Maroc 2026 : De la croissance sans emploi à l'emploi par la croissance.


Par Abdelghani El Arrasse.

Cinq années après le lancement du Nouveau Modèle de Développement, le Maroc a enregistré des avancées importantes dans plusieurs domaines : généralisation de la protection sociale, investissements massifs dans les infrastructures, développement des énergies renouvelables, modernisation des ports, des aéroports et des réseaux de transport.

Pourtant, une question essentielle demeure : pourquoi cette dynamique de croissance ne se traduit-elle pas suffisamment par la création d'emplois ?

Le véritable défi du Maroc n'est plus seulement de produire davantage de richesse, mais de transformer cette richesse en opportunités d'emploi pour les jeunes, les femmes et les territoires.



Une croissance qui peine à créer des emplois.

Malgré les investissements publics records, le chômage demeure élevé, particulièrement chez les jeunes diplômés. Cette situation révèle une déconnexion entre certains moteurs de croissance et la création effective d'emplois.

Le défi n'est donc pas uniquement de croître davantage, mais de croître mieux.

Les TPME au cœur de la solution. Les très petites, petites et moyennes entreprises représentent l'essentiel du tissu économique national et constituent le premier gisement d'emplois.

Pourtant, elles continuent de faire face à plusieurs contraintes :

- Difficultés d'accès au financement.
- Délais de paiement.
- Pression administrative.
- Faible intégration dans les chaînes de valeur.

Une politique nationale de l'emploi doit placer les TPME au centre des priorités publiques.

Formaliser l'informel par l'incitation. L'économie informelle représente encore une part importante de l'activité économique. La formalisation doit être encouragée à travers :

- Un régime fiscal simplifié.
- Des incitations fiscales temporaires.
- La digitalisation des transactions.
- La généralisation de la facturation.
- Des mécanismes de crédit d'impôt récompensant les comportements vertueux.

L'objectif est de transformer progressivement les activités informelles en entreprises créatrices d'emplois et de valeur ajoutée.

Faire de l'entrepreneuriat une culture nationale.

L'emploi salarié ne pourra à lui seul absorber les centaines de milliers de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail. Le Maroc doit développer une véritable culture entrepreneuriale dès l'école, le lycée et l'université.

Former des créateurs d'entreprises doit devenir aussi important que former des demandeurs d'emploi.

Vers une politique de l'emploi fondée sur les résultats.

Chaque dirham d'investissement public devrait être évalué selon son impact économique et social, notamment en matière de création d'emplois. Le prochain gouvernement devra inscrire l'emploi comme indicateur central de performance des politiques publiques.

La véritable réussite du Nouveau Modèle de Développement ne se mesurera pas uniquement à la croissance du PIB ou au volume des investissements réalisés.

Elle se mesurera avant tout à la capacité du Maroc à offrir à sa jeunesse des perspectives d'emploi, d'entrepreneuriat et d'ascension sociale.

Le défi de la prochaine décennie est clair : passer d'une croissance qui crée insuffisamment d'emplois à une croissance conçue pour l'emploi.

Car au-delà des chiffres, l'emploi demeure la première forme de dignité, d'inclusion et de confiance dans l'avenir.

Rédigé par Abdelghani El Arrasse - Économiste et membre de L’AEI.


Jeudi 4 Juin 2026

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