Le tout faux de Macron


Le refus de reprendre des ressortissants expulsés "n'est pas acceptable". "La susceptibilité est des deux côtés. La France a le droit d'être susceptible aussi". Ces propos sont d’Emmanuel Macron qui évoquait les réactions provoquées par les restrictions sur les visas pour les Nord-africains.



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Par Naim Kamal

C’était avec des journalistes de son pays en marge du sommet de la francophonie en Tunisie, le président français tout content de faire croire qu’elles commencent à produire des effets alors que la seule conséquence tangible jusqu’à maintenant est d’éloigner de la France même les héritiers sans papiers de Molière et autre Montaigne, qui aiment se proclamer francophiles à très francophiles. 


La suffisance ne peut suffire

E. Macron a ressorti à cette occasion la rengaine officielle sur le refus de pays à recevoir ce que son administration considère comme des ressortissants de trois pays du Maghreb, l’Algérie, le Maroc et dans une moindre mesure la Tunisie. 

En son temps, Rabat avait apporté sa réponse documentée à ce ‘’reproche’’ démontrant que le Maroc ne pouvait accepter de recevoir toute personne se proclamant marocaine sans autre preuve que sa parole et celle de M. Darmanin, ministre de l’Intérieur français. 

Toutes les explications, Emmanuel Macron n’en a cure, tout en étant dans sa déclaration égale à lui-même, suffisant. Et de la même manière qu’il n’a voulu voir dans les hostilités que suscite la France bien au-delà de Afrique de l’ouest, que les insuffisances des médias de l’Etat français, (France24, RFI, Monte Carlo et AFP), il ne voit dans la tension froide avec Rabat, (glaciale selon l’expression d’un journal local), qu’une ‘’mauvaise volonté’’ des Marocains. 

Le tort des Marocains ? Leur refus de satisfaire les caprices qu’inspirent aux démiurges présidentiels les profondes mutations que connait l’électorat français, virant à chaque élection un peu plus vers les extrêmes, plus particulièrement de droite. Un précieux pactole électoral dont l’Elysée cherche à déposséder le Rassemblement national de Marine Le Pen. 

 

L’Injonction américaine

Dans ce remue-méninges, le chef de l’Etat français qui selon toute vraisemblance ne sait pas se remettre en cause, a annoncé le 9 novembre 2022 à Toulon une nouvelle stratégie en Afrique, notamment au Sahel, qui sera finalisée d’ici six mois.  Si les sherpas de l’Elysée s’attellent à cette dure et ardue tâche avec le même esprit et les mêmes postures qu’affiche Emmanuel Macron, les bookmakers politiques gagneraient à prendre des paris sur un échec annoncé.

E. Macron a raison de dire que la France est en ‘’droit d'être susceptible’’ et ne s’en prive pas d’ailleurs. Ce que son président n’a pas le droit en revanche c’est, tout à son autisme, de réduire les tensions que connaissent ses relations avec de nombreux pays, à une histoire de visas et de ‘’susceptibilité’’.

Il y a quelques mois, lui-même donnait l’impression, dans une déclaration, d’avoir pris la mesure des changements qui travaillent en profondeur l’ordre mondiale allant jusqu’à dire, en substance, que même en Afrique des pays veulent avoir droit au chapitre. En dépit de ce ‘’même en Afrique’’ et de ses accents condescendants, son analyse était juste et son ton était vrai. Que s’est-il passé pour qu’aujourd’hui il ait tout faux ?

Avant la guerre d’Ukraine, le président français paraissait en pointe, croyant aux vertus de la négociation d’un nouvel ordre mondial qui céderait aux nouveaux grands une chaise autour de la table où se décide la marche du monde, et concéderait à la périphérie une place au centre. Ce Macron là s’est subitement volatilisé pour ne laisser parler qu’un président atlantiste sans concession.

Le naturel qui reprend le dessus probablement, l’effet américain sans doute, l’injonction de s’aligner certainement.   

Rédigé par Naim Kamal sur Quid 


Mardi 22 Novembre 2022

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