Le prix politique de la réussite... Quand le succès n’est plus débattu mais combattu !!


La réussite n’est jamais un fait neutre… Lorsqu’elle survient dans un espace traversé par des rivalités structurelles, elle cesse d’être simplement constatée pour devenir un objet de tension… Le football africain, loin d’échapper à cette logique, en offre une illustration éclairante… La Coupe d’Afrique organisée par le Maroc n’a pas seulement été une compétition sportive… elle a constitué un test politique, symbolique et stratégique…



Par Mohammed Yassir Mouline

En relevant de manière manifeste les standards d’organisation, d’infrastructure et de gestion, le Maroc n’a pas uniquement réussi un événement… Il a introduit une rupture… Or, toute rupture expose celui qui la porte… Là où certaines éditions antérieures avaient banalisé les dysfonctionnements, la réussite marocaine a déplacé le débat… l’erreur, autrefois tolérée, est devenue soupçon… la performance, motif de contestation… Le succès n’a plus été discuté, il a été interprété, puis confronté…
 
C’est dans ce contexte que les épisodes sportifs, les décisions arbitrales et même les gestes techniques ont été chargés d’une signification excédant largement le jeu… Le terrain s’est transformé en espace de projection de tensions plus profondes, révélant que la compétition n’opposait plus seulement des équipes, mais des modèles, des trajectoires et des visions du leadership continental…
 
« Mon Dieu, qu’il rate le penalty. » Non pas pour perdre, mais pour survivre !!
Il arrive que le football cesse brutalement d’être un jeu… Que le ballon, au lieu de rouler sur la pelouse, traverse les lignes invisibles qui séparent le sport de la violence, la compétition de la survie… La séance de tirs au but manquée par Ibrahim Díaz lors de la finale de la Coupe d’Afrique n’a pas seulement scellé un sort sportif… Elle a, dans certains lieux éloignés des caméras et des discours officiels, pris une dimension autrement plus grave !!
 
Dans une ville sénégalaise, des supporters marocains réunis dans un café ont vu leur sécurité physique dépendre d’un seul geste... À l’annonce du penalty, l’atmosphère s’est chargée d’une tension extrême... Des témoignages et des vidéos largement diffusées montrent des attroupements hostiles, des pierres, des bâtons, une colère collective prête à se déchaîner... Dans l’un des enregistrements, une voix murmure une prière glaçante… « Mon Dieu, qu’il rate le penalty. » Non pas pour perdre, mais pour survivre !!
 
À cet instant précis, marquer aurait pu signifier l’irruption de la violence… La frappe manquée est devenue, de façon tragiquement paradoxale, un pare-feu humain, évitant que des innocents ne paient le prix d’un résultat sportif… C’est là que réside la gravité extrême de l’épisode… lorsque l’issue d’un match devient une question d’intégrité physique, le football a déjà quitté son domaine !!
 
La réussite comme déclencheur de crispations
C’est dans ce climat qu’il faut replacer l’organisation marocaine de la Coupe d’Afrique… Le succès engendre la jalousie, et la jalousie engendre l’hostilité… Cette logique, bien connue des relations internationales, s’est invitée sur le terrain sportif... Le Maroc n’a pas seulement organisé un tournoi, il a élevé les standards à un niveau rarement atteint sur le continent… infrastructures modernes, rigueur logistique, respect du temps, sécurité maîtrisée, lisibilité organisationnelle…
 
Or cette réussite, loin de susciter un consensus, a provoqué une réaction inverse… Là où des dysfonctionnements majeurs avaient été tolérés lors d’éditions précédentes, la moindre imperfection est devenue suspecte... Chaque décision arbitrale a été interprétée comme intentionnelle, chaque incident comme preuve d’un agenda caché… L’erreur, constitutive du jeu partout ailleurs, n’a plus été acceptée dès lors qu’elle survenait dans un cadre marqué par l’exemplarité…
 
Le terrain comme espace de régulation politique
La finale disputée à Rabat a cristallisé ces tensions… Le retrait temporaire de la sélection sénégalaise, suivi d’un retour rapide et sans explication claire, a renforcé le sentiment d’un scénario partiellement écrit hors du terrain... La priorité semblait moins être la logique sportive que la préservation d’équilibres symboliques, voire politiques…
 
Dans ce contexte, les joueurs eux-mêmes apparaissent comme des acteurs pris dans un dispositif qui les dépasse… Leurs gestes sont surinterprétés, leurs choix chargés de significations étrangères au jeu… Le football devient alors un espace de régulation indirecte, où l’on évite certains dénouements jugés dangereux pour l’ordre global, y compris au prix de la dénaturation du sport…
 
Défaite sportive, sauvegarde de l’essentiel
La défaite du Maroc est, sportivement, une désillusion… Mais elle évite un scénario autrement plus destructeur… celui d’une victoire obtenue dans un climat explosif, susceptible d’attiser la violence et de nourrir durablement la suspicion... Dans un monde où l’image compte autant que le résultat, une victoire entachée de doutes peut coûter plus cher qu’une défaite nette…
 
Le Maroc a fait du sport un outil de projection stratégique, relevant de la puissance douce… Chaque compétition organisée sur son sol est lue à travers un prisme politique… Dans ce cadre, préserver la crédibilité et la cohérence institutionnelle devient un enjeu supérieur au palmarès immédiat…
 
Assumer le coût politique de la réussite
Ce qui a été combattu, en l’occurrence, ce n’est pas une erreur précise, mais un succès devenu dérangeant... Lorsque la réussite est évidente, elle n’est plus débattue… elle est combattue... Le Maroc, en assumant ce coût politique, confirme une trajectoire fondée sur le long terme, la stabilité et la crédibilité…
 
Il est des défaites qui affaiblissent, et d’autres qui structurent… Celle-ci appartient à la seconde catégorie… Car le véritable enjeu n’était pas une coupe, mais une position… Et dans un environnement où certains peinent encore à contenir la violence de leurs propres frustrations, le Maroc avance, conscient que la maturité se mesure parfois à ce que l’on accepte de ne pas forcer…
 
Une affirmation de maturité politique et institutionnelle
L’histoire retiendra peut-être une défaite sportive... Mais elle retiendra surtout un positionnement… Car toutes les nations ne sont pas jugées sur leurs trophées… certaines le sont sur leur crédibilité... Le Maroc, en choisissant la rigueur, la transparence et la maîtrise plutôt que l’arrangement, a confirmé qu’il entend inscrire son parcours dans la durée, et non dans l’instant…
 
Il est des victoires qui rassurent à court terme, et des défaites qui consolident un rang… En refusant que le succès soit obtenu au prix du doute, le Maroc a préservé l’essentiel… la cohérence entre ambition, méthode et image... Ce choix n’est pas une faiblesse, mais une affirmation de maturité politique et institutionnelle…
 
Car le véritable enjeu n’était pas une coupe, mais une trajectoire... Et dans un environnement où certains se battent encore pour exister, le Maroc avance, assume le coût de sa réussite et accepte d’en payer le prix politique... C’est souvent le lot de ceux qui ne cherchent plus à survivre, mais à compter… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.


Mardi 20 Janvier 2026

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