Leila Benali s’entretient avec Roland Lescure sur la coopération énergétique Maroc‑France


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Vendredi 20 Février 2026

À Paris, la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, a rencontré son homologue français Roland Lescure en marge de la réunion ministérielle 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette entrevue, riche en enjeux géopolitiques et économiques, acte une volonté commune d’intensifier la coopération énergétique, de repenser l’interconnexion électrique et de consolider les bases d’un partenariat stratégique durable entre Rabat et Paris.



Quand on observe la posture diplomatique actuelle du Maroc sur la scène énergétique mondiale, une chose frappe immédiatement : le Royaume ne veut plus être spectateur, mais acteur. Jeudi dernier à Paris, dans les coulisses feutrées de la réunion ministérielle 2026 de l’AIE, Leila Benali et Roland Lescure ont partagé un constat sans détour : face aux bouleversements du marché mondial de l’énergie, la collaboration entre Rabat et Paris doit aller bien au‑delà des intentions.
 

Les discussions ont porté sur ce que beaucoup qualifient déjà d’« agenda stratégique » : une coopération renforcée dans les secteurs-clés que sont l’énergie, l’interconnexion électrique et la transition énergétique. Si ce vocabulaire peut sembler abstrait, l’enjeu est concret : il s’agit de bâtir des infrastructures et des cadres institutionnels capables de répondre à la fois aux besoins énergétiques croissants du Maroc et aux attentes d’un marché européen en quête de stabilité et de diversification.
 

Dans les couloirs de l’OCDE où se tenait la réunion de l’AIE, les deux ministres ont souligné l’importance de transformer rapidement les projets élaborés en actions tangibles, afin d’accélérer la mise en œuvre de la feuille de route commune. Ce type d’accélération n’est pas un doux rêve : le Maroc vise à ce que plus de 52 % de sa production électrique soit d’origine renouvelable d’ici 2030, un objectif que confirment les dernières données sur la croissance des capacités dans le solaire, l’éolien et l’hydraulique.
 

Un point qui a particulièrement retenu l’attention est le rôle du Maroc comme corridor énergétique entre l’Afrique, l’Europe et l’Atlantique. Ce positionnement géographique  souvent évoqué dans les analyses stratégiques internationales  place le Royaume dans une configuration unique pour relier des marchés, des réseaux et des politiques énergétiques. Leila Benali a réaffirmé que cette position ne doit pas être un simple avantage géographique, mais une opportunité politique et économique exploitée avec intelligence.
 

À un moment où la scène énergétique mondiale est en pleine redéfinition et où certains acteurs majeurs, comme les États‑Unis, débattent encore de leur engagement au sein de l’AIE, renforcer les liens Maroc‑France apparaît non seulement souhaitable, mais stratégique. En effet, l’Europe cherche des partenaires fiables et stables pour atteindre ses objectifs de désindustrialisation de la dépendance aux hydrocarbures et de développement de nouveaux corridors d’énergie renouvelable.
 

L’entretien entre Benali et Lescure s’inscrit aussi dans la dynamique politique impulsée par la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024, à l’invitation du Roi Mohammed VI. Cette visite avait donné lieu à une série d’accords, dont un partenariat stratégique en matière d’énergie et de transition électrique, désormais appelé à se concrétiser plus rapidement.
 

Pour le Maroc, il ne s’agit pas seulement de coopérer ; il s’agit d’être un acteur capable de proposer des solutions durables, de participer à une gouvernance énergétique plus inclusive pour le bassin méditerranéen et pour le continent africain tout entier. Si la route est encore longue, cette réunion à Paris constitue une étape importante d’une trajectoire déjà bien engagée.
 

Dans un monde en pleine mutation énergétique, le Maroc assume de plus en plus un rôle stratégique, non seulement comme nation aux ambitions renouvelables, mais aussi comme pont entre continents et économies. À l’heure où les défis de sécurité énergétique se multiplient, cette coopération renforcée avec la France pourrait bien redessiner les contours d’une énergie plus propre, plus résiliente et partagée.





Vendredi 20 Février 2026
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