Maritimisation de Salé : entre histoire et réalité socio-économique


Ville historiquement maritime, Salé a occupé au XVIIᵉ siècle une place centrale dans l’Atlantique nord en tant que comptoir corsaire et acteur autonome des échanges maritimes.

Pourtant, Salé apparaît aujourd’hui largement déconnectée de l’économie maritime malgré sa façade atlantique et sa position stratégique.

Il y a lieu de s’interroger sur la pertinence d’une maritimisation contemporaine de Salé par l’analyse des conditions de transformation d’un héritage maritime en levier socio-économique actuel.

Au XVIIᵉ siècle, Salé ne se limitait pas à un port, elle formait un système maritime intégré (corsaires, armement, finance, diplomatie), elle était insérée dans des réseaux atlantiques transnationaux.



Salé bénéficiait d’une autonomie politique exceptionnelle. La mer y était un espace productif, stratégique voire identitaire.

Le déclin maritime de Salé résulte de la combinaison de plusieurs facteurs. En 1755, le tremblement de terre de Lisbonne a provoqué un tsunami qui a dévié le cours du Bouregreg, rendant le port intérieur de Salé inutilisable et favorisant l'envasement.

Ce désastre a détruit infrastructures et navires, marquant le début du déclin rapide de l'activité maritime.

En 1818, le sultan Moulay Slimane a mis fin aux courses maritimes, ou ce qui était connu à l’époque comme le « jihad bahri » ou la guerre sainte, ainsi que la piraterie qui posait d’énormes problèmes diplomatiques au Maroc avec les partenaires européens. 

Salé, ville influente au XVIIᵉ siècle, est désormais une agglomération urbaine dense dont l’économie est peu connectée à la mer.

Dès lors, une question s’impose : la maritimisation de Salé a-t-elle encore un sens aujourd’hui, et sous quelles formes ?

La réponse est oui ! La maritimisation de Salé a un sens aujourd’hui.

Ali Bouallou
Salé doit redéfinir son rapport à la mer.

Salé peut devenir une ville maritime de référence en Afrique de l’Ouest, sans conteneurs, mais avec du sens, du savoir et de l’influence.
 

Il ne s’agit pas de rendre Salé un port industriel comme les autres ports du Royaume. Il s’agit plutôt de positionner Salé comme pôle marocain de services, de culture et de gouvernance maritime, complémentaire de Tanger Med et du port de Casablanca.

On peut penser Salé comme pôle de droit et d’arbitrage maritime, comme centre de formation aux métiers de la mer, comme ville abritant des think-tanks et observatoires océaniques africains, des start-ups océaniques sur les données, le climat, ou la pêche durable.

Salé peut également être vue comme une ville d’aquaculture expérimentale et de recherche marine, une ville de surveillance et de gestion côtière, comme ville de culture et de patrimoine maritime par la création de musée d’histoire maritime, par l’organisation d’évènements internationaux liés à la mer...

On peut également associer Salé à l’économie fluviale, c'est à dire l'ensemble des activités économiques liées à l'exploitation du Bouregreg pour le transport de marchandises, et de fret, avec des barges et péniches pour céréales, matériaux de construction ou conteneurs, pour le transport de personnes, ainsi que pour l'agriculture, la pêche et l'industrie riveraine.

Cette économie fluviale repose sur la navigation intérieure via des voies navigables qu’il faut (ré)aménager, offrant un mode de transport économique, écologique et à faible impact carbone par rapport à la route.

Ce sont là les pistes de réflexion sur la maritimisation de Salé en profitant du récit historique et en ayant comme objectif emplois, formation et inclusion, pour au final inscrire Salé dans la stratégie atlantique nationale.


Jeudi 23 Avril 2026

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