Maroc : 30,2 % des femmes diplômées du supérieur touchées par le chômage


Rédigé par le Lundi 25 Mai 2026

Une nouvelle étude du Centre marocain de recherche et d’analyse des politiques (CEMRAP) met en lumière un constat préoccupant sur la situation des femmes au Maroc. Malgré deux décennies de réformes et un cadre juridique présenté comme progressiste, les inégalités sociales et économiques restent profondément ancrées. Le document souligne notamment un taux de chômage de 30,2 % chez les Marocaines diplômées du supérieur, révélant un décalage important entre niveau d’études et accès à l’emploi.



Un écart persistant entre réformes et réalité sociale

L’étude, réalisée par la chercheuse Houda Lanzari, met en évidence une contradiction entre « l’élan réformateur » affiché par les institutions et la réalité vécue par les femmes marocaines. Malgré des avancées juridiques et constitutionnelles en matière d’égalité, les disparités dans l’accès à l’éducation, à la santé et au marché du travail persistent.Le taux d’activité féminin est ainsi passé de 20,4 % en 2014 à 16,8 % en 2024, une baisse qui intervient pourtant dans un contexte d’amélioration de la scolarisation des femmes.
 
Le marché du travail reste défavorable aux diplômées  

L’un des constats les plus marquants concerne l’emploi des femmes qualifiées. Selon l’étude, les diplômées du supérieur sont particulièrement exposées au chômage avec un taux de 30,2 %, contre 17,9 % chez les hommes.
 

Les secteurs accessibles aux femmes restent majoritairement précaires et peu rémunérés, notamment dans l’agriculture et l’économie informelle. À l’inverse, leur accès aux postes de responsabilité demeure extrêmement limité, avec une présence évaluée à 0,1 % dans les sphères dirigeantes du secteur privé. Cette situation est analysée comme un « plafond de verre » structurel qui limite l’évolution professionnelle des femmes qualifiées.
 
Une reproduction des inégalités dès l’école  

L’étude s’intéresse également au système éducatif, présenté comme un outil de mobilité sociale mais qui reproduirait, selon le rapport, les inégalités existantes. Le Maroc est classé 48e sur 50 dans une étude internationale sur la compréhension des textes écrits.
 

En milieu rural, les difficultés sont accentuées par l’éloignement des établissements scolaires et le manque d’infrastructures adaptées, entraînant des abandons scolaires plus fréquents chez les jeunes filles.L’étude évoque une « démocratisation de l’échec », malgré la progression des taux de scolarisation.
 
Santé, politique et inégalités structurelles  

Le rapport souligne également des fragilités importantes dans le secteur de la santé. Le Maroc occupe la 131e place sur 141 dans un indice mondial consacré à la santé des femmes, illustrant des insuffisances persistantes dans la prise en charge médicale.
 

Sur le plan politique, la représentation féminine a progressé en chiffres, passant de 67 sièges en 2011 à 96 en 2021 au Parlement. Mais cette évolution reste jugée insuffisante en termes d’influence réelle, les quotas étant parfois perçus comme une présence symbolique plutôt qu’un pouvoir effectif.
 
Des réformes jugées insuffisamment appliquées  

L’étude critique enfin certaines dispositions légales, notamment dans le Code de la famille et la loi sur les violences faites aux femmes, estimant qu’elles souffrent d’un manque de clarté ou d’une application limitée sur le terrain. Pour la chercheuse, le problème central ne réside pas uniquement dans les textes, mais dans l’écart entre les réformes juridiques et les structures socio-économiques qui restent inchangées.





Journaliste et étudiant malien en stage, passionné par la géopolitique, l'histoire et le sport.… En savoir plus sur cet auteur
Lundi 25 Mai 2026
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