Il existe quelque chose de singulier dans la jeunesse marocaine, quelque chose qui mérite d’être observé avec davantage de profondeur que ne le permettent les jugements rapides.
On la dit parfois indifférente, révoltée, désabusée ou détachée de la chose publique.
Pourtant, lorsqu’on suit son comportement dans les stades, lors des catastrophes, dans les mouvements de protestation ou face aux grandes épreuves nationales, une réalité plus complexe apparaît.
Cette jeunesse peut garder longtemps le silence, au point de donner l’impression qu’elle s’est retirée de la société et de la politique. Mais lorsqu’elle décide d’agir, elle surprend par sa mobilisation, sa solidarité et son attachement au pays. Elle peut protester vigoureusement contre le gouvernement, dénoncer les inégalités et critiquer les responsables, sans pour autant accepter que sa colère soit utilisée pour déstabiliser le Maroc.
C’est là une distinction essentielle : contester la situation du pays ne signifie pas vouloir nuire au pays.
Dans les stades, une nation debout
Il suffit que l’équipe nationale dispute un match décisif ou réalise un exploit pour constater que le sentiment d’appartenance nationale est profondément vivant chez les jeunes Marocains.
Les drapeaux envahissent alors les rues, les voitures, les balcons et les places publiques. Pendant quelques heures, les différences sociales, régionales ou politiques s’effacent. Des Marocains qui ne se connaissent pas célèbrent ensemble parce qu’ils partagent un même symbole et une même fierté.
Mais cette jeunesse ne sait pas seulement célébrer. Elle sait aussi transformer la douleur en solidarité.
Le séisme d’Al Haouz : la jeunesse en première ligne
Après le séisme d’Al Haouz, des milliers de jeunes n’ont attendu ni consigne partisane, ni mot d’ordre syndical, ni dispositif institutionnel pour agir.
Ils ont transporté de la nourriture, de l’eau, des vêtements, des médicaments et des couvertures vers les villages sinistrés. D’autres se sont mobilisés pour donner leur sang. Les réseaux sociaux, souvent accusés d’isoler ou de détourner la jeunesse, sont devenus des outils de coordination, d’identification des besoins et d’organisation de l’aide.
La même capacité de mobilisation avait été observée pendant la pandémie de Covid-19, lorsque de nombreuses initiatives solidaires avaient vu le jour pour soutenir les familles et les personnes vulnérables.
Dans ces moments difficiles, la jeunesse marocaine n’a pas demandé aux victimes leur origine, leur région ou leurs opinions. Elle a simplement reconnu en elles des compatriotes qui avaient besoin d’aide.
Une jeunesse en colère, mais consciente
Les mobilisations récentes de la génération Z ont révélé un autre visage : celui d’une jeunesse impatiente, exigeante et parfois profondément en colère.
Ses revendications concernent d’abord la vie quotidienne : l’école, l’université, l’hôpital, l’emploi, le logement, la dignité, la justice sociale, l’égalité des chances, la lutte contre la corruption et l’amélioration des services publics.
Ces jeunes ne demandent pas la disparition de l’État. Ils demandent un État plus efficace, plus juste et davantage à leur écoute.
Ils veulent une école qui prépare véritablement l’avenir, un système de santé qui soigne dignement, un emploi qui protège contre la précarité, un logement accessible, une administration respectueuse et une société dans laquelle le mérite compte davantage que les relations, le clientélisme ou les privilèges.
Certains adversaires du Maroc, ainsi que des groupes extrémistes ou séparatistes, ont tenté d’exploiter cette colère sociale et de transformer des revendications légitimes en instruments de désordre. Des actes de violence et de dégradation ont également pu être commis en marge des manifestations.
Mais une grande partie des jeunes mobilisés a refusé cet engrenage. Elle a défendu son droit de protester tout en rejetant le vandalisme et les atteintes aux biens publics ou privés.
La jeunesse marocaine peut donc s’opposer à une politique gouvernementale sans s’opposer au Maroc. Elle peut critiquer un responsable sans devenir hostile à l’État. Elle peut réclamer le changement sans appeler au chaos.
