Le sport au cœur du projet de développement : faire de chaque talent une chance et de chaque territoire un espace d’essor

Ma patrie, mon avenir


À Larache, la première rencontre régionale de l'alliance des sportifs istiqlaliens a placé le sport au centre du débat sur le développement territorial, la jeunesse et l’égalité des chances. Au-delà des stades, des équipements et des compétitions, l’enjeu est désormais de penser une véritable politique sportive nationale, capable de faire du sport un droit, un levier économique et un outil de cohésion sociale.



La ville de Larache a accueilli la première rencontre régionale de l'alliance des sportifs istiqlaliens, organisée sous le thème « Un essor continu pour garantir un sport régional inclusif ».

Au-delà de cette rencontre , présidée par Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, les échanges ont surtout permis de poser une question de fond : quelle place le Maroc veut-il réellement accorder au sport dans son modèle de développement ?

Le sport, bien davantage que des stades et des compétitions

Le premier constat formulé est clair : le sport ne peut plus être considéré comme un secteur périphérique de l’action publique.

Son rôle est désormais social, économique, culturel, éducatif et territorial. Il ne s’agit donc plus uniquement de construire des infrastructures ou d’organiser des compétitions, mais de considérer le sport comme un véritable secteur de production de valeur, d’emplois et d’opportunités.

Dans cette vision, le sport devient à la fois un droit, un facteur d’intégration sociale, un outil de mobilité et un vecteur de confiance en soi.

Il transmet également des valeurs essentielles : discipline, respect de l’autre, dépassement de soi, solidarité et sens de l’effort.

Pour les jeunes générations, il peut aussi jouer un rôle d’équilibre face à la place croissante occupée par les univers numériques et les réseaux sociaux dans la vie quotidienne.

Apprendre à essayer, à échouer et à recommencer

La rencontre a également abordé un aspect moins souvent évoqué : la relation entre sport, réussite et échec.

Dans une société où l’échec reste parfois vécu comme une sanction définitive, le sport enseigne une autre culture : celle de l’effort, de l’apprentissage, de l’erreur et du recommencement.

Un sportif apprend très tôt qu’une défaite n’est pas nécessairement une fin. Elle peut devenir une étape dans un parcours.

C’est en cela que le sport constitue une véritable école de formation de la personnalité. Il rappelle que la réussite n’est ni automatique ni immédiate, mais qu’elle repose sur la persévérance, le travail, la discipline et la capacité à se remettre en question.

Un capital immatériel pour le Maroc

Les performances sportives marocaines participent désormais pleinement au rayonnement international du Royaume.

L’épopée historique de l’équipe nationale de football lors de la Coupe du monde 2022 en a offert une illustration spectaculaire. Au-delà du résultat sportif, cette performance a renforcé la visibilité du Maroc et contribué à modifier la perception de ses capacités humaines et organisationnelles.

L’organisation de la Coupe du monde 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, constitue une nouvelle étape.

Elle témoigne de la confiance internationale accordée au Maroc et de la capacité du Royaume, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à accueillir des événements sportifs de dimension mondiale.

Mais cette dynamique ne doit pas se limiter au football.

L’enjeu consiste désormais à utiliser l’échéance de 2030 pour transformer plus profondément l’ensemble de l’écosystème sportif national.

Réduire les inégalités territoriales face au sport

L’un des principaux défis reste celui des disparités entre territoires.

Les grandes villes concentrent encore une part importante des équipements, des clubs, des infrastructures et des opportunités, tandis que de nombreux territoires ruraux ou villes de taille moyenne disposent d’une offre sportive beaucoup plus limitée.

À cela s’ajoutent des écarts importants dans les moyens attribués aux différentes fédérations sportives.

Le Parti de l’Istiqlal défend ainsi le passage d’une politique principalement centrée sur les infrastructures à une politique davantage centrée sur le citoyen.

L’objectif est de garantir un accès plus équitable à la pratique sportive, quel que soit le lieu de résidence, l’âge ou la situation sociale.

La question posée n’est donc plus seulement : combien de terrains ou de salles avons-nous construits ? Mais plutôt : combien de Marocains peuvent réellement pratiquer un sport dans de bonnes conditions ?

Donner au sport une gouvernance autonome

La question de la gouvernance institutionnelle a également été posée.

Le regroupement de l’éducation et du sport au sein d’un même département ministériel est jugé problématique, tant les défis auxquels sont confrontés les deux secteurs sont lourds.

Le système éducatif marocain doit déjà répondre à des enjeux considérables de qualité, d’apprentissage et de performance, comme le montrent notamment les évaluations internationales telles que le programme PISA.

Dans ce contexte, le sport mérite, selon cette approche, une place institutionnelle plus clairement affirmée.

Il doit disposer d’une vision propre, de mécanismes de financement adaptés, d’une gouvernance identifiable et de compétences capables de porter une politique sportive de long terme.

Le monde rural comme réservoir de talents
Le monde rural constitue l’un des axes prioritaires de cette vision.


La politique des terrains de proximité, initiée notamment sous le gouvernement Abbas El Fassi, avait permis une première avancée dans la démocratisation de l’accès au sport.

Mais il faut aujourd’hui aller plus loin.

La proposition consiste à développer des centres sportifs multidisciplinaires dans les zones rurales, capables non seulement d’offrir des espaces de pratique, mais également de détecter les talents dès le plus jeune âge.

Le potentiel existe. Encore faut-il créer les conditions permettant à un jeune vivant dans un village ou une zone enclavée d’être repéré, encadré et accompagné.

