Marché des capitaux : la Bourse de Casablanca en pleine mutation


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 18 Février 2026

En 2025, la Bourse de Casablanca marque un tournant majeur. Au‑delà des performances des indices, une modernisation profonde se dessine, portée par la liquidité, l’introduction de nouveaux instruments financiers et une volonté affichée de renforcer l’attractivité du marché des capitaux marocain.



L’année écoulée a confirmé cette dynamique sur le front des performances. L’indice global MASI a enregistré une progression annuelle notable d’environ +27,5 % en 2025, accompagnée d’une capitalisation totale qui a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 1 000 milliards de dirhams (MAD). Ces chiffres ne sont pas que des données abstraites : ils traduisent une réelle reprise de confiance des investisseurs, tant locaux qu’internationaux.
 

Mais derrière ces résultats spectaculaires se cache une réalité moins évidente : pour longtemps, la liquidité – ce flux continu d’acheteurs et de vendeurs – est restée un point faible du marché marocain. C’est précisément ce manque que les professionnels cherchent à combler aujourd’hui. Selon Amine Maamri, président de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB), « la liquidité est le socle d’un marché efficient ». Sans elle, il est difficile d’attirer des investisseurs institutionnels et de soutenir des volumes d’échanges réguliers et soutenables.
 

Un levier clé pour y parvenir réside dans l’augmentation du flottant – soit la part des actions réellement disponibles sur le marché pour être échangées. En 2024, plusieurs sociétés cotées ont vu leur flottant ajusté à la hausse, une démarche proactive qui tend à accroître la profondeur du marché.
 

Parallèlement, la Bourse de Casablanca a franchi une nouvelle étape importante avec le lancement de produits dérivés, notamment le contrat à terme sur l’indice MASI 20, qui regroupe les 20 titres les plus liquides de la cote. C’est plus qu’un simple gadget financier : ces instruments permettent aux investisseurs de se protéger contre les risques, de diversifier leurs stratégies et d’attirer une nouvelle catégorie d’acteurs, professionnels ou institutionnels. Selon des acteurs du marché, cette initiative place la Bourse de Casablanca parmi les rares places africaines à proposer des dérivés d’actions structurés, aux côtés de Nairobi ou Johannesburg.
 

Dans la même veine, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) prépare le lancement de futures contrats sur taux d’ici à fin 2025, et explore également l’introduction de ETF cotés et d’autres catégories d’OPCVM, afin d’élargir l’éventail de produits disponibles pour les investisseurs. Ces derniers instruments, bien connus des marchés internationaux, répondent à une demande croissante pour des outils de diversification à moindre coût.
 

Mais cette révolution n’est pas seulement technique : elle repose aussi sur un renforcement du cadre réglementaire et opérationnel. La digitalisation des processus, la transparence accrue des informations financières, ainsi que la simplification des procédures d’accès au marché sont autant de facteurs jugés essentiels pour créer un environnement de confiance.
 

La combinaison de ces leviers – liquidité renforcée, instruments innovants, infrastructures robustes et cadre réglementaire modernisé – n’est pas une fin en soi. Elle s’inscrit dans une ambition plus large : positionner le Maroc comme un centre financier régional capable d’attirer des capitaux internationaux, tout en stimulant le financement de l’économie nationale.
 

À mesure que la Bourse de Casablanca s’ouvre et se transforme, elle reflète une dynamique plus vaste du marché des capitaux marocain : un marché qui apprend, s’adapte et se projette vers l’avenir, tout en cherchant à servir de levier durable pour la croissance économique.





Mercredi 18 Février 2026
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