Le départ vers Ceuta : une protestation sans pancartes
Le récent mouvement collectif vers Ceuta a révélé une réalité plus douloureuse.
Des milliers de jeunes sont partis sans slogan, sans banderole, sans organisation politique, sans représentant et sans cahier revendicatif. Ils portaient seulement l’espoir, souvent illusoire, de trouver ailleurs une vie meilleure.
Parmi eux se trouvaient des adolescents, des mineurs et des jeunes adultes. Ceuta n’était pour beaucoup qu’une porte d’entrée vers une Europe imaginée à travers les écrans, les vidéos et les réseaux sociaux : une Europe du travail, de l’argent, du logement et de la stabilité.
Mais le rêve a rapidement rencontré la réalité. Le passage de la frontière n’a apporté ni emploi immédiat, ni logement, ni sécurité. La faim, la peur, la promiscuité, la violence et l’incertitude ont remplacé les images idéalisées de l’Europe.
Certains ont alors découvert que l’autre rive n’était pas le paradis absolu qu’ils imaginaient, tout comme le Maroc, malgré ses difficultés, n’était peut-être pas l’enfer absolu décrit par certains discours.
Ils voulaient une vie meilleure, pas un autre pays
Les images de jeunes revenus au Maroc en scandant des slogans patriotiques et en saluant SM le Roi Mohammed VI méritent d’être analysées sans triomphalisme ni moquerie.
Il ne s’agit pas de célébrer l’échec de leur tentative de départ, encore moins de minimiser leur souffrance. Certains ont perdu la vie, d’autres ont vécu des heures éprouvantes.
Mais une évidence apparaît : ils sont partis parce qu’ils voulaient une vie meilleure, non parce qu’ils détestaient leur pays.
Un jeune peut être révolté par le chômage, déçu par l’école ou mécontent d’un gouvernement, tout en restant profondément attaché au Maroc. Il peut rêver de partir sans renoncer à son identité, à son histoire ou à son sentiment national.
Mais, l’événement a pris une dimension symbolique inattendue. Ce qui avait commencé comme une tentative de migration collective a remis au centre du débat les questions de Ceuta, de Melilla et des autres territoires placés sous souveraineté espagnole et considérés par le Maroc comme relevant de son intégrité territoriale historique.
D’une certaine manière, ces jeunes étaient partis chercher l’Europe, mais ils ont ramené Ceuta dans le débat politique.
L’Espagne et l’Europe face à leurs responsabilités
Ceuta n’est pas seulement une frontière entre le Maroc et l’Espagne. Elle constitue également une frontière extérieure de l’Union européenne.
L’arrivée massive de migrants transforme donc immédiatement une crise bilatérale en question européenne. Elle touche à la protection des frontières, à l’espace Schengen, à la politique migratoire, au partage des responsabilités et aux relations entre l’Europe et la rive sud de la Méditerranée.
L’Union européenne ne peut pas considérer le Maroc comme un simple gardien de ses frontières méridionales. Le Royaume est un partenaire stratégique dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, des échanges commerciaux, de l’énergie, de l’investissement et de la gestion migratoire.
L’Espagne doit, elle aussi, lire l’événement autrement que sous le seul angle sécuritaire.
Le Maroc n’a probablement aucun intérêt à ouvrir aujourd’hui un nouveau front diplomatique, compte tenu de l’importance de ses relations économiques et stratégiques avec Madrid. Mais l’apaisement ne signifie pas l’oubli. Le temps et la coopération ne peuvent suffire à effacer les questions historiques liées à Ceuta et Melilla.
Pour autant, ces dossiers doivent être abordés par le dialogue, dans un cadre responsable, politique et diplomatique, et non à travers l’exploitation d’une tragédie humaine.
La dimension géopolitique ne doit pas faire oublier la question principale : pourquoi ces jeunes sont-ils partis ?
Pourquoi un mineur accepte-t-il de mettre sa vie en danger pour franchir une frontière ? Pourquoi tant de jeunes sont-ils convaincus que leur avenir se trouve nécessairement ailleurs ?
