Le Maroc découvre une nouvelle ressource stratégique : l'eau qu'il rejetait hier


Rédigé par La rédaction le Mercredi 1 Juillet 2026



Pendant longtemps, les eaux usées ont été considérées comme un simple déchet qu'il fallait évacuer le plus rapidement possible. Aujourd'hui, elles deviennent progressivement une ressource stratégique. Face à un stress hydrique qui s'installe durablement, le Maroc accélère le développement de la réutilisation des eaux usées traitées, transformant ce qui était hier un problème environnemental en un véritable levier de souveraineté hydrique. 

Le changement est loin d'être anecdotique. Le Royaume réutilise actuellement plus de cinquante-deux millions de mètres cubes d'eaux usées traitées chaque année et ambitionne de presque doubler ce volume pour atteindre cent millions de mètres cubes d'ici fin 2027. À première vue, ces chiffres peuvent sembler purement techniques. En réalité, ils traduisent une profonde mutation dans la manière de penser la gestion de l'eau.

Le Maroc ne peut plus compter uniquement sur les barrages, les nappes phréatiques ou les précipitations. Sept années de sécheresse sur dix ont profondément modifié les équilibres hydriques du pays. Dans ce contexte, chaque goutte économisée devient une goutte disponible pour les usages les plus essentiels : l'alimentation en eau potable, l'agriculture ou encore l'industrie.

La réutilisation des eaux usées répond précisément à cette logique. Après traitement, cette eau n'est pas destinée à être consommée par les ménages, mais elle trouve une seconde vie dans des usages où l'eau potable n'est pas indispensable. L'arrosage des espaces verts, des parcours de golf ou encore certaines activités industrielles figurent parmi les principales applications.

Cette approche permet de résoudre une contradiction longtemps ignorée. Était-il pertinent d'utiliser une eau potable, produite à grands coûts, pour irriguer des pelouses ou nettoyer certaines installations industrielles ? Désormais, la réponse tend à être négative. La séparation des usages devient un principe fondamental d'une politique moderne de l'eau : l'eau potable pour les citoyens, l'eau recyclée pour les usages compatibles.

Le programme prend déjà forme dans plusieurs régions du Royaume. Des parcours de golf, des espaces verts urbains et des zones industrielles utilisent désormais cette ressource alternative. Derrière ces projets se cache une logique économique autant qu'environnementale. Chaque mètre cube réutilisé réduit la pression sur les barrages, limite les prélèvements dans les nappes phréatiques et diminue les coûts liés à la mobilisation de nouvelles ressources.

Mais l'enjeu dépasse largement la seule gestion technique de l'eau. Il touche directement à la compétitivité économique du Maroc. Les entreprises, notamment industrielles, auront de plus en plus besoin d'un approvisionnement sécurisé dans un contexte de changement climatique. Disposer d'une ressource complémentaire constitue donc un avantage stratégique susceptible d'attirer de nouveaux investissements.

Cette politique s'inscrit d'ailleurs dans une vision beaucoup plus large. Après la construction des barrages, le développement du dessalement de l'eau de mer et les grands projets de transfert d'eau entre bassins hydrauliques, la réutilisation des eaux usées devient le quatrième pilier de la stratégie nationale de l'eau. Ces solutions ne s'opposent pas ; elles se complètent pour réduire la vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques.

Les défis restent néanmoins importants. Les infrastructures de traitement doivent être développées, les réseaux de distribution adaptés et les collectivités locales davantage impliquées. Il faudra également poursuivre les efforts de sensibilisation, car l'utilisation d'eau recyclée continue parfois de susciter des réticences, malgré les garanties sanitaires lorsqu'elle est réservée aux usages appropriés.

À moyen terme, cette évolution pourrait transformer en profondeur les politiques urbaines. Les nouvelles zones industrielles, les projets touristiques, les villes intelligentes ou encore les infrastructures liées à la Coupe du monde 2030 intégreront probablement cette ressource dès leur conception. Ce qui relevait hier de l'innovation pourrait rapidement devenir la norme.

Dans un pays confronté à une raréfaction durable de la ressource en eau, la véritable révolution n'est peut-être plus de trouver de nouvelles réserves, mais d'apprendre à utiliser plusieurs fois celles dont il dispose déjà. En faisant des eaux usées traitées une ressource économique, environnementale et stratégique, le Maroc ne répond pas seulement à une urgence climatique. Il construit progressivement un nouveau modèle de gestion où chaque goutte compte, non pas une seule fois, mais plusieurs. 




Mercredi 1 Juillet 2026
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