“Maroc : une croissance qui peine à créer des emplois, alerte la Banque mondiale”


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Jeudi 30 Avril 2026

Malgré des bases économiques solides, le Maroc peine à transformer sa croissance en emplois durables. Dans un rapport récent, la Banque mondiale met en lumière un paradoxe préoccupant et appelle à des réformes profondes pour libérer le potentiel du marché du travail et du secteur privé.



Une croissance réelle… mais insuffisamment créatrice d’emplois

Le Maroc affiche depuis plusieurs années des fondamentaux économiques relativement solides : stabilité macroéconomique, investissements soutenus et modernisation progressive des infrastructures.

Pourtant, cette dynamique ne se traduit pas pleinement en création d’emplois.

Selon la Banque mondiale, le pays fait face à un déficit structurel en matière d’emploi.

Ce manque s’est même accentué au fil du temps : le besoin annuel en création d’emplois dépasse désormais les 300.000 postes, contre environ 138.000 dans les années 2000. 

Autrement dit, la croissance existe, mais elle ne parvient pas à absorber l’augmentation de la population active.

Ce décalage est au cœur des préoccupations de l’institution, qui insiste sur un changement de perspective : la performance économique doit désormais être évaluée à l’aune de sa capacité à générer des emplois.

Un potentiel important, mais conditionné à des réformes

Malgré ce constat, les perspectives restent encourageantes.

La Banque mondiale estime que le Maroc pourrait créer jusqu’à 1,7 million d’emplois d’ici 2035, et 2,5 millions à l’horizon 2050, tout en augmentant significativement son produit intérieur brut. 

Mais cette trajectoire ambitieuse dépend étroitement de la mise en œuvre de réformes structurelles. L’enjeu est de passer d’une croissance quantitative à une croissance plus qualitative, capable de générer de la valeur et de l’emploi.

Les experts soulignent notamment l’importance d’un marché du travail plus inclusif, offrant davantage d’opportunités aux jeunes et aux femmes, deux catégories particulièrement touchées par le chômage.

Aujourd’hui encore, la participation féminine à l’activité économique reste parmi les plus faibles à l’échelle internationale. 

Le blocage du modèle productif

Au cœur du problème, la Banque mondiale identifie un dysfonctionnement du système productif. Malgré un niveau d’investissement élevé, l’économie marocaine peine à générer des gains de productivité suffisants.

Ce paradoxe s’explique notamment par une allocation inefficace des ressources et un manque de concurrence dans certains secteurs.

De plus, le tissu économique souffre d’un déficit d’entreprises intermédiaires capables de croître rapidement, d’innover et de créer massivement de l’emploi. 

D’autres obstacles viennent freiner cette dynamique : accès limité au financement pour les entreprises innovantes, concentration des ressources au profit d’acteurs déjà établis, ou encore contraintes administratives qui ralentissent la croissance des entreprises.

Résultat : une économie où les investissements ne produisent pas pleinement leurs effets en termes de création de richesse et d’emplois.

Le rôle clé du secteur privé et du capital humain

Pour inverser la tendance, la Banque mondiale insiste sur le rôle central du secteur privé. Celui-ci doit devenir le principal moteur de la croissance et de l’emploi, ce qui implique de lever les freins qui limitent son développement.

Actuellement, les grandes entreprises concentrent une part importante de l’activité économique, tandis que les petites et moyennes structures peinent à monter en puissance. Cette situation limite la diffusion de la croissance et réduit son impact sur l’emploi. 

Parallèlement, la question du capital humain reste déterminante. Le Maroc a réalisé des progrès importants en matière d’éducation, mais ceux-ci ne se traduisent pas toujours par une insertion professionnelle efficace, notamment pour les jeunes diplômés. 

Ce décalage souligne la nécessité d’un meilleur alignement entre formation, compétences et besoins du marché.

Vers un nouveau modèle de croissance inclusif

Face à ces constats, la Banque mondiale plaide pour une transformation en profondeur du modèle économique. L’objectif est de construire une croissance plus inclusive, fondée sur la productivité, l’innovation et la création d’emplois durables.

Cela passe par plusieurs priorités : renforcer la concurrence, améliorer l’accès au financement, soutenir les entreprises à fort potentiel et favoriser une meilleure intégration des femmes et des jeunes dans le marché du travail.

Dans un contexte marqué par de grands projets structurants, notamment à l’horizon 2030, le Maroc dispose d’atouts importants pour réussir cette transition. Mais sans réformes ambitieuses, le risque est de voir persister ce paradoxe d’une croissance sans emploi.




Jeudi 30 Avril 2026
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