Libertés publiques : un coût quand elles manquent, un gain quand elles existent (13/17)

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 : 13-Appliquer une interprétation démocratique des libertés publiques, notamment la liberté d’expression et de manifestation pacifique.


Rédigé par La rédaction le Mercredi 14 Janvier 2026

Les libertés publiques sont souvent abordées sous l’angle juridique ou moral.

Liberté d’expression, droit de manifester pacifiquement, pluralisme des opinions : ces principes sont perçus comme des garanties démocratiques, rarement comme des leviers économiques. Pourtant, en appelant à une interprétation démocratique des libertés publiques, la Charte du 11 Janvier pour la Jeunesse met en lumière un lien essentiel : là où les libertés sont fragiles, l’économie l’est aussi.



Du point de vue économique, l’absence de libertés publiques crée un climat d’incertitude.

Les jeunes hésitent à s’exprimer, à entreprendre, à innover, de peur de sanctions ou de stigmatisation. Cette autocensure diffuse freine la créativité, réduit la prise d’initiative et appauvrit le débat public.

Or, une économie moderne repose précisément sur la circulation des idées, la confrontation des points de vue et la capacité à remettre en question l’existant.
 
À l’inverse, les sociétés qui garantissent la liberté d’expression bénéficient d’un avantage compétitif invisible mais décisif. Les idées circulent plus vite, les erreurs sont signalées plus tôt, les innovations émergent plus facilement. Pour les jeunes, cet environnement est déterminant.

Il conditionne leur capacité à créer des projets, à investir dans des parcours risqués et à s’engager dans des secteurs nouveaux.
 
Les libertés publiques jouent également un rôle clé dans l’attractivité économique. Investisseurs, entrepreneurs et talents privilégient les environnements où la règle du jeu est lisible, où la critique est possible et où les conflits se règlent pacifiquement.

Une jeunesse qui peut s’exprimer librement est un signal de stabilité et de maturité institutionnelle, apprécié bien au-delà des frontières.

Du point de vue des politiques publiques, restreindre l’expression peut sembler, à court terme, un moyen de contenir les tensions.

Mais ce choix a un coût différé. Les frustrations non exprimées se transforment en désengagement, en informel ou en contestation latente.

L’économie en pâtit : baisse de la confiance, recul de l’investissement, fuite des talents. Le silence n’est jamais neutre économiquement.
 
La Charte du 11 Janvier insiste sur la liberté de manifestation pacifique. Là encore, l’enjeu dépasse le symbole. La capacité à protester sans violence est un mécanisme de régulation sociale.

Elle permet d’alerter sur les dysfonctionnements avant qu’ils ne deviennent des crises majeures. D’un point de vue économique, c’est un outil de prévention bien plus efficace et moins coûteux que la gestion des conflits ouverts.
 
Pour la jeunesse marocaine, la question des libertés publiques est intimement liée à celle de la dignité. Être entendu, pouvoir exprimer ses attentes, critiquer sans être disqualifié : ces éléments influencent directement la relation au travail, à l’État et à l’avenir.

Une jeunesse qui se sent respectée est plus encline à s’investir, à accepter les compromis et à participer à l’effort collectif.

Il existe également un lien étroit entre libertés publiques et innovation sociale.

Beaucoup de solutions aux problèmes économiques émergent en dehors des cadres institutionnels classiques : associations, collectifs, initiatives citoyennes. Sans espace de liberté, ces dynamiques s’éteignent ou restent marginales.

Avec un cadre démocratique clair, elles deviennent des laboratoires d’idées à faible coût pour la collectivité.
 
La Charte ne plaide pas pour une liberté sans règles. Elle appelle à une interprétation démocratique, c’est-à-dire équilibrée, respectueuse de l’ordre public et des droits de chacun. Cet équilibre est précisément ce qui permet de concilier stabilité et dynamisme économique.
 
À l’horizon 2040, le Maroc devra faire face à des choix complexes et parfois impopulaires. Sans libertés publiques effectives, ces choix seront perçus comme imposés, et donc contestés.

Avec elles, ils peuvent être débattus, compris et appropriés. Les libertés ne sont pas un coût pour l’économie. Leur absence, en revanche, se paie toujours, tôt ou tard.
 
 




Mercredi 14 Janvier 2026
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