Le Maroc et le défi de l’équilibre budgétaire


Rédigé par PATRICIA GOMBO BOKI le Lundi 13 Avril 2026

Les finances publiques marocaines évoluent dans un cadre marqué par des contraintes structurelles persistantes, malgré une dette jugée soutenable. C’est ce que révèle un chapitre de l’ouvrage The Oxford Handbook of the Moroccan Economy, présenté à Rabat, qui analyse plus de soixante ans de politique budgétaire au Maroc.



Une politique budgétaire exposée aux chocs

Selon cette étude, la trajectoire budgétaire du Maroc a été fortement influencée par des chocs majeurs, notamment la crise financière de 2008, le printemps arabe et la pandémie de Covid-19. Ces épisodes ont conduit à une alternance entre politiques de relance et phases de consolidation.
 

Sur la période 2000-2024, les auteurs mettent en évidence une procyclicité des finances publiques, qui limite leur rôle de stabilisation. Les dépenses publiques, en particulier l’investissement, tendent à suivre le cycle économique plutôt qu’à le lisser.
 
Des déséquilibres structurels persistants  

L’analyse souligne trois traits majeurs. D’abord, la persistance des déficits publics, qui réapparaissent ou s’aggravent lors des périodes de crise.

Ensuite, une fiscalité étroite et concentrée, reposant principalement sur la TVA, l’impôt sur le revenu et un nombre limité d’entreprises, ce qui limite la mobilisation des recettes.

Enfin, les dépenses publiques restent caractérisées par une forte rigidité, dominée par la masse salariale et les charges de compensation, malgré les réformes engagées ces dernières années.
 
Une dette soutenable mais sous surveillance  

La dette publique marocaine est considérée comme globalement soutenable, avec un niveau ayant atteint 72,2% du PIB en 2020, avant de reculer à 69,5% en 2023, en dessous du seuil estimé par les chercheurs.
 

Cette situation repose sur une structure de financement relativement solide, marquée par une part limitée de la dette en devises, une maturité moyenne longue et une base d’investisseurs domestiques importante. Toutefois, sa soutenabilité dépend fortement de la croissance économique future.
 
Des marges de réforme identifiées  

Les auteurs mettent en avant l’existence d’un espace budgétaire potentiel, permettant d’envisager une amélioration des recettes ou une réforme fiscale sans compromettre la croissance.
 

Parmi les pistes évoquées figurent l’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction des exonérations et l’amélioration de l’efficacité du système fiscal. Une optimisation de la pression fiscale pourrait également générer des ressources supplémentaires significatives.
 
Vers une évolution du cadre budgétaire  

Face aux limites des financements traditionnels, le Maroc recourt progressivement à des mécanismes alternatifs tels que les partenariats public-privé, les cessions d’actifs ou les obligations thématiques. Ces outils contribuent à diversifier les sources de financement, mais exigent une gouvernance renforcée.





Lundi 13 Avril 2026
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