Parler des élections au Maroc à travers les seules victoires des partis ou les coalitions gouvernementales ne suffit plus. Les chiffres révèlent une réalité bien plus instructive. L'évolution parallèle du nombre d'inscrits sur les listes électorales et du taux de participation permet de mesurer, sur un demi-siècle, les transformations de la démocratie marocaine.
Un corps électoral qui a presque triplé : En 1970, le Royaume comptait 5,9 millions d'électeurs inscrits.
Cinquante et un ans plus tard, lors des élections législatives de 2021, ce chiffre atteint 17,51 millions.
La progression est spectaculaire : +11,61 millions d'inscrits soit +197 % en un demi-siècle
Cette évolution traduit plusieurs phénomènes : la croissance démographique, l'arrivée de nouvelles générations d'électeurs, l'amélioration des procédures d'inscription ainsi que les campagnes de révision des listes électorales.
La progression est particulièrement marquée dans les années 1990, avec un passage de 7,41 millions d'inscrits en 1984 à 11,40 millions en 1993, soit une hausse de près de 54 % en moins de dix ans.
Hormis la révision exceptionnelle des listes en 2011, qui ramène temporairement le nombre d'inscrits à 13,60 millions, la tendance reste résolument orientée à la hausse.
Une participation qui suit exactement le chemin inverse
Si le nombre d'inscrits progresse presque continuellement, le taux de participation, lui, suit une trajectoire opposée.
En 1970, 85,34 % des électeurs inscrits se rendent aux urnes.
En 2021, ils ne sont plus que 50,35 %.
La baisse atteint donc 34,99 points.
En valeur relative, cela représente une diminution d'environ 41 % du niveau de participation.
L'évolution apparaît en trois grandes séquences.
Durant les années 1970, la participation dépasse largement les 80 %, avec 85,34 % en 1970 et 82,35 % en 1977.
À partir de 1984, le recul devient continu :
67,43 % en 1984
62,75 % en 1993
58,30 % en 1997
51,61 % en 2002
Puis intervient le point bas historique : 2007 : l'année du décrochage
Les élections législatives de 2007 restent, à ce jour, le symbole de la démobilisation électorale. Le taux de participation tombe à 36,89 %, soit près d'un électeur inscrit sur trois seulement.
Pourtant, le pays compte alors 15,51 millions d'inscrits, un record à l'époque.
Jamais le contraste entre l'élargissement du corps électoral et la faiblesse de la mobilisation n'a été aussi marqué.
Ce scrutin constitue un véritable tournant dans l'histoire électorale récente du Maroc.
2011 marque un début de redressement
À partir des élections de 2011, une légère remontée s'observe.
La participation passe à :
45,40 % en 2011
43,00 % en 2016
50,35 % en 2021
Le seuil symbolique des 50 % est de nouveau franchi lors des dernières législatives.
Même si le niveau reste très inférieur à celui observé jusqu'au début des années 1980, cette évolution traduit une certaine remobilisation de l'électorat.
Les chiffres absolus racontent une histoire différente
Le pourcentage de participation ne dit pas tout.
En estimant le nombre réel de votants, une autre réalité apparaît.
En 1970, environ 5 millions de Marocains votent.
En 2007, malgré un taux de participation historiquement faible, près de 5,7 millions d'électeurs se déplacent encore grâce à l'élargissement du corps électoral.
En 2021, avec 17,51 millions d'inscrits et 50,35 % de participation, le nombre de votants approche 8,8 millions, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré.
Autrement dit, le Maroc n'a jamais compté autant de votants en valeur absolue, alors même que le taux de participation reste inférieur à celui des décennies précédentes.
Un corps électoral qui a presque triplé : En 1970, le Royaume comptait 5,9 millions d'électeurs inscrits.
Cinquante et un ans plus tard, lors des élections législatives de 2021, ce chiffre atteint 17,51 millions.
La progression est spectaculaire : +11,61 millions d'inscrits soit +197 % en un demi-siècle
Cette évolution traduit plusieurs phénomènes : la croissance démographique, l'arrivée de nouvelles générations d'électeurs, l'amélioration des procédures d'inscription ainsi que les campagnes de révision des listes électorales.
La progression est particulièrement marquée dans les années 1990, avec un passage de 7,41 millions d'inscrits en 1984 à 11,40 millions en 1993, soit une hausse de près de 54 % en moins de dix ans.
Hormis la révision exceptionnelle des listes en 2011, qui ramène temporairement le nombre d'inscrits à 13,60 millions, la tendance reste résolument orientée à la hausse.
Une participation qui suit exactement le chemin inverse
Si le nombre d'inscrits progresse presque continuellement, le taux de participation, lui, suit une trajectoire opposée.
En 1970, 85,34 % des électeurs inscrits se rendent aux urnes.
