Lions de l’Atlas : La touche du nouveau sélectionneur Mohamed Ouahbi


Rédigé par La rédaction le Samedi 21 Mars 2026

À peine nommé, Mohamed Ouahbi avance déjà sur une ligne étroite. Il doit calmer un vestiaire touché par la finale perdue de la CAN puis récupérée (décision du Jury d’Appel de la CAF du 17 mars 2026, le Maroc est officiellement déclaré vainqueur de la compétition sur forfait du Sénégal, avec un score homologué de 3-0 au nom de l’article 84 du règlement.), garder l’ossature qui a porté le Maroc très haut ces dernières années, et ouvrir la porte à une génération qui frappe fort. Sa première liste, dévoilée le 19 mars 2026 pour les amicaux face à l’Équateur et au Paraguay, raconte cela : un tri, un test, une intention. Mais raconte-t-elle déjà une méthode ? Ou seulement une urgence bien habillée ?



Une première liste qui en dit long, sans tout dévoiler

À peine nommé, Mohamed Ouahbi avance déjà sur une ligne étroite. Il doit calmer un vestiaire touché par la finale perdue de la CAN puis récupérée , garder l’ossature qui a porté le Maroc très haut ces dernières années, et ouvrir la porte à une génération qui frappe fort. Sa première liste, dévoilée le 19 mars 2026 pour les amicaux face à l’Équateur et au Paraguay, raconte cela : un tri, un test, une intention. Mais raconte-t-elle déjà une méthode ? Ou seulement une urgence bien habillée ?

Quand un nouveau sélectionneur arrive si près d’une Coupe du monde, on ne lui demande pas de faire joli. On lui demande de faire juste. C’est plus dur. Mohamed Ouahbi a pris le relais après le départ de Walid Regragui, officialisé le 5 mars, dans un contexte paradoxal : une sélection marocaine encore puissante sur le papier, encore respectée à l’international, mais secouée par la frustration née de la finale de CAN perdue puis recupérée et par une fatigue mentale devenue visible. Regragui laisse un bilan lourd, presque intimidant : 36 victoires en 49 matchs, huit nuls, cinq défaites, une demi-finale historique au Mondial 2022. Personne n’arrive après un tel cycle sans sentir le poids de l’héritage dans les épaules.

Dans ce décor, la première liste de Ouahbi n’est pas un simple document administratif. C’est un message politique au sens footballistique du terme. Les cadres restent là : Bounou, Hakimi, Mazraoui, Ounahi, Saibari, El Khannouss, Brahim Diaz, El Kaabi, Rahimi. Le socle n’est pas renversé.

En même temps, plusieurs nouveaux visages apparaissent : Issa Diop, Mohamed Rabie Hrimat, Redouane Halhal, Samir El Mourabet, Ismael Baouf, Yassine Gessime, Yassir Zabiri. Le signal est limpide : le mérite du moment compte, la Botola n’est pas hors-champ, et la concurrence redevient une réalité concrète.

Vu depuis un banc marocain, ce choix se défend. Même mieux : il était presque nécessaire. Une sélection qui ne renouvelle pas ses tensions internes finit par se reposer sur ses souvenirs. Et dans le football d’aujourd’hui, vivre sur la mémoire d’un exploit, c’est déjà commencer à glisser. Ouahbi a d’ailleurs assumé l’idée de “donner la chance” à des profils à fort potentiel et d’évaluer qui peut apporter une vraie plus-value à court et moyen terme. Il a aussi précisé que le moment n’était pas à la révolution tactique, mais à des idées claires, à du dynamisme, à une approche définie. C’est raisonnable. Peut-être même la seule voie possible en mars pour un Mondial qui arrive vite.

Le cas Rabie Hrimat résume bien la touche Ouahbi. Au Maroc, beaucoup de supporters connaissent ce type de joueur. Pas une star fabriquée par les clips. Un joueur de rendement. Un capitaine. Un homme de continuité. À 31 ans, le milieu de l’AS FAR arrive enfin chez les A après avoir porté la sélection A’ et confirmé sa régularité en Botola. Pour un entraîneur, ce genre de profil rassure. Dans un groupe qui change d’air, il met de l’ordre, il parle juste, il compense parfois le bruit extérieur. Sa convocation peut être lue comme un hommage au mérite. Elle peut aussi être lue comme un aveu discret : le Maroc a besoin, dans cette phase, de profils mentalement stables plus encore que de noms séduisants.

