Le Maroc accélère sa feuille de route « Maroc IA 2030 » pour bâtir une intelligence artificielle souveraine


Rédigé par le Mercredi 9 Septembre 2026

Le ministère de la Transition numérique a présenté à Rabat les avancées de « Maroc IA 2030 », une feuille de route visant à faire du Royaume un hub régional de l’intelligence artificielle.



Le Maroc accélère la mise en œuvre de sa feuille de route « Maroc IA 2030 ». Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration a présenté, mardi à Rabat, les principales avancées de cette stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle, ainsi que plusieurs dispositifs destinés à renforcer la souveraineté numérique du Royaume.

Cette présentation a été faite sous l’impulsion de Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du Chef du gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration. Elle marque l’entrée de la stratégie marocaine en matière d’intelligence artificielle dans une nouvelle phase, davantage orientée vers la mise en œuvre opérationnelle.

La démarche s’inscrit dans le prolongement des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a insisté sur l’importance de l’investissement dans l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies et les énergies renouvelables comme leviers de développement et de transition vers des modèles économiques durables.

Elle s’intègre également dans la stratégie « Digital Morocco 2030 », structurée autour de la digitalisation des services publics et de la dynamisation de l’économie numérique.

Trois grands objectifs à l’horizon 2030

La feuille de route « Maroc IA 2030 » prolonge la dynamique lancée lors des Assises nationales de l’intelligence artificielle, organisées à Rabat les 1er et 2 juillet 2025 sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Ces assises avaient réuni plus de 2.500 participants, dont des représentants institutionnels, des experts internationaux, des startups, des universitaires et des acteurs publics et privés. Elles ont constitué une étape majeure dans la construction d’une vision nationale de l’intelligence artificielle.

À l’horizon 2030, le Maroc se fixe trois objectifs principaux :
générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée au PIB  créer 50.000 emplois directs et indirects former et certifier 200.000 talents, avec une initiation à l’intelligence artificielle dès l’enfance

L’ambition affichée est de positionner le Royaume comme un futur hub d’excellence pour l’IA et les sciences des données, en s’appuyant sur la confiance, l’éthique, les infrastructures souveraines, la recherche, l’innovation, l’inclusion sociale et la coopération internationale.

Des infrastructures numériques souveraines

Le premier pilier de cette feuille de route concerne la construction d’un socle de souveraineté et de confiance. Il vise à permettre au Maroc de maîtriser ses infrastructures, ses données et ses outils technologiques.

Parmi les chantiers annoncés figure Digital X.0, un cadre national destiné à encadrer une intelligence artificielle responsable, fondée sur la réglementation, l’éthique, la sécurité et le respect des droits fondamentaux.

La stratégie prévoit également un important renforcement des infrastructures numériques. Le document présenté évoque un portefeuille de projets pouvant porter la capacité nationale des data centers à près de 1 GW. Il comprend notamment un méga-campus de data centers verts à Dakhla, pouvant atteindre environ 500 MW, ainsi qu’un data center de 50 MW associé à un cloud souverain à Rabat.

Le campus de Dakhla, envisagé dans le cadre de la Vision Atlantique, devrait être alimenté à 100 % par des énergies renouvelables. Il est appelé à renforcer le rôle de la façade atlantique du Royaume comme espace de connectivité, de développement et d’ouverture sur l’Afrique.

La connectivité constitue également un axe prioritaire, avec un objectif de 70 % de couverture 5G à l’horizon 2030, tandis que le nombre de foyers éligibles à la fibre devrait atteindre 5,6 millions à la même échéance.

JAZARI, un réseau national dédié à la recherche et à l’innovation

La mise en œuvre de la stratégie repose aussi sur le Réseau national des Instituts JAZARI, conçu comme un ensemble d’instituts d’excellence ancrés dans les douze régions du Royaume.

Ce réseau doit accompagner la recherche, l’innovation et l’expérimentation dans plusieurs domaines clés. Quatre premières composantes ont été présentées : JAZARI ROOT, JAZARI Smart City, JAZARI EduTechet JAZARI Industrie X.0.

JAZARI ROOT jouera le rôle de centre névralgique du réseau, avec pour mission de développer des composants technologiques réutilisables, notamment dans les technologies linguistiques souveraines pour l’arabe, le français, la darija et l’amazigh, l’intelligence documentaire, les assistants IA métiers et les outils de protection de la confidentialité.

JAZARI Smart City sera orienté vers les villes et territoires intelligents, avec des travaux sur les données urbaines, les jumeaux numériques, les plateformes interopérables et les solutions de durabilité.

JAZARI Industrie X.0 accompagnera le passage de la recherche à la production industrielle, notamment dans l’IA industrielle, la robotique avancée, l’automatisation, l’Internet des objets industriel, la maintenance prédictive et l’efficacité énergétique.

Quant à JAZARI EduTech, il sera consacré à l’apprentissage, à l’analyse des données éducatives, à l’évaluation assistée par l’IA, aux assistants pour enseignants et aux technologies d’accessibilité.

