Le leadership par l’exemple


Par Bargach Larbi.

Dans les pays qu’il a réussi à conquérir, le football a une capacité à titiller la fierté des citoyens comme aucune autre activité humaine. Il déchaine les passions jusqu’à faire perdre la raison et toute lucidité aux amateurs et aux commentateurs de ce sport. Il compense, chez la plupart des pays en difficultés, le sentiment d’échec que leurs populations ressentent au quotidien.

Un prix Nobel, dans quelques disciplines que ce soit, a moins de valeur émotive qu’un Ballon d’Or conquis par un talentueux joueur de l’équipe que l’on chéri. La victoire, en football, est toujours perçue comme collective, c’est-à-dire que le supporter a la ferme conviction qu’il contribue au succès des siens, et ce n’est pas faux dans une certaine mesure.



D’ailleurs certains supporters, malgré la qualité des images fournies par la télévision, ont besoin de se rendre au stade pour encourager les joueurs et participer à la victoire des leurs.

Ce n’est pas pour rien que l’on dit que le supporter est le douzième homme de l’équipe. « On a gagné » est le cri de ralliement de tous les supporters après une victoire.

Suivant cette logique, envahir le terrain n’est pas considéré comme une atteinte à la sécurité des joueurs mais comme la continuation de ce lien, de cette complicité dans l’effort.

Pour comprendre ce lien il faut se référer aux déclarations candides des supporters algériens à qui on reprochait d’avoir envahi le terrain en Italie à la fin du match amical Algérie Uruguay. « On n’a rien fait de mal » disaient-ils en chœur.

Pourtant c’est interdit pour une raison bien simple, le risque de dérapage n’est jamais loin et la sécurité est une priorité des sociétés modernes. C’est même l’une des conditions de la liberté de mouvement et de circulation.

Cet engouement pour le football s’explique socialement par sa capacité à canaliser la violence et, en Afrique pour les talents que ce continent a produit.

L’Afrique est un incroyable réservoir de talents, ce que ne confirme pas le classement du continent sur la scène internationale.

La plupart des talents africains ont d’ailleurs percé soit en Europe, c’est une des conséquences de l’émigration, soit en Afrique mais c’était du temps des colonies, comme dirait Michal Sardou.

L’équipe du FLN, née en 1958 quatre ans avant l’indépendance algérienne, est l’une des belles équipes de football de l’histoire de l‘Algérie et de l’Afrique. 

Il y a bien entendu des explications à ce retard de développement.

Elles sont d’ordre financiers, structurelles (les clubs sont désorganisés) et surtout liées aux infrastructures.

Feu Sa Majesté Hassan II avait compris qu’il fallait revoir les conditions de préparation des joueurs et ouvrir le football à la compétition internationale.

Il a, à cet effet, lancé la Coupe Mohammed V, et créé l’équipe de l’AS FAR qu’il a doté de moyens dignes des équipes professionnelles avec des joueurs à la condition physique irréprochable.

Cette équipe a formé l’ossature des deux premières équipes nationales à avoir participé au mondial, en 1970 et, en 1986.

Ce n’était pas suffisant, d’autant que par la suite, après les épisodes 1994 et 1998, et depuis 2004 l’équipe nationale n’était plus issue du championnat local mais de joueurs issus de l’émigration.

Ces joueurs ont, bien entendu, toute leur place au sein des Lions de l’Atlas. C’est une fierté, pour tout marocain, de les voir briller, y compris lorsqu’ils font le choix de jouer pour les équipes nationales de leur pays d’adoption.

Tous les marocains soutiennent Lamine Yamal aujourd’hui titulaire de la Roja. Ce n’est pas la question mais si ces talents émergent ailleurs il n’y a aucune raison de ne pas les détecter sur place. 

Pour cela il fallait une stratégie, une ambition et des moyens.

Cette stratégie, émanation d’une vision royale et de moyens financiers débloqués par la Cabinet Royal, est triple : 
 
Création d’une académie de formation des joueurs. L’Académie Mohammed VI prend en charge les joueurs, dès leur plus jeune âge. Elle leur donne, à travers cette formation, une identité et des outils pour briller à l’international. Cette identité correspond à la morphologie des joueurs marocains et à leur façon d’aimer le football. 
 
Création d’un centre de préparation des équipes nationales digne des plus grands centres à l’international, le Complexe Mohammed VI de Maamoura. 
 
Développement du football des clubs et la Botola, un chantier encore ouvert mais prometteur. Sept clubs marocains ont déjà remporté une Coupe d’Afrique, contre quatre en Égypte, Algérie ou Tunisie. C’est dire la diversité et la richesse du championnat marocain. 
 
C’est aussi une ambition, celle de promouvoir la culture de la gagne chez les joueurs marocains.

Le concept « Nya », conçu par Oualid Regragui a infusé un peu partout et a permis au football du Maroc de briguer le leadership africain, toutes catégories confondues. 
 
C’est enfin des moyens, à la fois humain, joueurs, entraineurs (deux marocains conduiront des équipes nationales au mondial) et en infrastructures. Le projet d’organisation de la Coupe du monde 2030 permet de dynamiser le projet dans son ensemble.

Il nécessite la mise à niveau des stades, des pelouses, de l’organisation et de la sécurité. Sur ce dernier point, il convient de signaler que les incidents du match Safi-USMA ont été géré correctement, malgré les critiques.

En effet aucun supporter n’est plus entré sur la pelouse à la fin du match et aucun incident n’a été signalé à l’extérieur. C’est le signe d’une maitrise incontestable.

Ce n’est pas pour rien que le Maroc a été associé à l’organisation du Mondial de Qatar, des JO de Paris et qu’il fait partie de la Task force du mondial 2026. 
 
Sans prétention, le Maroc peut prétendre à devenir source d’inspiration aux autres pays de son environnement. Cette année il a remporté le Coupe du Monde U20, la CHAN, la Coupe Arabe et la CAN, en attendant la décision du TAS. Ce n’est pas tout.

Dans les compétitions de club les équipes marocaines ont surmonté l’adversité africaine. Seul Safi a été éliminé par un club non marocain et encore aux termes de deux matchs nuls, la règle du but marqué à l’extérieur a fait la différence.

Le Wydad a été éliminé par Safi, Berkane par l’AS FAR, deux clubs marocains.

Mais au lieu d’inspirer ce parcours est dénigré, attaqué, parfois violemment pour des raisons qui n’ont probablement rien à voir avec le football. Une question de leadership probablement que certains veulent obtenir par l’influence alors qu’il s’obtient par l’exemple. 
 
Par Bargach Larbi.


Mardi 21 Avril 2026

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