À l’inverse, l’arrivée d’Issa Diop ouvre un autre débat, plus délicat. Sur le plan strictement sportif, l’idée se tient. Fulham, Premier League, vécu du haut niveau, volume physique, lecture défensive. Avec la retraite internationale de Romain Saïss et l’absence de Nayef Aguerd relevée par L’Équipe, renforcer l’axe défensif était logique. Mais il faut dire ce que beaucoup pensent au café, dans les tribunes, sur WhatsApp : le Maroc ne peut pas vivre uniquement dans l’addition tardive des binationaux disponibles. Une grande sélection choisit, oui. Elle séduit, oui. Mais elle doit aussi affirmer une colonne vertébrale lisible, presque marocaine dans son tempérament, pas seulement dans le passeport. Ouahbi marche ici sur une ligne sensible : enrichir sans diluer.

Et puis il y a les jeunes. Halhal, El Mourabet, Baouf, Gessime, Zabiri. Là encore, sur le principe, difficile de contester. Le nouveau sélectionneur a été porté par sa réputation de formateur et par son parcours avec les jeunes, jusqu’au titre mondial U20 rappelé par Reuters. Il serait incohérent qu’il arrive chez les A pour fermer la porte à ceux qui montent.

Le vrai sujet n’est donc pas leur présence. Le vrai sujet, c’est leur dosage. Trop de jeunesse d’un coup, et vous créez de l’excitation sans hiérarchie. Trop peu, et vous transformez la “nouvelle ère” en slogan de conférence de presse. L’équilibre, en sélection, n’est jamais un mot abstrait. C’est une température. Un vestiaire la sent en vingt minutes.

C’est sans doute ici que le débat devient le plus intéressant. Ouahbi affirme ne pas vouloir de révolution tactique avant le Mondial 2026. Franchement, il a raison. À ce stade, un sélectionneur qui voudrait tout casser pour “imprimer sa patte” prendrait le risque classique des débuts mal gérés : déstabiliser les repères, épuiser le groupe en consignes neuves, et fabriquer une identité théorique au lieu d’une équipe compétitive.

Le Maroc n’a pas le temps pour un laboratoire universitaire. Il a deux amicaux, un stage réduit avant juin, et une attente populaire énorme. Ce calendrier impose du pragmatisme.

Mais le scepticisme reste légitime. Parce qu’à force de dire qu’on ne change pas grand-chose, on peut aussi finir par ne rien corriger. Or des chantiers existent. Les spécialistes les ont d’ailleurs résumés sans détour : réorganisation défensive, reconstruction mentale, gestion des blessures, intégration de nouveaux talents.

On sait aussi que la ex-pseudo défaite en finale de CAN a laissé des traces psychologiques. Et dans le football de haut niveau, une équipe blessée mentalement commet souvent les mêmes erreurs avant même le coup d’envoi : elle force, elle doute, elle se précipite, elle perd sa lucidité dans les zones décisives. Sur ce point, la touche Ouahbi ne sera pas jugée à la beauté des intentions, mais à la qualité des réponses concrètes.

Le soutien public d’Achraf Hakimi n’est pas un détail folklorique. Quand le capitaine dit qu’il faut “se préparer de la meilleure manière possible” pour la Coupe du monde et travailler “avec sérieux”, cela vaut plus qu’un compliment de circonstance. Cela signifie que le vestiaire accepte, au moins publiquement, la transition. Et sans l’adhésion des cadres, aucun sélectionneur ne tient. Surtout au Maroc, où l’environnement émotionnel de l’équipe nationale dépasse de loin le rectangle vert.

Les Lions ne jouent jamais seuls. Ils jouent avec la mémoire de 2022, avec la frustration de 2026 en CAN, avec l’exigence populaire, avec la pression du prestige continental. Le banc national n’est pas un siège. C’est une scène exposée.

Alors, quelle est au fond la touche Mohamed Ouahbi ? Pour l’instant, elle tient en quatre traits. D’abord, remettre la concurrence au centre. Ensuite, réhabiliter la notion de mérite, y compris pour des profils venus de Botola. Puis injecter des jeunes sans humilier les anciens. Enfin, parler clair sans promettre la lune. C’est sain. C’est même intelligent. Mais ce n’est encore qu’un préambule.

Mohamed Ouahbi a été nommé nouveau sélectionneur de l'équipe nationale du Maroc (Lions de l'Atlas) le 5 mars 2026, succédant à Walid Regragui. Âgé de 49 ans et ancien coach des U20 champions du monde, il entame une refonte de l'effectif en vue du Mondial 2026 en intégrant de jeunes talents. 
Profil : Né en Belgique, ancien entraîneur des jeunes du RSC Anderlecht, il est reconnu pour son travail de formation.
Succès U20 : Il a remporté la Coupe du Monde U20 avec le Maroc en octobre 2025 au Chili.
Nouvelle ère : Sa nomination vise à apporter un nouveau souffle après la finale de la CAN 2025.
Débuts : Ses premiers matchs auront lieu en mars 2026 en amical contre l'Équateur (27 mars) et le Paraguay (31 mars)




Samedi 21 Mars 2026
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