La corruption et le nouveau modèle de développement




A lire ou à écouter en podcast :  (5.23 Mo)

180 séances organisées, 1200 personnes rencontrées, 35 séances d’écoute citoyenne et 6.200 contributions récoltées  : Tel est le bilan des travaux de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) qui a abouti à la réalisation d’un rapport général, présenté, mardi 25 mai, au Roi Mohammed VI.
 
Développement et corruption ne font plus bon ménage et ne pourront jamais aller de pair car l'un incarne le mal et l'autre le bien au vu de sa finalité. Comme son nom l'indique développer c’est  faire croître, évoluer de manière positive, changer vers le mieux.
 
Certes, les marocains ont aujourd'hui une conception du nouvel élan de développement  qui a mis le citoyen au cœur  des préoccupations et au centre des politiques publiques. 
 
Quand on lit méticuleusement le rapport on sent qu'il y a une volonté du changement qui est exprimée au plus haut sommet de l’État. 
 
Ceci dit, le vrai enjeu  est d’opérer une véritable rupture non seulement avec l’ancien modèle de développement obsolète qui a montré ses limites, mais surtout avec les mauvaises pratiques de gouvernance qui minent, jusque-là, l’essor du pays.

Il faut se l'avouer , comme le souligne le NMD, que le progrès souhaité ne pourrait être atteint sans une forte mobilisation aussi bien de la part des acteurs institutionnels que des citoyens.
 
L’appropriation collective de cette nouvelle conception se doit d'être  indispensable pour réussir le défi de la mise en œuvre du Nouveau modèle du développement.

Il y a lieu de souligner que ledit projet en question  ne pourra se concrétiser sur le terrain tout en maintenant les même élites politiques et les mêmes visages pour mener à bien cette vision  prometteuse.
 
La conception du modèle est là mais ce qui est central dans tout projet de développement ce sont  les hommes de terrain, c'est à dire les jeunes compétences munis de leur volonté de faire bouger les choses, de leur dynamisme, de leur patriotisme qui fait prévaloir l'intérêt de la nation sur le leur, car ils  en seront les seuls responsables de sa mise en œuvre.
 
 La corruption comme fléau dangereux
 
Malversation, fraude, collusion, rente sont autant de maux ayant causé tant de problèmes que notre pays a endurés au fil du temps. L'image du pays fut noircie, le taux de paupérisation est en constante augmentation alors que celui de la croissance économique a dégringolé.
 
Ceci,  malgré le gros volume d’investissements et des grands chantiers pour la plupart lancés par l'État.  Chose qui n’a pas permis de créer beaucoup d'emplois et d’obtenir un taux de croissance compétitif.
 
Ce que l'on peut en déduire, c’est qu'en dépit des lourds investissements qu'à connus le pays  au cours de cette décennie notre économie claudique et  tâtonne en termes de productivité et de croissance.
 
Nous devons toutes et tous combattre la corruption  avec tous les moyens possibles. 

Ce fléau gangrène toute notre société depuis la nuit des temps car il est responsable de l'échec flagrant de notre essor économique depuis 1956 date de  l'indépendance de notre pays et d'ailleurs tout le monde s'en plaint et le pointe du doigt… 
Les appellations diffèrent  certains appellent ça la fraude ( Alfassad ) ou (Rachwa), ce vocable peut être défini comme un abus des agents des administrations publiques à des fins d'enrichissement personnel. 

La malversation n'a de cesse de sévir dans tous les domaines sociaux et sociétaux de la vie faute d'absence de punition et de réglementations afin de réduire la montée en puissance de ce phénomène immoral et abjecte qui n'a fait que produire de plus en plus d'inégalités, d'injustice sociale et  de perte de confiance envers les institutions de l'état. 
Quand la crédibilité des institutions publiques est remise en doute, rien n'augure de bon.
 
Selon plusieurs autres études (dont Gupta, Mauro et Tanzi, du FMI), la corruption sape les bénéfices de l’éducation, de la santé, des investissements publics et de l’égalité des revenus. 

Elle entrave le développement, en favorisant la mainmise de groupes influents et en affaiblissant l’assiette fiscale.
La corruption ainsi taxe lourdement les investisseurs en minant les finances publiques et en détournant les talents et les investissements publics au bénéfice de projets gourmands en capitaux et aux dépens de l’éducation et de la santé. 
 
Combattre la corruption
 
Les tentatives de lutte contre la corruption ne mènent jamais à  rien si elles se bornent au train-train habituel, par exemple une loi anticorruption , qui reste lettre morte, ou une campagne ou institution anticorruption. 

Il faut une stratégie intégrée qui modifie les incitations et combatte systématiquement la corruption, 
en s’opposant à la captation et aux réseaux corrompus. 

Cela passe par le renforcement de l’appareil judiciaire, la réforme du financement politique, la création de systèmes de méritocratie et l’accroissement de la transparence et de l’obligation de rendre compte. 

Toutes les branches du gouvernement doivent y être impliquées, de même que la société civile, les médias et le secteur privé.

La priorité doit bien sûr aller aux réformes politiques, changer le système de gouvernance actuel en le substituant avec un autre plus efficace prônant la démocratisation et la modernisation des partis politiques et syndicats.
 
Œuvrer à  l’institution d’un système transparent et méritocratique de sélection de leurs dirigeants et veiller à changer l'élite qui sont à la tête des administrations publiques, tout en apportant du sang neuf et en tenant compte des compétences transversales en phase avec le développement technologique.

Marouane Bouchikhi 


Mercredi 9 Juin 2021

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