Le maroc s’impose au sommet du thé chinois avec 15% des importations


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 7 Avril 2026

Derrière chaque verre de thé à la menthe servi dans les foyers marocains, se dessine une réalité économique de grande ampleur. En février 2026, le Royaume a absorbé 15% des exportations chinoises de thé, confirmant un leadership discret mais structurant sur ce marché stratégique.



Dans les ruelles animées des médinas comme dans les salons feutrés des grandes villes, le thé reste un rituel presque sacré. On le sert, on le partage, on le commente. Pourtant, derrière cette scène familière se cache une mécanique commerciale d’envergure internationale, souvent ignorée du grand public.
 

Les derniers chiffres douaniers, relayés par Les Inspirations Eco dans son édition du 7 avril, sont sans équivoque : en février 2026, le Maroc a capté à lui seul 15% des exportations chinoises de thé. Autrement dit, une part significative de la production mondiale converge vers un seul marché. À titre de comparaison, des économies majeures comme le Japon ou les États-Unis se situent derrière, malgré leur poids économique.
 

Ce positionnement ne relève pas du hasard. Il s’inscrit dans une continuité. Déjà en 2025, le Royaume occupait la première place des importateurs de thé chinois, devant des pays comme le Sénégal, la Malaisie ou encore le Ghana. À eux seuls, les dix premiers marchés concentrent plus de 60% de la valeur totale des exportations chinoises, signe d’une forte concentration des flux.
 

Dans le détail, la hiérarchie mondiale confirme cette avance. La Mauritanie et la Côte d’Ivoire, marchés africains dynamiques, représentent chacune environ 7% des exportations. L’Allemagne atteint 5%, tandis que la Russie, malgré une progression notable de près de 40% de ses importations, reste limitée à 3%, soit près de 3,5 millions de dollars. Le contraste est net.
 

En parallèle, la filière chinoise poursuit sa montée en puissance. En 2025, les exportations de thé ont atteint 1,55 milliard de dollars, en hausse de 8,9% sur un an. Les volumes suivent la même trajectoire, avec une progression de 11,9% pour atteindre environ 419 000 tonnes. Cette dynamique repose sur des régions historiquement spécialisées comme le Zhejiang, l’Anhui ou le Hunan. À lui seul, le Zhejiang dépasse les 185 000 tonnes exportées, générant une valeur de 560 millions de dollars.
 

Mais au-delà des chiffres, c’est la régularité de la demande marocaine qui intrigue les observateurs. Contrairement à d’autres produits sensibles aux fluctuations économiques, le thé semble résister. Un importateur basé à Casablanca résumait récemment la situation avec une pointe de réalisme : « Les prix peuvent varier, mais le thé, lui, ne quitte jamais la table des Marocains ». Une phrase simple, mais révélatrice d’un marché profondément enraciné.
 

Cette relation commerciale s’inscrit aussi dans un cadre géoéconomique plus large. Depuis l’adhésion du Maroc à l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » en 2017, les échanges bilatéraux ont gagné en intensité. Le thé, sans être le produit le plus stratégique en valeur, en est devenu l’un des symboles les plus visibles. Chaque année, des centaines de conteneurs transitent vers les ports nationaux, alimentant un circuit de distribution bien structuré.
 

Reste, en filigrane, une interrogation légitime : cette forte dépendance à une seule origine peut-elle évoluer ? Si elle témoigne d’une relation commerciale solide, elle pose aussi la question de la diversification et de la montée en valeur locale, notamment à travers le conditionnement ou la transformation.
 

Entre tradition et stratégie, le thé s’impose ainsi comme un marqueur unique de l’économie marocaine. Un produit du quotidien, certes, mais aussi un révélateur discret des équilibres commerciaux mondiaux. Une tasse après l’autre, le Royaume confirme sa place au cœur d’un marché bien plus vaste qu’il n’y paraît.





Mardi 7 Avril 2026
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