Maroc : 895 millions d’euros investis par la BERD en 2025, priorité à la transition verte


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Vendredi 6 Février 2026

Avec 895 millions d’euros injectés en 2025, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement signe un niveau d’engagement inédit au Maroc. Derrière ce chiffre record, une stratégie assumée : soutenir la transition verte, renforcer les infrastructures clés et accompagner un secteur privé appelé à jouer un rôle central dans la transformation économique du Royaume.



En 2025, la BERD a clairement changé d’échelle au Maroc. Les 895 millions d’euros investis, en hausse de 69 % par rapport aux 530 millions d’euros de 2024, confirment le positionnement du Royaume comme pilier de la stratégie de la Banque dans la région sud et de la Méditerranée. Dans un environnement régional marqué par les tensions budgétaires, le ralentissement de la croissance et l’urgence climatique, ce niveau d’engagement n’a rien d’anodin. Il traduit une confiance renouvelée dans la capacité du Maroc à absorber des financements structurants et à les orienter vers des priorités économiques durables.

La transition verte comme colonne vertébrale

La nature des financements en dit long sur les priorités de la Banque. Plus de 80 % des montants engagés au Maroc sont classés “verts”, un ratio élevé qui confirme l’alignement entre les engagements climatiques internationaux et les choix économiques nationaux. Cette orientation n’a rien de théorique. Elle se traduit par des projets structurants, à commencer par le prêt de 300 millions d’euros accordé à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Cette opération, la première du genre dans le secteur énergétique de la région SEMED, est adossée à des objectifs de durabilité mesurables. Elle vise à renforcer la résilience financière de l’ONEE tout en accompagnant la transition vers une production énergétique moins carbonée.
 

La gestion de l’eau, devenue un enjeu économique majeur, occupe également une place centrale. La BERD a mobilisé 150 millions d’euros pour la troisième et dernière phase du programme de conservation des eaux de la plaine du Saïss. À terme, le projet permettra l’irrigation de 20 000 hectares et l’amélioration des conditions de vie de 1,8 million de personnes. Dans un pays où la raréfaction de la ressource hydrique pèse directement sur l’agriculture, l’emploi et la stabilité sociale, cet investissement dépasse largement la seule logique environnementale.


Le secteur privé, levier discret mais décisif

Au-delà des grands opérateurs publics, la BERD mise sur le secteur privé, qui absorbe environ 33 % des financements engagés au Maroc en 2025. L’approche est indirecte mais stratégique : renforcer les capacités de financement des banques marocaines afin qu’elles irriguent l’économie réelle. Dans le cadre du Programme marocain de décarbonation et de résilience climatique, plusieurs établissements ont bénéficié de lignes dédiées : Bank Of Africa (70 millions d’euros), Crédit du Maroc (50 millions), Saham Bank (55 millions) et BMCI (65 millions). Ces ressources ciblent principalement les PME engagées dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l’adaptation climatique.
 

Sur le terrain, ces mécanismes commencent à produire des effets concrets. Des entreprises industrielles modernisent leurs équipements pour réduire leur consommation énergétique, tandis que des projets agricoles adoptent des solutions d’irrigation plus sobres. Pour une partie de la nouvelle génération d’entrepreneurs marocains, ces financements ouvrent des perspectives jusque-là difficiles d’accès, dans un contexte de durcissement général du crédit.


Le Maroc dans une recomposition régionale

À l’échelle de la région SEMED, la BERD a investi 2,8 milliards d’euros en 2025 dans 65 projets, un niveau record. L’Égypte reste le premier pays bénéficiaire avec 1,3 milliard d’euros, soit environ 46 % du total régional, suivie du Maroc. La Tunisie capte 398 millions d’euros, devant la Jordanie (201 millions), tandis que les montants engagés au Liban (22 millions) et en Palestine (28 millions) demeurent limités. Cette hiérarchie souligne le poids croissant du Maroc dans l’architecture financière méditerranéenne.


Les 895 millions d’euros investis en 2025 ne constituent pas seulement un record comptable. Ils posent une exigence claire : transformer ces ressources en croissance durable, en emplois qualifiés et en résilience sociale. La BERD apporte les moyens. Au Maroc, le véritable test sera celui de l’impact, dans une économie appelée à concilier performance, équité et durabilité.





Vendredi 6 Février 2026
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