Les réponses sont connues : chômage, précarité, décrochage scolaire, difficultés d’accès au logement, insuffisances des services publics, inégalités territoriales, manque de confiance et sentiment d’absence de perspectives.
La jeunesse a envoyé le même message de deux manières différentes.
Une première fois, elle l’a exprimé bruyamment dans la rue. Une seconde fois, elle l’a exprimé en silence en prenant la route de Ceuta.
Lorsque les institutions n’écoutent pas la colère, elles ne doivent pas s’étonner du silence qui précède le départ.
Donner à la jeunesse des raisons de rester
Le véritable enseignement de cette séquence ne concerne donc pas uniquement Madrid ou Bruxelles. Il s’adresse également à Rabat. Il ne suffit pas d’être fier de la jeunesse lorsqu’elle brandit le drapeau, lorsqu’elle soutient l’équipe nationale, lorsqu’elle vient en aide aux victimes d’un séisme ou lorsqu’elle protège le caractère pacifique de ses mobilisations.
Il faut aussi lui offrir des perspectives concrètes.
Cette jeunesse mérite une école qui transmet réellement le savoir, une université qui prépare à l’emploi, un hôpital qui respecte sa dignité, un travail stable, un logement accessible, une justice protectrice et des institutions capables de l’entendre avant que sa frustration ne devienne colère, que la colère ne devienne désespoir et que le désespoir ne se transforme en départ collectif.
Cette génération ne cherche pas nécessairement un autre pays. Elle cherche avant tout un Maroc meilleur.
Elle veut pouvoir construire son avenir chez elle, sans devoir choisir entre la résignation et l’exil.
Les frontières peuvent arrêter des corps. Elles ne peuvent pas éternellement fermer les dossiers de l’histoire, ni faire disparaître les causes profondes de la migration.
Les jeunes partis vers Ceuta ont peut-être échoué à atteindre l’Europe dont ils rêvaient. Mais ils ont laissé derrière eux des questions essentielles sur la jeunesse, la souveraineté, la migration et la responsabilité politique.
La plus importante demeure celle-ci : quel Maroc devons-nous construire pour que ses enfants rêvent de réussir à l’intérieur de leur pays, plutôt que de le quitter ?
On la dit parfois indifférente, révoltée, désabusée ou détachée de la chose publique.
Pourtant, lorsqu’on suit son comportement dans les stades, lors des catastrophes, dans les mouvements de protestation ou face aux grandes épreuves nationales, une réalité plus complexe apparaît.
Cette jeunesse peut garder longtemps le silence, au point de donner l’impression qu’elle s’est retirée de la société et de la politique. Mais lorsqu’elle décide d’agir, elle surprend par sa mobilisation, sa solidarité et son attachement au pays. Elle peut protester vigoureusement contre le gouvernement, dénoncer les inégalités et critiquer les responsables, sans pour autant accepter que sa colère soit utilisée pour déstabiliser le Maroc.
C’est là une distinction essentielle : contester la situation du pays ne signifie pas vouloir nuire au pays.
Dans les stades, une nation debout
Il suffit que l’équipe nationale dispute un match décisif ou réalise un exploit pour constater que le sentiment d’appartenance nationale est profondément vivant chez les jeunes Marocains.
Les drapeaux envahissent alors les rues, les voitures, les balcons et les places publiques. Pendant quelques heures, les différences sociales, régionales ou politiques s’effacent. Des Marocains qui ne se connaissent pas célèbrent ensemble parce qu’ils partagent un même symbole et une même fierté.
Mais cette jeunesse ne sait pas seulement célébrer. Elle sait aussi transformer la douleur en solidarité.
Le séisme d’Al Haouz : la jeunesse en première ligne
Après le séisme d’Al Haouz, des milliers de jeunes n’ont attendu ni consigne partisane, ni mot d’ordre syndical, ni dispositif institutionnel pour agir.
Ils ont transporté de la nourriture, de l’eau, des vêtements, des médicaments et des couvertures vers les villages sinistrés. D’autres se sont mobilisés pour donner leur sang. Les réseaux sociaux, souvent accusés d’isoler ou de détourner la jeunesse, sont devenus des outils de coordination, d’identification des besoins et d’organisation de l’aide.
