Le chiffre circule déjà dans les milieux spécialisés. 8,15 sur 10. Derrière cette note, il y a plus qu’un classement : une reconnaissance. Lors du 5ᵉ cycle de la Revue biennale du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), tenu à Windhoek, en Namibie, le Maroc a obtenu le meilleur score global parmi les pays évalués. L’annonce, faite par la Commission de l’Union africaine, confirme une dynamique installée depuis plusieurs années.
Ce résultat n’arrive pas par hasard. Le Royaume s’était déjà distingué lors des précédentes éditions, notamment avec un Prix d’Argent au 4ᵉ cycle. Cette régularité, souvent sous-estimée, dit beaucoup. Elle traduit une certaine continuité dans les politiques publiques agricoles, dans un contexte africain où les performances restent parfois irrégulières.
Au cœur de cette progression, un cadre structurant : la Déclaration de Malabo, adoptée en 2014. Elle engage les pays africains à accélérer la croissance agricole et à transformer leurs systèmes de production. Le Maroc, visiblement, ne s’est pas contenté d’adhérer à ce cadre. Il l’a intégré dans sa stratégie. Modernisation des filières, amélioration des rendements, efforts en matière de sécurité alimentaire… les indicateurs suivis par la Revue biennale traduisent ces évolutions.
En face, la concurrence reste bien présente. L’Égypte se classe avec un score de 7,46 sur 10, décrochant le Prix de Bronze. La Somalie, de son côté, enregistre la plus forte progression avec une amélioration de 105 % de son score. À l’échelle régionale, l’Afrique australe obtient la meilleure performance collective, avec une moyenne de 5,77 sur 10. Autrement dit, le Maroc se distingue dans un environnement compétitif, et non isolé.
Instaurée en 2014, la Revue biennale de Malabo s’est imposée comme le principal outil d’évaluation des politiques agricoles en Afrique. Elle repose sur des critères précis : investissements publics, productivité, résilience face aux chocs climatiques, ou encore sécurité alimentaire. Un dispositif exigeant, qui limite les lectures superficielles.
Mais derrière cette reconnaissance, une réalité plus nuancée subsiste. Sur le terrain, les agriculteurs marocains continuent de faire face à des contraintes importantes. Le stress hydrique, notamment, reste une donnée centrale. À cela s’ajoutent les fluctuations des marchés et les inégalités entre grandes exploitations et petits producteurs. Le classement, aussi flatteur soit-il, ne gomme pas ces défis.
Le PDDAA, lancé en 2003 lors du sommet de Maputo, portait une ambition claire : faire de l’agriculture un moteur de croissance pour les économies africaines. Plus de vingt ans plus tard, le Maroc semble en incarner une traduction concrète. Une trajectoire construite, progressive, mais encore perfectible.
Ce Prix d’Or consacre un cap. Il ne le clôt pas. Dans un secteur aussi exposé que l’agriculture, la vraie performance se mesure dans la durée — et dans la capacité à transformer l’essai sur le terrain.