La rhétorique de la junte militaire algérienne mise a nue


Adoptons ici la définition grecque de la rhétorique, c’est-à-dire une parole agissante, propagandes, ou manipulations qui ont pour but « d’éveiller dans l’auditoire toutes les émotions utiles à la cause ».



Quelle était la cause à défendre ?

Peu importe que la cause soit en décalage avec l’histoire et la géographie : jusqu’en 1884 (conférence de Berlin) sur les cartes précoloniales de l’Afrique du Nord - qu’elles soient portugaise, française ou marocaine - le Sahara atlantique fait partie du Maroc, et depuis plusieurs siècles, malgré quelques comptoirs portugais, qui en sont chassés régulièrement.

Feu Boumédiane, depuis 1968, disait vouloir aider le Maroc, par les armes, à bouter hors du Sahara occidental le colon espagnol. Mais en 1975, quand le Maroc demande un avis consultatif sur ses liens avec ce territoire, à la Cour Internationale de Justice, il y envoie ses avocats, pour bien brouiller les pistes, et y faire rendre un avis Normand très hypocrite : « peut-être ben qu’oui, peut-être ben que non ». Ça arrangera bien les affaires des vendeurs d’armes.

Qu’importe, feu le Roi Hassan II déclenche la « marche verte », le président Boumédiane y répond par la « marche noire », et le fameux discours qui promet au Maroc « un caillou sous le pied » pour les siècles à venir. La cause n’est pas encore formulée clairement par Boumédiane. Mais lorsqu’on lit la description par Jean Daniel de son émotion face à l’annonce télévisée de la marche verte, on se doute bien qu’il avait des visées sur le territoire. Ce que l’Algérie va nier jusqu’à nos jours.

A l’exception d’un couac 25 ans après la marche verte, le 2 novembre 2001, le président Abdelaziz Bouteflika dévoile en partie à James Baker, l’intention cachée de l’Algérie, en déclarant que « l’Algérie ET le front Polisario sont disposés à négocier un partage du territoire avec le Maroc, comme solution politique au différend sur le Sahara occidental ». Mais depuis l’Algérie n’est toujours « pas concernée », elle ne fait que défendre la veuve et l’orphelin, en l’occurrence son 7ème voisin comme disait hier encore son MAE.

Bref, la thèse est celle du pauvre « peuple » sahraoui, refugié en Algérie, dont le pays, au nom ronflant « RASD » (République Arabe Sahraoui Démocratique) est occupé et colonisé par le Maroc impérialiste, qui lui vole ses richesses. « Peuple » opprimé, qui lutte via un « Front Polisario » pour le droit à un « référendum d’autodétermination », à qui on colle invariablement le mot « indépendance », résultat du vote décrété d’avance. Mais pour faire ce référendum, l’Algérie refuse jusqu’à ce jour, l’identification et le recensement des sahraouis dans les camps de Tindouf. C’est la notion occidentale de « l’enfer arabe ». Sans Issue, pendant que le Polisario, logé à El Moradia, fait des affaires avec l’aide humanitaire européenne aux réfugiés, l’importation de 4/4 …l’armement.

Quelles furent les émotions à insuffler pour défendre la cause ?

Il fallait barder de vices l’image du Maroc, pour en faire une menace, et susciter de la haine à son égard. Pas seulement sur les organes de propagande comme l’APS …, ou jours et nuits  par les doubabs électroniques, mais dès la plus tendre enfance dans les écoles et lycées. L’an dernier les réseaux sociaux marocains furent ahuris de découvrir les sujets d’examen algériens. Ahuris d’entendre le Hirak, qui traite le pouvoir « d’assassin », de « menteur », et veut envoyer « les généraux à la poubelle », crier tout de même « Al Marroqui » comme une insulte.

Donc on va construire un « Maroc-ennemi, traitre, sioniste, féodal, dictature absolue, un makhzen prédateur, un peuple analphabète, prostitué, homosexuel, pédophile, trafiquant de drogues … et qui crève la faim ». Trop c’est trop, pour un peuple si semblable au peuple algérien ! trop et si peu crédible pour décrire un pays qui reçoit 12 à 13 millions de touristes par an, lesquels ne cessent d’alimenter les réseaux sociaux en faveur de sa douceur de vivre.

N’empêche que l’Algérie jouie encore d’une aura tiers-mondiste, et non-alignée. Et quand on a beaucoup de pétrodollars, on ne peut être que du bon côté de la balance. De nombreux pays africains, sud-américains, et pro-soviétiques, suivent, même si parfois c’est du bout des lèvres, juste pour alimenter les reliquats de la guerre froide. L’Union Africaine suit aveuglément. Les médias du monde entier sont financés pour devenir une caisse de résonnance de la thèse algérienne. France 24, la chaine de l’Elysée, serait financée pour 20% par l’Algérie. L’Algérie aurait dépensée au bas mot 350 milliards de $ pour soutenir sa thèse.

Comment contrer la menace de l’ennemi ?

Tout d’abord et avant tout, « Primauté du Militaire sur le Civil ». Nous y voici, l’inverse de ce que demande le Hirak ! l’existence de l’ennemi justifie le budget faramineux de « l’armée du peuple » ANP, les dépenses disproportionnées en achats d’armes, sans aucun contrôle, malgré les dérives en pots de vin, et corruption. Il s’agit de devenir la 2ème puissance militaire d’Afrique, et avoir une suprématie militaire garantie sur l’ennemi. En tous les cas, on le déclare haut et fort.

Sans s’attarder sur ses financements occultes, et son alliance avec l’Iran, le Polisario, qui sera certainement déclassé en mouvement terroriste, n’est qu’une annexe, ou façade milicienne de l’ANP qui oublie parfois de le mettre en avant. Surtout quand elle cherche l’ennemi aux frontières comme à Jerrada par exemple. Ou quand elle tente une guerre économique, en programmant de casser l’industrie automobile au Maroc, ou la centrale solaire, ou les phosphates … etc.

Et pour légitimer l’éventuelle intervention militaire contre le Maroc, on va jusqu’à lancer une révision de la constitution algérienne pour autoriser l’armée à intervenir hors de ses frontières.

Opacité et culte du secret ne peuvent échapper à tous les services secrets du monde. L’aventurisme de Guerguérat, en même temps qu’on fait l’apologie des « guerres éclairs », était-il un signe avant-coureur du déclanchement d’une guerre algérienne contre le Maroc ? Est-ce ce qui a précipité l’alliance USA-Maroc-Israël ?

La France avait fabriqué le « péril marocain » à la fin du XIXème siècle, afin de pénétrer le pays « pacifiquement », disait-elle, elle a lutté contre la « perfide Albion » qui ne la laissait pas le coloniser à sa guise, en partageant le gâteau avec l’Espagne. Ensuite elle a créé un monstre au dépend de tous ses voisins, l’Algérie, qu’elle a formatée en hexagone à son image. Les vieux généraux ont dépassé le maitre en matière de machinerie à produire des mythes, « pacifiquement ».
 
Mais si le Hirak algérien a dénudé la junte militaire en matière d’irrespect des peuples, le cul entre deux chaises, " l'armée - le peuple khawa-khawa", croyant pouvoir se débarrasser du système sans déconstruire l’ennemi, l’alliance USA-Maroc-Israël (avec l’adhésion de l’OTAN) vient de priver l’Algérie d’un ennemi à sa portée, sauf à vouloir se suicider.

Espérons que cela va calmer les ardeurs des généraux. Ils étaient quand même fous ces « gaulois » !


Par Professeur Aziza Benkirane 


Dimanche 3 Janvier 2021

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