En 2021, ils ne sont plus que 50,35 %.
La baisse atteint donc 34,99 points.
En valeur relative, cela représente une diminution d'environ 41 % du niveau de participation.
L'évolution apparaît en trois grandes séquences.
Durant les années 1970, la participation dépasse largement les 80 %, avec 85,34 % en 1970 et 82,35 % en 1977.
À partir de 1984, le recul devient continu :
67,43 % en 1984
62,75 % en 1993
58,30 % en 1997
51,61 % en 2002
Puis intervient le point bas historique : 2007 : l'année du décrochage
Les élections législatives de 2007 restent, à ce jour, le symbole de la démobilisation électorale. Le taux de participation tombe à 36,89 %, soit près d'un électeur inscrit sur trois seulement.
Pourtant, le pays compte alors 15,51 millions d'inscrits, un record à l'époque.
Jamais le contraste entre l'élargissement du corps électoral et la faiblesse de la mobilisation n'a été aussi marqué.
Ce scrutin constitue un véritable tournant dans l'histoire électorale récente du Maroc.
2011 marque un début de redressement
À partir des élections de 2011, une légère remontée s'observe.
La participation passe à :
45,40 % en 2011
43,00 % en 2016
50,35 % en 2021
Le seuil symbolique des 50 % est de nouveau franchi lors des dernières législatives.
Même si le niveau reste très inférieur à celui observé jusqu'au début des années 1980, cette évolution traduit une certaine remobilisation de l'électorat.
Les chiffres absolus racontent une histoire différente
Le pourcentage de participation ne dit pas tout.
En estimant le nombre réel de votants, une autre réalité apparaît.
En 1970, environ 5 millions de Marocains votent.
En 2007, malgré un taux de participation historiquement faible, près de 5,7 millions d'électeurs se déplacent encore grâce à l'élargissement du corps électoral.
En 2021, avec 17,51 millions d'inscrits et 50,35 % de participation, le nombre de votants approche 8,8 millions, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré.
Autrement dit, le Maroc n'a jamais compté autant de votants en valeur absolue, alors même que le taux de participation reste inférieur à celui des décennies précédentes.
Le paradoxe marocain : Le graphique met ainsi en évidence un paradoxe démocratique.
Le Royaume dispose aujourd'hui de beaucoup plus d'électeurs potentiels qu'il y a cinquante ans, mais une proportion plus faible d'entre eux participe effectivement au vote.
La démocratie électorale s'est élargie, mais l'engagement citoyen ne progresse pas au même rythme.
Cette situation n'est d'ailleurs pas propre au Maroc. Elle s'observe dans de nombreuses démocraties où la croissance du corps électoral s'accompagne d'une abstention plus importante.
Vers quel objectif pour les prochaines législatives ?
À l'approche des prochaines échéances électorales, le véritable enjeu ne réside sans doute plus dans l'inscription de nouveaux électeurs. Avec 17,5 millions d'inscrits, le Maroc dispose déjà d'un corps électoral conséquent.
Le défi est désormais ailleurs : convaincre davantage de citoyens que leur vote peut influencer les politiques publiques, renforcer la confiance envers les institutions et transformer un potentiel électoral toujours plus important en une participation effective.
Car au final, les chiffres sont éloquents : en cinquante ans, le Maroc a gagné près de douze millions d'électeurs inscrits, mais a perdu près de trente-cinq points de participation.
Toute la question des prochaines législatives sera donc de savoir si cette courbe de la participation peut continuer à remonter, ou si le plafond des 50 % constitue désormais la nouvelle norme électorale du Royaume.
La démocratie électorale s'est élargie, mais l'engagement citoyen ne progresse pas au même rythme.
Cette situation n'est d'ailleurs pas propre au Maroc. Elle s'observe dans de nombreuses démocraties où la croissance du corps électoral s'accompagne d'une abstention plus importante.
Vers quel objectif pour les prochaines législatives ?
À l'approche des prochaines échéances électorales, le véritable enjeu ne réside sans doute plus dans l'inscription de nouveaux électeurs. Avec 17,5 millions d'inscrits, le Maroc dispose déjà d'un corps électoral conséquent.
Le défi est désormais ailleurs : convaincre davantage de citoyens que leur vote peut influencer les politiques publiques, renforcer la confiance envers les institutions et transformer un potentiel électoral toujours plus important en une participation effective.
Car au final, les chiffres sont éloquents : en cinquante ans, le Maroc a gagné près de douze millions d'électeurs inscrits, mais a perdu près de trente-cinq points de participation.
Toute la question des prochaines législatives sera donc de savoir si cette courbe de la participation peut continuer à remonter, ou si le plafond des 50 % constitue désormais la nouvelle norme électorale du Royaume.