourd’hui, l’absence de greffons disponibles et la limitation des centres habilités constituent un verrou majeur.

Cette situation n’est pas une fatalité médicale.

Elle est le produit d’un vide réglementaire et organisationnel. Une décision ministérielle pourrait pourtant amorcer un tournant rapide. L’élaboration d’un cahier des charges précis permettrait d’identifier les établissements publics et privés capables de pratiquer la greffe dans des conditions de sécurité optimales.

La définition de critères transparents d’agrément ouvrirait la voie à un élargissement contrôlé de l’offre de soins, tout en garantissant l’éthique et la qualité médicale.

Parallèlement, l’autorisation encadrée d’importation de cornées à partir de pays disposant de banques de tissus structurées pourrait constituer une solution transitoire.

De nombreux États ont développé des systèmes efficaces de don et de distribution de greffons.

Une coopération internationale rigoureuse permettrait d’éviter que des patients marocains restent indéfiniment sur des listes d’attente invisibles.

À moyen terme, une loi claire et moderne sur le don et la greffe de tissus oculaires s’impose. Elle garantirait la traçabilité, l’équité d’accès, la transparence et la confiance du public. Mais en attendant cette réforme d’ampleur, des mesures réglementaires peuvent être prises sans délai.

Le ministère de la Santé et de la Protection sociale actuel détient les leviers administratifs nécessaires pour agir. Il ne s’agit pas seulement d’une question technique. Il s’agit d’une décision politique et morale.

Restaurer la vue à des citoyens atteints de cécité réversible, c’est restaurer leur autonomie, leur dignité et leur place dans la société.

Dans cette affaire, l’inaction serait lourde de conséquences humaines. L’action, elle, serait porteuse d’espoir. La lumière existe.

Elle attend simplement que l’organisation publique lui ouvre la voie.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.

Vendredi 27 Février 2026



Rédigé par La rédaction le Vendredi 27 Février 2026
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