Le scanner raconté à mon fils


Par Dr BOUMEHDI Bounhir - Médecin radiologue.

Histoire courte pour expliquer les examens radiologiques aux enfants :

Dans un centre de Radiologie à Salé, entre le tumulte de la ville et le murmure de l’Atlantique, un petit garçon de six ans attend son tour pour passer un scanner.

Il serre contre lui un petit chien en peluche, usé aux coutures, dont les oreilles tombantes ont absorbé tant de larmes qu’elles semblent connaître le secret des tempêtes intérieures.

L’enfant s’appelle Yassine.

Pour l’equipe medicale et les techniciens, il n’est qu’un dossier clinique, une indication médicale, une image à obtenir.



Mais pour lui, la salle de scanner n’est pas une machine

C’est une bouche métallique prête à l’avaler, un monstre circulaire aux yeux lumineux et à la voix mécanique.

Le médecin radiologue, homme de science et de sagesse, bien que cartésien, habitué aux coupes axiales et aux reconstructions en 3D, remarque le tremblement des doigts minuscules agrippés au petit chien.

Il comprend alors qu’il ne s’agit pas seulement d’un examen radiologique. Il s’agit d’un voyage dans un monde inconnu pour le petit.

Alors, au lieu de parler de protocole et d’immobilité, il parle d’étoiles. Il explique à Yassine que la grande machine n’est pas un monstre ou un appreil froid, mais un vaisseau spatial. Qu’elle ne dévore pas les enfants — elle les emmène explorer des galaxies invisibles.

Qu’à l’intérieur, on entend le chant des planètes. Et que seuls les plus courageux peuvent traverser ce tunnel de lumière. Le petit chien devient copilote. La table d’examen devient fusée. Le bruit rythmique du scanner devient battement d’ailes cosmiques.

Dans ce Maroc où la modernité hospitalière côtoie les peurs ancestrales, le petit garçon ferme les yeux non plus par crainte, mais pour mieux voir l’univers qu’on lui promet.

L’examen se déroule sans larmes. Mais ce n’est pas l’enfant seul qui sort transformé. Le médecin radiologue  aussi. En accompagnant Yassine dans son imaginaire, il redécouvre une vérité oubliée :

La médecine ne consiste pas seulement à voir à travers les corps. Elle consiste à voir à travers les peurs.

Dans le silence retrouvé de la salle d’imagerie, alors que la lumière du soir descend sur le Bouregreg, le médecin radiologue  comprend que les machines peuvent produire des images, mais que seule l’empathie révèle les constellations intérieures.

Et le petit patient repart, convaincu qu’il a voyagé dans les étoiles.

Quant au médecin radiologue, il sait désormais que, parfois, pour soigner un enfant, il faut accepter de redevenir explorateur ou conteur.

A l’ère de l’intelligence artificielle, l’imagerie médicale est devenue très perfectionnée mais n’est rien sans l’empathie et l’humaniste du médecin radiologue.

Par Dr BOUMEHDI Bounhir.


Mardi 24 Février 2026

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