La même capacité de mobilisation avait été observée pendant la pandémie de Covid-19, lorsque de nombreuses initiatives solidaires avaient vu le jour pour soutenir les familles et les personnes vulnérables.
Dans ces moments difficiles, la jeunesse marocaine n’a pas demandé aux victimes leur origine, leur région ou leurs opinions. Elle a simplement reconnu en elles des compatriotes qui avaient besoin d’aide.
Une jeunesse en colère, mais consciente
Les mobilisations récentes de la génération Z ont révélé un autre visage : celui d’une jeunesse impatiente, exigeante et parfois profondément en colère.
Ses revendications concernent d’abord la vie quotidienne : l’école, l’université, l’hôpital, l’emploi, le logement, la dignité, la justice sociale, l’égalité des chances, la lutte contre la corruption et l’amélioration des services publics.
Ces jeunes ne demandent pas la disparition de l’État. Ils demandent un État plus efficace, plus juste et davantage à leur écoute.
Ils veulent une école qui prépare véritablement l’avenir, un système de santé qui soigne dignement, un emploi qui protège contre la précarité, un logement accessible, une administration respectueuse et une société dans laquelle le mérite compte davantage que les relations, le clientélisme ou les privilèges.
Certains adversaires du Maroc, ainsi que des groupes extrémistes ou séparatistes, ont tenté d’exploiter cette colère sociale et de transformer des revendications légitimes en instruments de désordre. Des actes de violence et de dégradation ont également pu être commis en marge des manifestations.
Mais une grande partie des jeunes mobilisés a refusé cet engrenage. Elle a défendu son droit de protester tout en rejetant le vandalisme et les atteintes aux biens publics ou privés.
La jeunesse marocaine peut donc s’opposer à une politique gouvernementale sans s’opposer au Maroc. Elle peut critiquer un responsable sans devenir hostile à l’État. Elle peut réclamer le changement sans appeler au chaos.
Le départ vers Ceuta : une protestation sans pancartes
Le récent mouvement collectif vers Ceuta a révélé une réalité plus douloureuse.
Des milliers de jeunes sont partis sans slogan, sans banderole, sans organisation politique, sans représentant et sans cahier revendicatif. Ils portaient seulement l’espoir, souvent illusoire, de trouver ailleurs une vie meilleure.
Parmi eux se trouvaient des adolescents, des mineurs et des jeunes adultes. Ceuta n’était pour beaucoup qu’une porte d’entrée vers une Europe imaginée à travers les écrans, les vidéos et les réseaux sociaux : une Europe du travail, de l’argent, du logement et de la stabilité.
Mais le rêve a rapidement rencontré la réalité. Le passage de la frontière n’a apporté ni emploi immédiat, ni logement, ni sécurité. La faim, la peur, la promiscuité, la violence et l’incertitude ont remplacé les images idéalisées de l’Europe.
Certains ont alors découvert que l’autre rive n’était pas le paradis absolu qu’ils imaginaient, tout comme le Maroc, malgré ses difficultés, n’était peut-être pas l’enfer absolu décrit par certains discours.
Ils voulaient une vie meilleure, pas un autre pays
Les images de jeunes revenus au Maroc en scandant des slogans patriotiques et en saluant SM le Roi Mohammed VI méritent d’être analysées sans triomphalisme ni moquerie.
Il ne s’agit pas de célébrer l’échec de leur tentative de départ, encore moins de minimiser leur souffrance. Certains ont perdu la vie, d’autres ont vécu des heures éprouvantes.
Mais une évidence apparaît : ils sont partis parce qu’ils voulaient une vie meilleure, non parce qu’ils détestaient leur pays.
Un jeune peut être révolté par le chômage, déçu par l’école ou mécontent d’un gouvernement, tout en restant profondément attaché au Maroc. Il peut rêver de partir sans renoncer à son identité, à son histoire ou à son sentiment national.
Mais, l’événement a pris une dimension symbolique inattendue. Ce qui avait commencé comme une tentative de migration collective a remis au centre du débat les questions de Ceuta, de Melilla et des autres territoires placés sous souveraineté espagnole et considérés par le Maroc comme relevant de son intégrité territoriale historique.
