Le Makhzen entre mythe et réalité : anatomie d’un trope pseudo-révolutionnaire


Par Lahcen Haddad.

Les échanges récents que j’ai eus avec certains journalistes et essayistes européens mettent en lumière un récit récurrent opposant de manière simpliste un « Makhzen » supposément centralisé et autoritaire à un peuple marocain décrit comme passif et sans agentivité.



Cette lecture, à la fois réductrice et erronée, sert de grille automatique pour interpréter toute politique marocaine comme un simple « calcul makhzenien » déconnecté des aspirations populaires.

Ce trope, hérité du discours révolutionnaire algérien des années 1960-1970 puis repris par une partie de la gauche radicale en France et en Espagne durant la guerre froide, transforme le « Makhzen » en symbole commode d’une élite prétendument contre-révolutionnaire empêchant l’émancipation du peuple marocain.

La vision du Makhzen comme un « appareil opaque qui contrôle le Maroc d’en haut » n’est pas seulement simpliste et exotisante ; elle est fausse du point de vue culturel, sociologique, historique et anthropologique.

Le Makhzen est certes un centre de pouvoir, mais il est tout autant une réalité culturelle, symbolique et sociologique, intégrée aux pratiques quotidiennes et aux imaginaires marocains.

En m’appuyant sur les travaux académiques de Susan Slyomovics, Elaine Combs-Schilling, Mohammed Tozy, Abdeslam Maghraoui, Bruce Maddy-Weitzman et Daniel Zisenwine, je souhaite réfuter cette idée d’un Makhzen occulte et opaque, et avancer au contraire l’idée du Makhzen comme partie intégrante du vécu sociologique, culturel et historique des Marocains.

PAR LAHCEN HADDAD/LE360.MA


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Lundi 2 Mars 2026

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