Lunettes jaunes et conduite de nuit : remède miracle ou illusion optique ?




Les lunettes jaunes pour conduire la nuit sont-elles efficaces ?

La promesse est séduisante. Un simple filtre jaune posé sur le nez, et la nuit deviendrait plus lisible, moins agressive, presque docile. Dans les rayons des opticiens comme sur les plateformes en ligne, les lunettes dites « jaunes » ou « anti-éblouissement » sont présentées comme un bouclier contre les phares LED, les reflets humides de l’asphalte et la fatigue visuelle nocturne. Mais que dit réellement la médecine visuelle ? Et surtout : améliorent-elles la sécurité routière ou vendent-elles un confort trompeur ?
 

Le problème médical de départ : l’éblouissement nocturne
 

Conduire de nuit n’est pas seulement une question de luminosité. C’est un stress neurologique. L’œil humain fonctionne moins bien en basse lumière : les contrastes chutent, la perception des distances se dégrade, le temps de réaction s’allonge. À cela s’ajoute l’éblouissement, causé par la diffusion excessive de la lumière dans l’œil, particulièrement chez les personnes ayant une légère cataracte débutante, une sécheresse oculaire, ou un astigmatisme mal corrigé.

Les phares modernes – LED et xénon – aggravent le phénomène. Leur spectre est plus riche en lumière bleue, une longueur d’onde connue pour diffuser davantage dans les milieux oculaires. Résultat : halos, traînées lumineuses, gêne intense… et parfois une véritable anxiété de conduite.
 

Ce que font réellement les lunettes jaunes
 

Les verres jaunes filtrent une partie de la lumière bleue. Techniquement, ils augmentent le contraste perçu en supprimant certaines longueurs d’onde courtes, ce qui peut donner une impression de vision plus « nette ». C’est réel, mesurable, et utilisé depuis longtemps dans certains sports (tir, ski par faible visibilité).

Mais – et c’est là que l’enquête devient moins confortable – aucune étude clinique sérieuse n’a démontré que ces lunettes réduisent le risque d’accident de nuit. Ni l’American Academy of Ophthalmology, ni les sociétés européennes d’ophtalmologie ne les recommandent pour la conduite nocturne. Pire : plusieurs travaux montrent qu’elles réduisent la quantité totale de lumière atteignant la rétine. Or, de nuit, chaque photon compte.
 

Un confort subjectif, un bénéfice objectif discutable
 

Pourquoi tant d’automobilistes jurent pourtant par ces lunettes ? Parce que le cerveau adore les illusions cohérentes. Le filtre jaune diminue l’agressivité perçue des phares, donne une teinte « chaude » rassurante, et peut réduire la sensation de fatigue. Mais ce confort subjectif ne signifie pas une amélioration des performances visuelles.

Dans certains cas, c’est même l’inverse : baisse de la perception des piétons vêtus sombre, difficulté accrue à distinguer les feux de signalisation à distance, confusion des contrastes dans des environnements déjà peu éclairés. Autrement dit, on se sent mieux… mais on ne voit pas forcément mieux.
 

Le point aveugle du débat : l’état réel des yeux
 

L’angle mort de cette mode, c’est la santé visuelle elle-même. Beaucoup de conducteurs gênés la nuit ont un problème non diagnostiqué : début de cataracte, myopie mal corrigée, pare-brise rayé, sécheresse oculaire chronique. Les lunettes jaunes deviennent alors un pansement marketing sur un problème médical réel.

Les ophtalmologistes sont clairs : la première mesure de sécurité nocturne n’est pas un filtre coloré, mais un contrôle visuel régulier, des verres correcteurs antireflet de qualité, et un pare-brise impeccable. Le traitement antireflet, transparent cette fois, réduit la diffusion lumineuse sans sacrifier la luminosité.
 

Alors, faut-il les bannir ?
 

Non. Mais il faut les remettre à leur place. Les lunettes jaunes peuvent apporter un confort ponctuel à certains conducteurs, sur routes éclairées, par temps de pluie légère, et chez des personnes sans pathologie oculaire. Elles ne sont ni un dispositif médical reconnu, ni une garantie de sécurité.

Le danger, c’est l’excès de confiance. Croire qu’un filtre coloré compense une vision déficiente ou neutralise l’éblouissement moderne est une illusion confortable… et potentiellement risquée.

La nuit, la route ne pardonne pas les solutions approximatives. La vraie prévention passe par la médecine, pas par le marketing. Et dans ce domaine, voir moins agressif ne signifie pas toujours voir mieux.


Mercredi 25 Février 2026



Rédigé par La rédaction le Mercredi 25 Février 2026
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