D’une certaine manière, ces jeunes étaient partis chercher l’Europe, mais ils ont ramené Ceuta dans le débat politique.
L’Espagne et l’Europe face à leurs responsabilités
Ceuta n’est pas seulement une frontière entre le Maroc et l’Espagne. Elle constitue également une frontière extérieure de l’Union européenne.
L’arrivée massive de migrants transforme donc immédiatement une crise bilatérale en question européenne. Elle touche à la protection des frontières, à l’espace Schengen, à la politique migratoire, au partage des responsabilités et aux relations entre l’Europe et la rive sud de la Méditerranée.
L’Union européenne ne peut pas considérer le Maroc comme un simple gardien de ses frontières méridionales. Le Royaume est un partenaire stratégique dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, des échanges commerciaux, de l’énergie, de l’investissement et de la gestion migratoire.
L’Espagne doit, elle aussi, lire l’événement autrement que sous le seul angle sécuritaire.
Le Maroc n’a probablement aucun intérêt à ouvrir aujourd’hui un nouveau front diplomatique, compte tenu de l’importance de ses relations économiques et stratégiques avec Madrid. Mais l’apaisement ne signifie pas l’oubli. Le temps et la coopération ne peuvent suffire à effacer les questions historiques liées à Ceuta et Melilla.
Pour autant, ces dossiers doivent être abordés par le dialogue, dans un cadre responsable, politique et diplomatique, et non à travers l’exploitation d’une tragédie humaine.
La dimension géopolitique ne doit pas faire oublier la question principale : pourquoi ces jeunes sont-ils partis ?
Pourquoi un mineur accepte-t-il de mettre sa vie en danger pour franchir une frontière ? Pourquoi tant de jeunes sont-ils convaincus que leur avenir se trouve nécessairement ailleurs ?
Les réponses sont connues : chômage, précarité, décrochage scolaire, difficultés d’accès au logement, insuffisances des services publics, inégalités territoriales, manque de confiance et sentiment d’absence de perspectives.
La jeunesse a envoyé le même message de deux manières différentes.
Une première fois, elle l’a exprimé bruyamment dans la rue. Une seconde fois, elle l’a exprimé en silence en prenant la route de Ceuta.
Lorsque les institutions n’écoutent pas la colère, elles ne doivent pas s’étonner du silence qui précède le départ.
Donner à la jeunesse des raisons de rester
Le véritable enseignement de cette séquence ne concerne donc pas uniquement Madrid ou Bruxelles. Il s’adresse également à Rabat. Il ne suffit pas d’être fier de la jeunesse lorsqu’elle brandit le drapeau, lorsqu’elle soutient l’équipe nationale, lorsqu’elle vient en aide aux victimes d’un séisme ou lorsqu’elle protège le caractère pacifique de ses mobilisations.
Il faut aussi lui offrir des perspectives concrètes.
Cette jeunesse mérite une école qui transmet réellement le savoir, une université qui prépare à l’emploi, un hôpital qui respecte sa dignité, un travail stable, un logement accessible, une justice protectrice et des institutions capables de l’entendre avant que sa frustration ne devienne colère, que la colère ne devienne désespoir et que le désespoir ne se transforme en départ collectif.
Cette génération ne cherche pas nécessairement un autre pays. Elle cherche avant tout un Maroc meilleur.
Elle veut pouvoir construire son avenir chez elle, sans devoir choisir entre la résignation et l’exil.
Les frontières peuvent arrêter des corps. Elles ne peuvent pas éternellement fermer les dossiers de l’histoire, ni faire disparaître les causes profondes de la migration.
Les jeunes partis vers Ceuta ont peut-être échoué à atteindre l’Europe dont ils rêvaient. Mais ils ont laissé derrière eux des questions essentielles sur la jeunesse, la souveraineté, la migration et la responsabilité politique.
La plus importante demeure celle-ci : quel Maroc devons-nous construire pour que ses enfants rêvent de réussir à l’intérieur de leur pays, plutôt que de le quitter ?