Maroc–Panama : le commerce extérieur marocain s’ouvre aux marchés asiatiques et américains pour réduire sa dépendance européenne


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 3 Février 2026

Encore fortement tourné vers l’Europe, le commerce extérieur marocain amorce un virage stratégique. Face aux limites d’une dépendance historique au marché européen, Rabat accélère sa diversification vers l’Asie et les Amériques. Une réorientation progressive, portée par l’État, les exportateurs et de nouvelles infrastructures logistiques, avec en toile de fond une ambition claire : renforcer la souveraineté économique du Royaume.



Pendant longtemps, l’Europe a constitué l’horizon naturel du commerce extérieur marocain. Proximité géographique, accords préférentiels, habitudes industrielles : tout concourait à ancrer les échanges dans ce cadre. Aujourd’hui encore, près de 60 % du commerce extérieur du Royaume reste concentré sur les pays européens. Un chiffre qui, s’il témoigne d’une relation solide, révèle aussi une vulnérabilité face aux chocs économiques et géopolitiques que traverse le continent.
 

C’est précisément ce déséquilibre que les autorités entendent corriger. Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, l’a rappelé récemment dans une déclaration à Le360 : la diversification n’est plus une option, mais une nécessité stratégique. Le cap est clair : projeter davantage les exportations marocaines vers les marchés asiatiques et américains, caractérisés par des bassins de consommation larges et en croissance.
 

Dans cette logique, la diplomatie économique prend une place centrale. La récente visite d’Omar Hejira au Panama n’a rien d’anecdotique. Ce pays, point de passage incontournable entre l’Atlantique et le Pacifique, est perçu comme une plateforme stratégique pour accéder aux marchés des Amériques. « Il faut vendre davantage aux marchés de grandes consommations », a insisté le responsable gouvernemental, soulignant que cette ambition suppose un effort coordonné entre l’administration et le secteur privé.
 

Les résultats commencent à se refléter dans les chiffres. En 2024, les exportations marocaines ont dépassé les 450 milliards de dirhams, portées principalement par l’automobile, les phosphates et leurs dérivés, ainsi que l’aéronautique. À fin septembre 2025, elles se sont établies à 346,3 milliards de dirhams, en progression de 3,6 %. Une évolution modérée, mais significative dans un contexte international marqué par le ralentissement de plusieurs grandes économies.
 

Au-delà des volumes, c’est la diversité de l’offre qui attire l’attention. Le label Made in Morocco gagne en crédibilité sur les marchés étrangers. Automobile, agroalimentaire, pêche, artisanat ou aéronautique suscitent un intérêt croissant, fruit d’années d’investissements industriels et d’une montée en gamme progressive. Sur le terrain, certains exportateurs évoquent toutefois la complexité d’accéder à des marchés lointains, où la logistique et les normes restent des freins importants.
 

C’est là qu’interviennent les grands projets d’infrastructures. Les ports stratégiques de Dakhla Atlantique et de Nador West Med sont pensés comme des leviers majeurs de cette nouvelle géographie commerciale. Leur vocation dépasse le simple transit maritime : ils doivent repositionner le Maroc comme un hub entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques, tout en facilitant l’accès aux marchés asiatiques.
 

Omar Hejira appelle ainsi l’ensemble des départements ministériels et les acteurs privés à s’inscrire dans cette dynamique, en cohérence avec les orientations royales. L’enjeu est autant économique que social : renforcer les exportations, c’est aussi soutenir l’emploi, encourager l’initiative entrepreneuriale et offrir de nouvelles perspectives à une jeunesse tournée vers l’ouverture internationale.


En élargissant son commerce extérieur au-delà de l’Europe, le Maroc ne rompt pas avec ses partenaires historiques. Il cherche un nouvel équilibre. Une stratégie de long terme, prudente mais assumée, qui traduit la volonté du Royaume de consolider sa place dans les échanges mondiaux et de bâtir une croissance plus résiliente et inclusive.





Mardi 3 Février 2026
Dans la même rubrique :