Maroc : au premier trimestre 2026, la croissance tient bon, mais l’agriculture porte l’essentiel de l’effort


Rédigé par La rédaction le Lundi 29 Juin 2026



L’économie marocaine a progressé de 4,6 % au premier trimestre 2026, selon les comptes nationaux publiés par le Haut-Commissariat au Plan. Le rythme reste solide, mais il marque un léger recul par rapport aux 5 % enregistrés au premier trimestre 2025. Derrière ce chiffre, le diagnostic est plus contrasté qu’il n’y paraît : l’agriculture a fortement accéléré, tandis que l’industrie, l’extraction et la construction ont perdu de leur élan. La demande intérieure, elle, continue de jouer son rôle de principal amortisseur.

Ce premier trimestre dessine donc une économie qui avance, mais dont les moteurs ne tournent pas tous à la même vitesse.

Le fait le plus marquant est sans doute le rebond du secteur primaire. Sa valeur ajoutée a augmenté de 17,3 %, contre 7,7 % un an plus tôt. L’agriculture, à elle seule, affiche une progression de 18,4 %**, après 8,1 %** au premier trimestre 2025. Cette performance a largement compensé le ralentissement observé dans les activités non agricoles.

Il faut toutefois distinguer agriculture et pêche. Si les récoltes et l’activité agricole ont constitué le grand soutien de la croissance, la pêche a continué de se contracter, avec une baisse de 1,9 %**, après un recul de 1 % un an auparavant. Autrement dit, le secteur primaire progresse très fortement, mais cette dynamique repose presque exclusivement sur l’agriculture.

À l’inverse, le secteur non agricole a nettement ralenti. Sa croissance est passée de **4 %** au premier trimestre 2025 à 2,6 % au début de 2026. Le principal signal d’alerte vient du secteur secondaire, dont la valeur ajoutée a reculé de 1 %, alors qu’elle avait augmenté de 2,9 % un an auparavant.

Plusieurs branches industrielles expliquent ce mouvement. L’électricité et l’eau ont enregistré une baisse de 3,4 %, après une légère hausse de 0,1 % un an plus tôt. Les industries extractives ont diminué de 3,2 %, alors qu’elles avaient progressé de 9,3 % au premier trimestre 2025. Les industries de transformation ont elles aussi reculé de 1,3 %, après une hausse de 1 % l’année précédente.

La construction, pour sa part, reste positive, mais son rythme s’est considérablement affaibli. Le secteur n’a progressé que de 1,5 %, contre 7,1 % un an auparavant. Ce ralentissement mérite attention, car le BTP constitue un indicateur important de l’investissement, de l’emploi urbain et de la confiance des opérateurs économiques.

Les services ont mieux résisté. Le secteur tertiaire affiche une croissance de 4,3 %, à peine inférieure aux 4,5 % observés au premier trimestre 2025. Certaines activités ont même accéléré : les services financiers et les assurances progressent de 7,6 %, contre 5,8 % un an plus tôt ; le transport et l’entreposage gagnent 4,8 %, après 4,1 % ; l’information et la communication rebondissent de 2 %, après une baisse de 1,7 %.

Mais là encore, le tableau n’est pas homogène. L’hébergement et la restauration restent dynamiques avec une hausse de 8,1 %, mais ralentissent par rapport aux 8,7 % enregistrés un an auparavant. Le commerce et la réparation de véhicules passent de 4,7 % à 4,1 %. Les services immobiliers progressent de 2,2 %, contre 3 %, tandis que les activités de recherche-développement et les services rendus aux entreprises tombent à 2 %, après 4 %.

Du côté de la demande, l’économie continue de s’appuyer sur le marché intérieur. La demande intérieure a augmenté de 6,5 %, contre 6,4 % au premier trimestre 2025, contribuant pour 6,9 points à la croissance du PIB, contre 5,3 points un an plus tôt.

La consommation des ménages constitue un élément particulièrement rassurant. Elle a progressé de 4,6 %, alors qu’elle n’avait augmenté que de 1,1 % un an auparavant. Sa contribution à la croissance atteint ainsi 2,6 points, contre seulement 0,7 point au premier trimestre 2025. La consommation des administrations publiques progresse également de 4,9 %, après 3,5 %.

L’investissement reste élevé, même s’il ralentit. L’investissement brut augmente de 10,8 %, contre 19,6 % un an auparavant. Sa contribution à la croissance demeure substantielle, à 3,4 points, après 4 points en 2025. Le signal est donc double : l’effort d’investissement se poursuit, mais son rythme n’est plus celui observé l’année dernière.

Le principal frein reste le commerce extérieur. Les exportations ont progressé de 9,2 %, mieux que les 7,9 % du premier trimestre 2025. Mais les importations ont augmenté encore plus vite, de 12,7 %, contre 7,3 % un an plus tôt. Résultat : les échanges extérieurs ont amputé la croissance de 2,3 points, contre seulement 0,3 point un an auparavant.

Enfin, le contexte des prix demeure favorable. Le PIB en valeur a progressé de 5,7 %, ce qui implique un ralentissement du niveau général des prix à1,1 %, contre 1,6 % un an plus tôt. L’inflation contenue soutient le pouvoir d’achat et explique en partie le redressement de la consommation des ménages.

Le Maroc entre donc dans 2026 avec une croissance réelle et relativement équilibrée du côté de la demande intérieure, mais plus fragile du côté de l’offre productive. La vigueur agricole permet de préserver le cap. Elle ne doit cependant pas masquer le tassement industriel, le ralentissement du BTP et le creusement de la contribution négative des échanges extérieurs. Le vrai enjeu des prochains trimestres sera de transformer cette bonne tenue conjoncturelle en croissance moins dépendante de la météo agricole et davantage tirée par la production, l’investissement industriel et l’export.




Lundi 29 Juin 2026
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