La formation au cœur de la stratégie

Le développement du capital humain constitue l’un des axes majeurs de « Maroc IA 2030 ». La feuille de route prévoit des dispositifs de formation initiale, de certification, de montée en compétences, de recherche doctorale et de sensibilisation des plus jeunes.

Selon les données présentées, le Maroc compte déjà 22.779 étudiants dans les filières digitales en 2025, 549 programmes accrédités, 9.374 inscrits dans des formations certifiantes Oracle et 2.326 certifications déjà délivrées.

Le programme JobInTech vise, pour sa part, 15.000 apprenants sur trois ans. L’objectif national est d’atteindre, à l’horizon 2030, 100.000 nouveaux talents du digital par an, notamment dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, la data, le développement et l’IoT.

Plusieurs autres programmes complètent ce dispositif, dont PASS, destiné au soutien de la recherche doctorale, avec 550 bourses prévues d’ici 2027, AI Master Junior pour les enfants, ainsi que AI & IoT Generation, qui prévoit la formation de 1.200 jeunes par an dès 2026.

Des solutions IA pour l’administration et les citoyens

Le ministère a également présenté une Marketplace souveraine de l’intelligence artificielle, pensée comme un espace unique d’accès à des solutions IA sécurisées, utiles et développées dans un environnement maîtrisé au Maroc.

Parmi les premières solutions figure Idarati AI, un assistant intelligent destiné à informer, orienter et accompagner les usagers dans leurs démarches administratives. Il doit permettre de relier les procédures, de guider les citoyens étape par étape et d’identifier les parcours administratifs pouvant être simplifiés.

Autre solution présentée : Sovereign Meeting Assistant, un outil souverain de transcription et d’analyse audio, capable de traiter l’arabe, le français et la darija, et de générer automatiquement des comptes rendus structurés.

La Sovereign Document Suite propose, pour sa part, un environnement sécurisé pour le traitement des documents, incluant l’organisation des fichiers PDF, la conversion entre plusieurs formats, la compression, l’optimisation et l’OCR.

Dans le domaine juridique, Legal AI et Bulletin Officiel Search visent à faciliter l’accès aux textes juridiques et réglementaires marocains. Le moteur de recherche du Bulletin officiel couvre déjà près de 400.000 pages OCRisées.

La Marketplace devrait progressivement s’enrichir avec de nouvelles solutions, notamment Entrepreneur AI, Adala Search et Fonction Publique AI.

Des modèles linguistiques adaptés au Maroc

La feuille de route prévoit également le développement d’un modèle de langage souverain capable de maîtriser la darija, l’amazigh et le contexte marocain. L’objectif est de faciliter les interactions entre l’administration et les citoyens dans les langues locales.

Cette orientation répond à une ambition plus large d’inclusion numérique. Elle vise à rendre les services numériques plus accessibles sur l’ensemble du territoire et à réduire les fractures liées à la langue, à la localisation ou à la maîtrise des outils digitaux.

Une ambition régionale et internationale

À travers « Maroc IA 2030 », le Royaume entend dépasser le simple usage des technologies pour construire une véritable capacité nationale de production, de maîtrise et de diffusion de l’intelligence artificielle.

La vision présentée repose sur trois finalités : développer une économie numérique souveraine, faire évoluer l’État vers une administration proactive centrée sur les besoins du citoyen, et renforcer le leadership régional du Maroc comme hub digital entre l’Afrique et le monde arabe.

Cette ambition s’appuie également sur la coopération internationale, à travers plusieurs partenariats et implantations, notamment le Centre d’Innovation Nokia à Rabat, les centres R&D Oracle à Casablanca et Agadir, le Mistral AI R&D Lab à Rabat, le centre IA & Data de Onepoint à Casablanca, ainsi que le dialogue numérique entre le Maroc et l’Union européenne.

Le ministère a aussi mis en avant le D4SD Hub – Digital for Sustainable Development Hub, développé avec le PNUD, ainsi que le concept de Data Embassy et la diplomatie numérique.

Une souveraineté numérique construite en actes

La présentation a également été accompagnée par l’ouvrage « À la conquête d’une souveraineté numérique – 70 ans après, 1956-2026 », qui met en perspective l’évolution du Maroc et celle de l’intelligence artificielle depuis 1956.

Le livre défend l’idée que la souveraineté numérique se construit à travers les données, les capacités de calcul, les règles, les compétences et les langues. Il présente la trajectoire marocaine comme le passage d’une logique d’usage à une logique de maîtrise, fondée sur des actifs, institutions et écosystèmes nationaux.

Avec « Maroc IA 2030 », le Royaume entend ainsi faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, de compétitivité, d’efficacité publique et d’inclusion numérique, tout en consolidant sa place comme acteur de référence de la transformation digitale en Afrique et dans le monde arabe.





Mercredi 9 Septembre 2026
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