Un financement structurant pour un réseau stratégique
La décision est tombée discrètement, mais son impact est loin d’être marginal. Le Conseil d’administration de la BEI a approuvé un prêt estimé à 300 millions d’euros, soit environ 3,2 milliards de dirhams, en faveur d’ADM. Le montant définitif sera formalisé lors de la signature du contrat, une fois les derniers ajustements techniques finalisés. L’objectif est clair : soutenir un programme d’investissement ciblé sur la modernisation et la sécurisation d’environ 1.200 kilomètres d’autoroutes, soit près des deux tiers du réseau national.
Avec près de 1.800 kilomètres d’axes en exploitation, ADM gère aujourd’hui le deuxième plus grand réseau autoroutier d’Afrique. Un réseau qui a largement contribué, depuis deux décennies, à la structuration du territoire, à la fluidification des échanges et à l’intégration progressive des bassins économiques régionaux. Mais l’usure du temps, combinée à des épisodes climatiques de plus en plus intenses, impose désormais une montée en gamme des infrastructures.
Climat, sécurité et continuité économique
Le cœur du projet soutenu par la BEI repose sur un mot devenu central dans les politiques publiques : la résilience. Il ne s’agit plus seulement d’élargir ou d’asphalter, mais d’adapter les autoroutes marocaines aux risques climatiques, qu’il s’agisse d’inondations, de glissements de terrain ou de stress thermique sur les ouvrages.
Au-delà de l’enjeu environnemental, la fiabilité du réseau autoroutier est directement liée à la sécurité des usagers et à la continuité des chaînes logistiques. Dans un pays où le transport routier demeure dominant pour les marchandises, toute défaillance d’infrastructure se traduit rapidement par des coûts économiques, parfois invisibles mais bien réels pour les entreprises comme pour les ménages.
Ces investissements devraient ainsi améliorer l’accès aux marchés, réduire les disparités territoriales et soutenir l’activité du secteur privé, notamment dans les zones industrielles et logistiques connectées aux grands axes.
Cap sur 2030 : une échéance structurante
Ce nouveau prêt s’inscrit dans une séquence plus large. Le Maroc se projette déjà vers 2030, avec en ligne de mire l’organisation de grands événements sportifs internationaux, dont la Coupe du Monde. Ces rendez-vous imposent des standards élevés en matière d’infrastructures, de mobilité et de sécurité.
Dans cette optique, un protocole d’accord a été signé le 21 mars 2025 entre l’État et ADM, couvrant la période 2025-2032. Il prévoit un programme d’investissement de 12,5 milliards de dirhams, hors grandes réparations, elles-mêmes estimées à 4,4 milliards de dirhams. Le prêt de la BEI vient donc compléter un dispositif financier déjà conséquent, sans alourdir excessivement la charge budgétaire de l’État.
Un partenariat ancien, une logique renouvelée
Ce n’est pas la première fois que la BEI accompagne le développement autoroutier marocain. Depuis près de 30 ans, une dizaine d’accords de financement ont été conclus entre l’institution européenne et ADM. Le plus récent, en 2021, portait sur 85 millions d’euros et visait à accélérer la transformation digitale des infrastructures autoroutières.
La nouveauté réside aujourd’hui dans l’approche financière. ADM privilégie de plus en plus des mécanismes de financement innovants et optimisés, afin de préserver son équilibre financier tout en limitant le recours direct au budget de l’État. Le soutien de l’Union européenne, via la garantie EFSD+, renforce la solidité de ce montage.
À travers ce prêt, la BEI ne finance pas seulement des kilomètres d’autoroutes. Elle accompagne une vision : celle d’un Maroc qui anticipe, qui adapte ses infrastructures aux réalités climatiques et économiques, et qui mise sur la mobilité comme levier de cohésion et de compétitivité. Dans un contexte régional et mondial incertain, le béton et l’asphalte deviennent ainsi des outils de projection stratégique, bien au-delà du simple transport.