Des caravanes sportives mobiles pourraient également être déployées pour aller au contact des douars et des territoires isolés.

L’objectif serait simple : ne plus laisser le lieu de naissance décider du destin sportif d’un enfant.

Sport, montagne et tourisme : penser les territoires autrement

La rencontre de Larache a également ouvert une piste originale autour du développement des sports de montagne et de nature.

Des parcours cyclistes ou sportifs pourraient par exemple relier Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Ouazzane et Larache sur plusieurs centaines de kilomètres.

Une telle approche permettrait de croiser plusieurs objectifs : sport, tourisme, développement local, attractivité des territoires et création d’activités économiques.

Le sport devient alors un outil d’aménagement et de valorisation territoriale.

L’école comme premier vivier de talents
Le deuxième grand chantier concerne l’école.


La pratique sportive scolaire devrait retrouver une place centrale dans la formation des enfants et des adolescents.

Cela suppose de renforcer l’éducation physique, de relancer les compétitions scolaires et de développer les partenariats entre établissements scolaires et clubs sportifs.

L’école peut devenir le premier espace de détection des talents.

Mais cela suppose aussi d’éviter un dilemme encore trop fréquent : celui qui oblige certains jeunes à choisir entre poursuivre leurs études ou développer leur carrière sportive.

Une véritable politique sportive doit pouvoir articuler les deux parcours.

La réussite scolaire et la performance sportive ne devraient pas s’exclure mutuellement.

Gouvernance et financement : lier les moyens aux résultats

La réforme du sport passe également par une évolution de son financement.

Le principe défendu consiste à mieux relier les aides publiques aux objectifs et aux résultats.

Les fédérations et institutions bénéficiant de financements publics devraient ainsi être évaluées sur la base d’indicateurs précis : développement de la pratique, résultats sportifs, formation des jeunes, gouvernance, détection de talents ou encore couverture territoriale.

L’idée n’est pas de réduire le soutien public, mais de le rendre plus efficace. Le financement doit devenir un levier de performance et de transformation.

Parallèlement, le sport doit être considéré comme une véritable économie.

Clubs, équipementiers, centres de formation, tourisme sportif, médias, événementiel, technologies, infrastructures, médecine sportive ou services spécialisés peuvent constituer autant de filières créatrices d’emplois.

2030 : penser au-delà des stades

La Coupe du monde 2030 représente évidemment un accélérateur majeur. De nombreuses infrastructures sont déjà prévues ou en cours de réalisation.

Mais l’enjeu est de ne pas concentrer tous les investissements sur les seules villes accueillant les rencontres de la compétition.

L’effet 2030 devrait pouvoir bénéficier à l’ensemble du territoire national. Cela suppose également de ne pas investir uniquement dans les grands stades de football.

Salles omnisports, piscines, terrains polyvalents, centres de formation, espaces dédiés aux sports individuels ou aux disciplines émergentes peuvent constituer un héritage beaucoup plus large.

Le véritable succès de 2030 se mesurera donc aussi après la compétition.

Faire des jeunes des acteurs de 2030

La jeunesse marocaine ne doit pas être uniquement spectatrice de la Coupe du monde. Elle doit pouvoir en devenir l’un des principaux bénéficiaires.

Cela passe par la formation linguistique, l’acquisition de compétences, la préparation aux métiers du tourisme, de l’accueil, de l’événementiel, du numérique, de la sécurité, du transport et des services.

L’enjeu consiste à transformer l’événement sportif en opportunité professionnelle.

Un grand événement mondial n’a de sens que s’il laisse derrière lui des compétences, des emplois, des infrastructures et des perspectives.

Ne pas oublier les sportifs après leur carrière

Enfin, la question de l’après-carrière mérite une attention particulière.

De nombreux sportifs marocains ont porté les couleurs nationales et contribué au rayonnement du pays, avant de se retrouver parfois confrontés, une fois leur carrière terminée, à des situations professionnelles ou sociales difficiles.

Une politique sportive complète doit donc prévoir des mécanismes d’accompagnement et de reconversion.

Les anciens sportifs constituent un capital d’expérience considérable.

Ils peuvent devenir entraîneurs, formateurs, encadrants, conseillers ou ambassadeurs du sport auprès des jeunes générations.

Les hommages rendus à plusieurs anciens champions lors de cette rencontre ont rappelé une évidence : une nation sportive ne doit pas seulement célébrer ses champions lorsqu’ils gagnent ; elle doit aussi savoir les accompagner lorsqu’ils quittent la compétition.

Du sport pour tous et équité dans l’accès aux opportunités sportives pour tous

Au fond, la rencontre de Larache a porté une idée simple mais ambitieuse : le Maroc doit passer d’une politique d’équipements sportifs à une véritable politique de développement par le sport. Une politique où la pratique sportive devient accessible à tous.

Une politique capable de détecter une jeune athlète dans un village aussi facilement qu’un talent dans une grande métropole.

Une politique où le sport devient un outil d’ascension sociale, de création d’emplois, de développement territorial et de rayonnement international.

À l’approche de 2030, le Maroc dispose d’une occasion exceptionnelle pour franchir ce cap.

L’enjeu n’est plus seulement de construire des stades ou d’accueillir de grandes compétitions. Il est de passer d’une logique de dépense sportive à une logique d’investissement sportif, et de faire de l’élan créé par les grandes échéances un projet national durable.

Car la véritable ambition pourrait finalement se résumer ainsi : faire de chaque talent une chance, et de chaque territoire marocain un espace où cette chance peut éclore.


Mercredi 9 Septembre 2026

La rédaction
Dans la même rubrique :