Le caftan marocain ne doit pas oublier ses Maâlams

Après les lumières, les podiums et les applaudissements.


Rédigé par La rédaction le Lundi 11 Mai 2026

Par Dr Az-Eddine Bennani : Wald Maâlam.

Après les projecteurs, les défilés, les tapis rouges et les photographies soigneusement mises en scène de la Caftan Week 2026 à Marrakech, une question essentielle mérite d’être posée avec calme, respect et lucidité : qui rend aujourd’hui hommage aux véritables bâtisseurs du caftan marocain ?



Car derrière chaque caftan admiré dans les salons, les hôtels de luxe ou les événements mondains, il existe souvent des centaines d’heures de travail silencieux, accomplies dans de petits ateliers parfois modestes, par des femmes et des hommes dont les noms restent inconnus du grand public.

Wald Maâlam souhaite aujourd’hui rendre hommage à ces Maâlams et Maâlamates marocains et marocaines qui, durant des décennies, ont porté ce patrimoine sur leurs épaules, souvent dans des conditions difficiles.

Ce sont eux qui ont cousu, brodé, découpé, assemblé, corrigé, repris et perfectionné ce vêtement devenu aujourd’hui l’un des symboles les plus prestigieux de l’identité marocaine.

Ce sont eux qui ont transmis les gestes, les techniques, les secrets du métier, parfois de génération en génération, sans reconnaissance médiatique, sans protection sociale digne de ce nom et souvent dans une grande précarité.

Le caftan marocain n’est pas né dans les studios photo ni dans les campagnes marketing. Il est né dans les mains des artisans. Dans les doigts abîmés par les aiguilles. Dans les yeux fatigués par les longues nuits de travail. Dans les sacrifices silencieux de milliers de familles marocaines. Wald Maâlam ne dénonce pas ici les événements consacrés au caftan. Bien au contraire.

Ces manifestations contribuent à faire rayonner le patrimoine marocain dans le monde et participent à la valorisation culturelle et économique du Royaume. Mais il plaide pour une approche plus humaine, plus juste et plus responsable de cet héritage collectif.

À chaque événement organisé autour du caftan marocain, les premiers concernés devraient être présents, visibles et valorisés.

Les Maâlams et Maâlamates ne devraient pas rester derrière les rideaux pendant que d’autres occupent seuls la scène médiatique.

Ils devraient être invités :

• sur les podiums,
• dans les conférences,
• dans les documentaires,
• dans les jurys,
• dans les espaces d’honneur,
• dans les décisions concernant l’avenir de leur métier.

Le Maroc gagnerait également à créer, autour de ces événements prestigieux, une véritable solidarité structurée avec les artisans du caftan. Une partie des recettes générées par certains événements, partenariats ou activités commerciales pourrait alimenter une caisse spéciale dédiée :

• aux artisans en difficulté,
• à leurs enfants,
• à leur couverture sociale,
• à la formation des nouvelles générations,
• ainsi qu’à la préservation des savoir-faire traditionnels.

Car beaucoup de ces artisans vivent aujourd’hui dans des conditions difficiles, parfois loin de l’image luxueuse associée au caftan dans certains événements.

Certains vieillissent dans l’oubli.

D’autres quittent le métier faute de revenus suffisants. Et beaucoup de jeunes hésitent désormais à reprendre des savoir-faire pourtant essentiels au patrimoine marocain. Le risque est réel : transformer progressivement le caftan en simple produit d’image, détaché de ceux qui lui ont donné son âme.

Le véritable luxe du caftan marocain ne réside pas uniquement dans les tissus, les pierres ou les broderies. Il réside dans l’intelligence humaine, la patience, la transmission et la dignité des artisans marocains.

À l’heure où le Maroc célèbre la reconnaissance internationale du caftan par l’UNESCO, il devient essentiel que cette reconnaissance bénéficie aussi concrètement aux femmes et aux hommes qui continuent, dans l’ombre, à faire vivre cet héritage exceptionnel.

Le caftan marocain appartient au Maroc. Mais son âme appartient d’abord à ses Maâlams.

Par Dr Az-Eddine Bennani.




Lundi 11 Mai 2026
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