Une économie largement dominée par l’informel
Dans son étude intitulée « Informalité, genre et vieillissement : inégalités cumulatives et effets intergénérationnels », le HCP décrit une économie où une grande partie des travailleurs évolue encore en dehors du système formel.
Le rapport souligne que cette réalité ne découle pas uniquement d’un manque de contrôle administratif, mais aussi de la structure du tissu économique marocain, marqué par une forte présence de microactivités peu capitalisées et à faible valeur ajoutée. Selon les données présentées, plus de 2 millions d’unités de production opèrent dans l’économie informelle, souvent avec des marges limitées et une faible capacité d’investissement.
Un marché du travail sous pression
Le document met également en avant les fragilités persistantes du marché de l’emploi. En 2025, le taux d’activité national atteignait seulement 43,5 %, tandis que le chômage s’élevait à 13,3 %. Les jeunes restent les plus touchés avec un taux de chômage dépassant 36 % chez les 15-24 ans. Les diplômés du supérieur ne sont pas épargnés, avec un chômage supérieur à 19 %, favorisant le développement d’emplois précaires ou non déclarés.
Le rapport insiste aussi sur la faible participation des femmes à l’économie formelle. Le taux d’activité féminin atteignait seulement 19,1 % en 2024, contre 68,6 % pour les hommes. Environ 70 % des femmes actives occupées travaillent dans des formes d’emploi informel.
La formalisation au cœur des réformes économiques
Face à cette situation, les autorités marocaines multiplient les initiatives pour encourager l’intégration progressive des travailleurs dans l’économie formelle. Le rapport cite notamment le statut d’auto-entrepreneur, conçu pour faciliter la déclaration des activités indépendantes, ainsi que les efforts de digitalisation menés par la Direction générale des impôts afin de simplifier les procédures fiscales et administratives.
Mais selon le HCP, les expériences internationales montrent que la formalisation durable ne repose pas uniquement sur des mesures coercitives. Les stratégies les plus efficaces combinent simplification administrative, accès au financement, accompagnement professionnel et incitations économiques ciblées.
Un enjeu économique et social majeur
L’informalité apparaît désormais comme un frein direct à la modernisation économique du pays. En limitant l’élargissement de la base contributive, elle réduit les capacités de financement de la protection sociale et affaiblit les recettes fiscales.
Le rapport estime que les progrès resteront limités sans une transformation plus profonde du modèle productif marocain et une amélioration de la capacité du secteur formel à absorber davantage de travailleurs. Dans ce contexte, la formalisation ne représente plus seulement un objectif administratif, mais un enjeu central de compétitivité, de croissance et de cohésion sociale pour le Maroc.